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Lettres: Gérard Bouchard et l'intolérance

Pierre Simard - Professeur, École nationale d'administration publique, Le 11 février 2007  13 février 2007 
«Incrédulité, perplexité, colère, honte, dépit: tels sont quelques-uns des sentiments que j'ai éprouvés en apprenant» la nomination de l'historien Gérard Bouchard, professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi, à la commission d'étude sur les accommodements raisonnables. «Je m'explique.»

Cet universitaire signait, dans l'édition du Devoir du samedi 12 et du dimanche 13 février 2005, un chef-d'oeuvre d'intolérance à la suite de l'embauche de l'ex-premier ministre français Alain Juppé par l'École nationale d'administration publique («Embauche d'Alain Juppé: l'ENAP a-t-elle perdu la tête?», texte dont sont tirés les passages en italique de cette lettre).

Puisant à la manipulation sémantique (en traitant Juppé de criminel), s'appuyant sur des ragots (en laissant entendre que ce dernier avait été rejeté par deux universités américaines), le frère de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard lançait alors un vibrant appel à la révolte chez l'ensemble des universitaires québécois et réclamait sans détour la démission du directeur général de l'ENAP.

Comment aujourd'hui trouver raisonnable la nomination à une commission d'étude sur les accommodements raisonnables d'une personne aussi déraisonnable... de celui qui se plaisait, il y quelques mois à peine, à souffler sur les braises de l'intolérance; qui s'acharnait à soulever les antagonismes plutôt qu'à rechercher l'harmonie; qui se refusait à entendre les arguments de ceux qui ne pensent pas comme lui; qui ne voyait en l'ex-premier ministre Juppé qu'un notable de la métropole en mission dans la colonie. «Ben voyons donc!...»

Aujourd'hui, je suis inquiet de la nomination de Gérard Bouchard au sein d'une commission censée éclairer les décideurs dans leurs réflexions et leurs décisions sur l'importante question des accommodements raisonnables. Si j'avais son intolérance et sa démesure, je reprendrais ses propres mots: «Comme professeur, comme citoyen et comme Québécois, j'en suis profondément indigné. Il est cependant possible de montrer que si [quelqu'un] a perdu la tête, ce n'est pas le cas de tous les Québécois. Nous avons le devoir d'intervenir pour faire annuler cette décision qui nous abaisse et nous fait honte collectivement. [...] [On] ne pourra pas garder la tête haute tant que cet invraisemblable gâchis ne sera pas réparé.»
 
 
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