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Libre opinion: Que se passe-t-il avec nos garçons? (prise 2)

Hélène Pichette - presRéalisatrices - Que se passe-t-il avec nos garçons?  15 novembre 2002 
Lorsque nous avons eu l'idée de faire ce film, nous voulions à la fois témoigner de notre inquiétude face à l'échec grandissant des garçons à l'école, en comprendre les causes, trouver des solutions et susciter un débat de société. Le film est fait et le débat est lancé. Tant mieux!

Cependant, depuis la diffusion de notre film, Que se passe-t-il avec nos garçons?, on nous a accusées d'avoir blâmé les femmes pour les échecs scolaires des garçons. D'une part, nous n'avons en aucune façon attribué les difficultés des garçons à l'école au succès des filles. Mais nous sommes très alarmées par les échecs solidement et largement documentés des garçons.

Par ailleurs, nous avons bien montré qu'un des problèmes des garçons à l'école primaire est qu'ils y trouvent un milieu féminin auquel ils ne s'identifient pas. Il y a des professions où la prédominance d'un genre pose problème. Le fait qu'un médecin ou un psychologue soit homme ou femme n'est pas sans importance. C'est la même chose pour l'enseignement. Qu'y a-t-il de choquant à souhaiter que les garçons côtoient plus de professeurs masculins à l'école? Comme Richard Cloutier, le psychologue cité dans le film, nous croyons qu'on pourrait expérimenter certaines activités non mixtes, notamment en éducation physique.

Beaucoup de filles nous ont dit qu'elles aussi trouvent l'école «plate». Pourtant, elles sont plus nombreuses à faire les efforts nécessaires pour réussir. Les causes en sont complexes. Les filles auraient plus de facilité en communication orale, en écriture et en lecture. Les garçons apprendraient mieux en situation concrète. Certaines filles cherchent à plaire; elles se conforment plus volontiers. Des millénaires de conditionnement ne s'effacent pas si facilement. D'autres savent bien que si elles ne sont pas diplômées, elles joueront un rôle subalterne toute leur vie. Il arrive qu'en s'accrochant, elles finissent par y trouver leur compte.

Ceci dit, nous nous étonnons que ce soit surtout ces questions qui aient retenu l'attention alors que notre film suggère bien d'autres causes des échecs scolaires des garçons.

Certains affirment que la principale cause de l'échec scolaire des garçons serait le manque d'efforts qu'ils manifestent à l'école. En admettant que ce soit le cas, la question reste entière. Pourquoi ne s'efforcent-ils pas plus? «Faut voir la concurrence», comme l'affirme Pennac. Il déclare aussi dans le film que l'école sauve beaucoup plus d'enfants qu'elle n'en perd. Elle les sauve entre autres de l'ignorance. Or n'est-ce pas justement l'ignorance qui est la cause majeure de l'ennui des garçons à l'école? Un des profs préférés des garçons dans le film ne leur donne pas un show à propos de leur vécu cucul. Au contraire, il profite de son cours de morale pour leur parler d'idées, à partir de Socrate et de Platon. Leur prof d'histoire, elle, peut d'autant mieux transmettre un savoir que les autorités scolaires ne lui imposent pas des examens à répétition, comme c'est le cas pour l'enseignement du français ou des mathématiques. De plus, le programme de français n'encourage pas les enseignants à initier les élèves à la lecture des grandes oeuvres. C'est un véritable cafouillis de notions souvent inutilement complexes. Si ce n'était des contraintes de ce programme, la prof pourrait peut-être «perdre son temps» à leur faire aimer la lecture.

Dans le film, un des garçons, Steve, a retrouvé goût à l'école grâce à ses études en histoire. Nathan et Sébastien s'intéressaient aux idées glanées dans les livrets de leurs CD favoris. Maintenant qu'ils sont au cégep, ils se passionnent pour la philo et la littérature. Ils lisent beaucoup. Le film fait état des travaux d'Earl Shorris, un penseur américain qui a consacré sa vie à étudier et à aider les défavorisés et qui raccroche de jeunes pauvres de New York avec des cours de niveau universitaire en littérature, en histoire et en philosophie.

Nous pensons qu'il faudrait que ceux qui souhaitent enseigner passent plus de temps à l'université à acquérir de la culture qu'à étudier en faculté d'éducation la psychologie et les techniques de gestion de classe qui ne serviront qu'à contrôler les élèves qui s'ennuient. Il faudrait enfin que les diplômés universitaires passionnés de leurs matières puissent enseigner au secondaire sans devoir en plus se soumettre à quatre ans d'études en pédagogie. Nous avons dénoncé cette situation dans un reportage diffusé à Zone libre il y a quelques années.

Dans le film, Paul Inchauspé rend hommage à son ancien maître dans son école de village au Pays basque. Il affirme que les écoles doivent renouer avec leur mission, soit transmettre le patrimoine culturel de l'humanité aux jeunes générations. La réforme de l'éducation prétend s'inspirer de ces idées. Mais il faut chercher longtemps les textes importants d'Inchauspé (voir meq.gouv.qc.ca/reforme/curricu/inter.htm). Ils sont pratiquement introuvables tellement ils sont enterrés sous le blabla de pédagogues qui encombre le site Internet que le ministère de l'Éducation consacre à la réforme.
 
 
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