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Les émissions de la grève

Eugène Sauvé - Gatineau, 7 mai 2002  18 mai 2002 
On dit souvent aux vedettes qu'elles ne doivent surtout pas se mettre à croire leur propre publicité. Il serait peut-être bon que les journalistes en fassent autant. Surtout lorsqu'ils sont en grève. Ces temps-ci, chaque fois que j'écoute la chaîne culturelle, on me remercie d'être là. On semble tenir pour acquis que je manque terriblement la programmation régulière et que, si j'écoute toujours, c'est par devoir ou par solidarité.

Désolé. Ce n'est pas ça du tout. Ça me gêne presque de l'admettre mais si j'écoute tellement la chaîne culturelle par les temps qui courent, c'est que j'aime beaucoup plus les émissions qu'on y présente actuellement que les émissions régulières. L'autre jour, par exemple, j'ai entendu des chansons qui datent de l'époque pré-Plat-mondon, c'est-à-dire la période qui va de la fin de la grande noirceur au début de la grande insignifiance.


Évidemment, on va me servir tous les vieux clichés au sujet du droit de savoir. Un peuple doit être au courant de ce qui se passe afin de prendre des décisions éclairées. Disons tout de suite que, grève ou non, on a une surdose d'informations. Ça nous arrive par la télé, la radio, les journaux et l'ordinateur. Nous en sommes gavés. Alors, surtout, ne nous plaignez pas.


Ah, me direz-vous, mais il manque les commentaires des experts, ces gens qui expliquent l'actualité avec un air tellement sérieux et solennel qu'on les prendrait presque pour des commentateurs sportifs pour qui le point gagnant de la veille est au moins aussi important qu'un cataclysme cosmique, ou encore ces politiciens français pour qui la France est encore le nombril du monde. Là encore, on a une surdose. Si vous saviez comme il fait bon à l'occasion de faire ses propres réflexions sans l'aide d'experts qui nous disent quoi penser et surtout quoi ne pas dire. On peut même se permettre d'être politiquement incorrect.


Non, messieurs dames, surtout ne croyez pas tout ce que vous écrivez ou que vous dites à votre propre sujet. Vous êtes en grève et nous sympathisons avec vous. Mais, aussi incroyable que cela puisse vous sembler, la terre ne cessera pas de tourner pour autant.
 
 
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