L'offensive saoudienne
Serge Truffaut
9 février 2007
Rarement l'Arabie saoudite aura été aussi active en matière diplomatique que ces temps-ci. Entre son rôle au Liban et les aller-retour d'émissaires de Riyad à Téhéran en passant par Le Caire, sans oublier l'organisation d'une rencontre palestinienne à La Mecque, le royaume wahhabite s'agite sur bien des fronts afin de contrer la montée en puissance de son ennemi héréditaire: l'Iran chiite.
Très récente, cette fièvre politique a une origine aussi datée qu'officielle, c'est-à-dire le sommet des principales nations sunnites à Riyad en juin dernier. Au terme de celui-ci, les chefs d'État saoudien, égyptien et jordanien avaient alors confié une inquiétude: que l'Iran parvienne à dominer une région partant des provinces de l'est de l'Afghanistan, là où les chiites sont majoritaires, au littoral libanais de la Méditerranée, sans oublier la Syrie. Pour reprendre l'expression du roi jordanien, on craignait «l'émergence d'un croissant chiite».
Au cours des mois antérieurs au sommet de Riyad, les autorités saoudiennes avaient noté de la part de la minorité chiite de leur pays une effervescence politique qui contrastait passablement avec la passivité qui l'avait jusqu'alors caractérisée. Sous l'impulsion de l'Iran, plus précisément du président Mahmoud Ahmadinejad, les chiites saoudiens, aux prises avec une ségrégation quotidienne, se sont mis à revendiquer l'égalité de traitement avec les sunnites. Cet éveil à la contestation avait alors passablement inquiété le gouvernement saoudien. D'autant plus...
D'autant plus que celui-ci observait une réduction de son influence aussi bien au Liban que dans les territoires palestiniens, au profit de l'Iran. Mais c'est évidemment l'évolution des événements en Irak qui a fini par convaincre les princes saoudiens qu'ils ne pourraient pas faire l'économie d'un autre rapport de force avec Téhéran. Autrement dit, ils se sont retrouvés dans l'obligation de réagir à visage, si on ose dire, découvert.
Il faut préciser que, fort de sa réalité géographique, l'Iran a disposé ses pions de façon à être la puissance géopolitique des environs. Si on s'attarde à la situation, toujours géographique, de ce pays et de l'Arabie saoudite, on constate, au vu des résultats, que l'Iran a fait sien l'adage selon lequel tout pays est condamné à mener la politique de sa géographie.
Ce retard par rapport à son principal concurrent, les wahhabites essayent depuis peu de le combler. Dans un premier temps, ils ont procédé à un changement des dirigeants et hauts fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères et de la Sécurité. Après quoi ils ont pris l'initiative, du reste assez spectaculaire, de convoquer les chefs du Hamas et du Fatah à La Mecque.
Si l'accord portant sur la formation d'un gouvernement d'union nationale, signé hier soir entre les parties, tient la distance, alors évidemment l'Arabie saoudite en retirera tous les avantages. Pour l'heure, elle semble avoir gommé un peu de l'ascendant que l'Iran détient sur le Hamas.
Très récente, cette fièvre politique a une origine aussi datée qu'officielle, c'est-à-dire le sommet des principales nations sunnites à Riyad en juin dernier. Au terme de celui-ci, les chefs d'État saoudien, égyptien et jordanien avaient alors confié une inquiétude: que l'Iran parvienne à dominer une région partant des provinces de l'est de l'Afghanistan, là où les chiites sont majoritaires, au littoral libanais de la Méditerranée, sans oublier la Syrie. Pour reprendre l'expression du roi jordanien, on craignait «l'émergence d'un croissant chiite».
Au cours des mois antérieurs au sommet de Riyad, les autorités saoudiennes avaient noté de la part de la minorité chiite de leur pays une effervescence politique qui contrastait passablement avec la passivité qui l'avait jusqu'alors caractérisée. Sous l'impulsion de l'Iran, plus précisément du président Mahmoud Ahmadinejad, les chiites saoudiens, aux prises avec une ségrégation quotidienne, se sont mis à revendiquer l'égalité de traitement avec les sunnites. Cet éveil à la contestation avait alors passablement inquiété le gouvernement saoudien. D'autant plus...
D'autant plus que celui-ci observait une réduction de son influence aussi bien au Liban que dans les territoires palestiniens, au profit de l'Iran. Mais c'est évidemment l'évolution des événements en Irak qui a fini par convaincre les princes saoudiens qu'ils ne pourraient pas faire l'économie d'un autre rapport de force avec Téhéran. Autrement dit, ils se sont retrouvés dans l'obligation de réagir à visage, si on ose dire, découvert.
Il faut préciser que, fort de sa réalité géographique, l'Iran a disposé ses pions de façon à être la puissance géopolitique des environs. Si on s'attarde à la situation, toujours géographique, de ce pays et de l'Arabie saoudite, on constate, au vu des résultats, que l'Iran a fait sien l'adage selon lequel tout pays est condamné à mener la politique de sa géographie.
Ce retard par rapport à son principal concurrent, les wahhabites essayent depuis peu de le combler. Dans un premier temps, ils ont procédé à un changement des dirigeants et hauts fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères et de la Sécurité. Après quoi ils ont pris l'initiative, du reste assez spectaculaire, de convoquer les chefs du Hamas et du Fatah à La Mecque.
Si l'accord portant sur la formation d'un gouvernement d'union nationale, signé hier soir entre les parties, tient la distance, alors évidemment l'Arabie saoudite en retirera tous les avantages. Pour l'heure, elle semble avoir gommé un peu de l'ascendant que l'Iran détient sur le Hamas.
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