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Colloques, rapports et petits fours - Si la culture vous intéresse!

Jean Lauzon - Directeur du Musée populaire de la photographie  26 janvier 2007 
Dans Le Devoir du 15 janvier dernier, Dominique Brais avait bien raison de s'interroger sur la valeur des investissements culturels dans ce beau pays qui est le nôtre. À l'affirmation qui voudrait que «l'argent n'ait pas de valeur», toutefois, il faudrait sans doute nuancer.

Qu'une banane flotte dans le ciel du Texas soit un «projet farfelu», peut-être, mais en le voyant dans la perspective d'une oeuvre post-dada à haute teneur technologique, par exemple, le projet passe mieux. Qu'on y investisse de l'argent ne peut pas être scandaleux parce que le scandale, ici, n'est pas tant la somme investie que le fait qu'il n'y a pas assez d'argent consenti pour le développement culturel. Il s'agit là d'une position unanime dans les milieux concernés. À l'heure actuelle, au Canada, c'est l'effort de guerre qui est privilégié, au détriment, bien évidemment, du développement socioculturel de nos environnements respectifs.

Dominique Brais affirme que «l'art n'a pas de rôle précis à jouer dans la société». Que ce rôle ne soit pas «précis» dans l'ère polysémique qui est la nôtre, soit; mais cela ne peut pas signifier l'absence de rôle ou de fonction de l'activité artistique, par exemple d'expression, de communication, de recherche de transcendance, de dénonciation et de bien d'autres.

Le scandale, disions-nous, c'est le manque d'argent et aussi le fait que le peu d'argent qui est disponible soit certainement mal dépensé dans certains cas. L'argent, en soi, n'a pas de valeur, convenons-en pour le moment; mais comme valeur d'échange, par exemple pour des produits culturels, alors là, oui, l'enjeu est énorme.

Reconnu mais sans aide

Prenons la politique de développement culturel, et particulièrement celle consacrée aux musées, sur le territoire du Québec. Ajoutons-y le fait qu'un nouveau musée a été créé au Centre-du-Québec voilà près d'un an, seul musée par ailleurs consacré exclusivement à la photographie au Québec. Ce qu'on obtient: à peu près rien.

Le public doit savoir que pour être admissible à une reconnaissance du ministère de la Culture, tout musée doit d'abord avoir été ouvert au public depuis au moins trois ans. S'il est reconnu, cela ne garantit pas d'aide financière. Le dernier processus de reconnaissance date de l'an 2000 alors que 71 nouvelles institutions étaient alors reconnues. Aucune d'entre elles, en date de mai 2005, n'avaient toutefois encore été soutenues financièrement par le ministère responsable. Par ailleurs, aucun indice ne permet de penser qu'un nouveau processus de reconnaissance soit instauré dans un avenir prévisible...

Le scandale, c'est que la ministre de la Culture du Québec ait dépensé 10 000 $ pour la rédaction d'un discours de quatre pages et qu'elle refuse, à l'aide de son budget discrétionnaire, de contribuer au développement de projets régionaux comme le nôtre, ne serait-ce qu'avec une aide annuelle de 1000 $ ou de 5000 $, par exemple. Ces sommes peuvent paraître peu élevées, mais pour notre projet, basé sur une politique d'un maximum de rentabilité avec peu d'investissements, il s'agirait là d'une aide considérable.

Le scandale, c'est que des centaines de milliers de dollars sont actuellement dépensés pour l'élaboration sur papier de politiques culturelles régionales, ce qui mérite peut-être d'être encouragé. Sauf qu'une fois établies et acceptées, ces politiques se retrouvent devant l'évidence de ne pas pouvoir se concrétiser, faute de fonds nécessaires pour le faire.

Le scandale, c'est que des soirées dites culturelles, «cocktail, petites bouchées, récompenses et tapes dans le dos», qui coûtent au bas mot 30 000 $ chacune, sont tenues périodiquement dans nos régions, ce qui serait peut-être acceptable si les moyens financiers étaient au rendez-vous, mais dans la mesure où l'argent se fait rare, il semble bien que l'investir autrement pourrait relever d'une certaine sagesse culturelle que l'on cherche toujours.

Rien de réel

Le scandale, c'est que ces rapports, colloques, statistiques, politiques culturelles et tutti quanti donnent l'impression de représenter le réel alors qu'il n'en est rien. Le scandale, aujourd'hui, c'est que les responsables des politiques de développement culturel semblent croire qu'un portrait sur papier d'un paysage culturel local, régional ou même national puisse rendre compte de ce qui se passe vraiment sur le terrain.

Il s'agit là d'une illusion de taille. Le temps d'exécuter le portrait, de l'analyser, d'en inférer quelques idées ou politiques, sans compter la possibilité d'un changement de gouvernement, et tout a changé, plus rien n'est pareil et on doit recommencer, toujours sur papier, alors que sur le terrain, il faut payer le loyer, verser des salaires, payer les transporteurs d'oeuvres, investir en promotion, marketing, publicité, achat de matériel d'exposition, attendre les visiteurs, etc.

Le scandale, surtout, c'est que les politiques qui viennent des gouvernements dits supérieurs s'inscrivent dans une logique totalitaire, c'est-à-dire la même chose pour tout le monde, sans tenir compte des initiatives individuelles ou collectives locales, et que cette façon de faire affirme rien de moins que tous et chacun doivent vivre dans un cadre de pensée unique sous peine d'exclusion (non-reconnaissance).

Reconnaître les différences locales et régionales pourrait pourtant mener à des considérations davantage ancrées dans le réel et moins sur la surface glissante du papier glacé utilisé par quelque obscur fonctionnaire pour rédiger son rapport annuel où tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.
 
 
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