Fausse sécurité
Jean-Robert Sansfaçon
8 février 2007
Il n'a pas été nécessaire d'entreprendre une vaste enquête pour comprendre que le mégafichier fédéral de renseignements sur les passagers aériens élaboré depuis 2003 est une véritable farce. Il a suffi qu'un journaliste du Devoir et quelques volontaires fassent une demande de vérification de contenu de leur propre dossier pour constater le grand nombre de failles qui ne peuvent avoir pour conséquence que de rendre le tout inopérant.
Créé par le gouvernement libéral dans le cadre de l'entente Canada-États-Unis sur les «frontières intelligentes», cette banque de données, appelée DPV/IP, est censée contenir la liste détaillée des déplacements de chaque passager aérien sur une période de six ans, de même qu'une foule de renseignements personnels comme son adresse, le numéro de la carte de crédit ayant servi à payer les billets, la destination, le numéro de son siège à bord de l'avion, ses préférences alimentaires, etc. En tout, cette banque de données doit contenir quelque 100 millions d'entrées individuelles!
Or les vérifications faites au cours des dernières semaines par notre journaliste révèlent de nombreuses omissions dans tous les cas. Ainsi, aucun des volontaires qui ont pris connaissance de leur dossier personnel n'y a retrouvé la totalité de ses déplacements au cours des dernières années, encore moins les renseignements complémentaires requis par le règlement.
À l'Agence des services frontaliers, on n'est pas en mesure de fournir les raisons de ces absences. Mais on prend la peine de préciser que ce fichier ne constitue qu'une des nombreuses mesures de sécurité en vigueur. Pourtant, le fichier devrait progressivement étendre ses tentacules aux passagers par train, par bateau et même par automobile... Un monstre dont on ne connaît rien des coûts, certainement gigantesques, comme le sont toutes les bases de données informatisées du genre.
Ceci nous amène à poser des questions plus fondamentales. D'abord, pourquoi maintenir une banque de renseignements personnels aussi considérable si on est incapable d'en assurer la précision? À quoi peut bien servir le fait de connaître la destination de vacances de M. Tout-le-monde et de sa petite famille?
Lors de l'annonce de ce nouveau programme, en 2002, les autorités canadiennes avaient précisé qu'elles allaient utiliser ce nouvel outil pour dépister non seulement les terroristes mais aussi les pédophiles et les fraudeurs du fisc qui se déplacent à l'étranger. Ridicule!
La seule façon de combattre efficacement le terrorisme, la fraude ou la criminalité, c'est d'abord la prévention et ensuite l'enquête policière. L'identification et l'infiltration de groupes potentiellement dangereux ont ainsi permis de déjouer plusieurs complots au fil des ans. Toutes ces histoires de mégafichiers informatisés recensant massivement les déplacements des gens ne servent qu'à satisfaire les ambitions mégalomanes des forces de sécurité et à soulager la paranoïa de l'administration américaine. Il faut demander la destruction de ces banques de renseignements personnels qui ne font qu'accentuer la présence des gouvernements dans la vie privée des citoyens.
j-rsansfacon@ledevoir.com
Créé par le gouvernement libéral dans le cadre de l'entente Canada-États-Unis sur les «frontières intelligentes», cette banque de données, appelée DPV/IP, est censée contenir la liste détaillée des déplacements de chaque passager aérien sur une période de six ans, de même qu'une foule de renseignements personnels comme son adresse, le numéro de la carte de crédit ayant servi à payer les billets, la destination, le numéro de son siège à bord de l'avion, ses préférences alimentaires, etc. En tout, cette banque de données doit contenir quelque 100 millions d'entrées individuelles!
Or les vérifications faites au cours des dernières semaines par notre journaliste révèlent de nombreuses omissions dans tous les cas. Ainsi, aucun des volontaires qui ont pris connaissance de leur dossier personnel n'y a retrouvé la totalité de ses déplacements au cours des dernières années, encore moins les renseignements complémentaires requis par le règlement.
À l'Agence des services frontaliers, on n'est pas en mesure de fournir les raisons de ces absences. Mais on prend la peine de préciser que ce fichier ne constitue qu'une des nombreuses mesures de sécurité en vigueur. Pourtant, le fichier devrait progressivement étendre ses tentacules aux passagers par train, par bateau et même par automobile... Un monstre dont on ne connaît rien des coûts, certainement gigantesques, comme le sont toutes les bases de données informatisées du genre.
Ceci nous amène à poser des questions plus fondamentales. D'abord, pourquoi maintenir une banque de renseignements personnels aussi considérable si on est incapable d'en assurer la précision? À quoi peut bien servir le fait de connaître la destination de vacances de M. Tout-le-monde et de sa petite famille?
Lors de l'annonce de ce nouveau programme, en 2002, les autorités canadiennes avaient précisé qu'elles allaient utiliser ce nouvel outil pour dépister non seulement les terroristes mais aussi les pédophiles et les fraudeurs du fisc qui se déplacent à l'étranger. Ridicule!
La seule façon de combattre efficacement le terrorisme, la fraude ou la criminalité, c'est d'abord la prévention et ensuite l'enquête policière. L'identification et l'infiltration de groupes potentiellement dangereux ont ainsi permis de déjouer plusieurs complots au fil des ans. Toutes ces histoires de mégafichiers informatisés recensant massivement les déplacements des gens ne servent qu'à satisfaire les ambitions mégalomanes des forces de sécurité et à soulager la paranoïa de l'administration américaine. Il faut demander la destruction de ces banques de renseignements personnels qui ne font qu'accentuer la présence des gouvernements dans la vie privée des citoyens.
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