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Lettres: Hérouxville : en marche vers l'altérité ?

1 février 2007 
Hérouxville, le village où je suis née, le village de mon enfance, s'est lancé dans la cohue qui entoure notre rapport ambivalent aux immigrants en rendant publiques ses «normes». Comment me taire alors que mon goût de l'altérité me vient justement de ce village où j'ai toujours été un peu étrangère?

Au-delà de la couverture médiatique qui s'intéresse à l'aspect pittoresque, qui met en scène de façon plutôt mesquine la difficulté de gens simples à exprimer des phénomènes complexes, il y a l'enjeu de l'altérité. Un enjeu qu'on ne peut disqualifier sous prétexte que ces «normes» n'ont pas de valeur juridique, qu'elles sont empreintes de préjugés frôlant la caricature ou qu'il s'agit de toute évidence d'un cafouillage de la politique municipale à petite échelle.

J'ignore si le cas d'Hérouxville peut être considéré comme représentatif du sentiment des «régions» — qui sont loin d'être aussi homogènes qu'on le suppose — envers les immigrants. Je sais par contre d'expérience qu'à Hérouxville, l'enjeu de l'altérité est constitutif de la communauté. La peur de l'autre est bien présente, liée à la peur de disparaître, de perdre son identité propre. Quand «nous» ne sommes que 1300 habitants, n'est-il pas normal de souhaiter que «eux», les étrangers imaginés et craints, s'ajoutent au «nous»?

Je vois dans cette initiative l'affirmation d'une identité, un acte sain et fondamental à toute expérience d'altérité. Mais on s'égare, selon moi, lorsqu'on associe affirmation de son identité propre avec négation de l'identité de l'autre. Le cumul des identités n'est ni simple ni facile, que ce soit face à un «nous» auquel on s'identifie alors qu'il nous rejette ou face à un «nous» qui nous est imposé alors qu'on ne s'y reconnaît pas. Il faut cependant reconnaître qu'on peut être — et qu'on est de plus en plus souvent — à la fois d'ici et de là-bas; du Liban et du Québec; de Montréal et d'Hérouxville.






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