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Libre opinion: Une facture étudiante salée

Julie Descheneaux - Étudiante en sociologie à l'Université du Québec à Montréal  15 février 2007 
Il y a, malgré les divergences idéologiques, un consensus social sur la question du sous-financement des institutions d'enseignement postsecondaire. L'éducation est en profonde mutation. Et, à travers une nouvelle régulation du financement, on perçoit la redéfinition de sa mission. Réduction des budgets publics pour le fonctionnement de base des cégeps et universités; augmentation des subventions non récurrentes et des crédits d'impôt pour les entreprises; hausse constante de la facture étudiante. Face cachée de l'éducation, le financement du réseau met en péril sa qualité et son accessibilité.

Une rapide comparaison avec les autres provinces canadiennes nous questionne sur le choix du gel des frais de scolarité. Pourtant, un dégel des frais serait tout le contraire d'une solution facile. Facile, oui. Une solution, non!

En fait, une étude attentive à cette question, produite par l'Educational Policy Institute, démontre qu'en tenant compte du salaire moyen et des frais afférents, le Québec ne se classe plus du tout premier en matière d'accessibilité mais plutôt en 30e position sur les 60 États et provinces de l'Amérique du Nord.

Surtout, ce que le Canada anglais nous démontre, c'est qu'une hausse de la facture étudiante ne règle en rien le problème du sous-financement du réseau. L'Association canadienne des professeurs et professeures d'université parle d'ailleurs d'un manque à gagner, seulement pour le réseau universitaire, de 12 milliards de dollars pour l'ensemble du territoire.

Bien sûr, les institutions d'enseignement seraient particulièrement ravies de pouvoir renflouer leurs coffres. Leur marge de manoeuvre est à ce point réduite qu'elles ne voient pas d'autre solution que de se tourner vers les étudiants et de les considérer comme une clientèle.

À quand le jour où les gouvernements financeront le réseau postsecondaire à la hauteur des bienfaits qu'il apporte à la société québécoise? À quand le jour où nous miserons sur l'égalité des chances et comprendrons que l'éducation est une institution fondamentale dans sa concrétisation?

Il serait impensable, aujourd'hui, de remettre sur la table des idéaux collectifs, y compris la gratuité scolaire. Il serait, va-t-on dire, utopique de croire à la viabilité d'un réseau d'éducation adéquatement financé par l'État et à l'abolition de tous les frais de scolarité. Évidemment, tant que le seul critère de viabilité est celui de la rentabilité, la question ne se pose même pas.

Remettre en avant l'accessibilité et la qualité de l'éducation, c'est retenir avant tout la mission première des cégeps et des universités et d'y adapter nos choix politiques. C'est donc décider de repenser l'ensemble du système d'éducation pour que l'entreprise privée ne médiatise plus l'investissement en éducation entre le public et les institutions. Quelques exemples: conversion des crédits d'impôt aux entreprises pour la recherche en dollars ajoutés au fonctionnement de base des universités, rapatriement de l'ensemble des sommes non récurrentes injectées en éducation pour ne former qu'un seul fonds constant, retour à une politique de financement malléable pour les cégeps afin d'éliminer la concurrence.

C'est, littéralement, établir une vision globale de l'éducation, une vision planifiée sous-tendue par un choix social. Si les entreprises du Québec veulent contribuer au développement de l'éducation, qu'elles fassent comme tout le monde: qu'elles paient leurs impôts! C'est l'unique mode de contribution acceptable pour une éducation de qualité, une éducation critique, une éducation libre. La gratuité scolaire est un choix politique. À nous, citoyens et citoyennes, de le rendre vivant.
 
 
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