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    Prévention de la violence - Suggestions au ministre de l'Éducation

    19 janvier 2007 |Robert Cadotte - Directeur du Centre de formation sur l'enseignement en milieux défavorisés, Université du Québec à Montréal, et commissaire responsable du projet de prévention de la violence qui a existé à la Commission scolaire de Montréal de 1999 à 2003
    M. le ministre,
    La semaine dernière, les médias annonçaient votre intention de présenter un plan de prévention de la violence à l'école. Permettez-moi de faire quelques suggestions pendant que ce plan est sur la planche à dessin.

    La violence a effectivement augmenté à l'école. Les recherches le démontrent clairement. Il m'apparaît cependant nécessaire d'étendre votre diagnostic à ce qui se passe à l'extérieur de l'école si on veut adopter une stratégie efficace.

    Quand on regarde l'évolution de notre société depuis quelques décennies, il y a de quoi s'inquiéter encore plus. La violence n'est pas réservée aux jeunes, c'est toute la société qui est en cause. Le taux de crimes violents des adultes est quatre fois plus élevé qu'en 1962. Chez les jeunes de 12 à 17 ans, l'augmentation est un peu plus rapide et, de façon bizarre, alors que les crimes violents ont tendance à se maintenir à un haut niveau, on constate une baisse constante des crimes contre les biens depuis 1991. Cela a conduit Jacques Brodeur, un spécialiste de la prévention, à conclure que «plus on évolue, plus les biens sont en sécurité et moins les personnes le sont!».

    Ce n'est donc pas uniquement sous l'oeil d'une caméra de surveillance que nos élèves doivent cesser d'être violents mais aussi lorsqu'ils sont à l'extérieur de l'école.

    Les causes profondes

    Un premier écueil à éviter dans ce plan d'action est de détourner l'argent destiné à la prévention vers les soins palliatifs. Il est bien normal de vouloir régler les urgences. Malheureusement, ce n'est pas ce qui va arrêter la montée de la violence. C'est aux causes profondes qu'il faut s'attaquer. Mais quelles sont-elles?

    Devant cette augmentation de la violence, on regarde tout naturellement du côté des parents. Non sans raison, à voir le nombre d'enfants rois qui contrôlent leurs parents. Il nous apparaît cependant nécessaire d'aller plus loin et de se demander pourquoi les parents ont baissé les bras. Et si nous étions passés à côté de l'essentiel, à savoir que les parents vivent dans le même monde que les enfants et sont eux aussi influençables?

    Cela nous amène à deux causes évidentes, tellement grosses qu'on ne les voit pas. La première concerne un phénomène étudié en psychologie 101, à savoir que les humains apprennent d'abord par imitation.

    Où les enfants (et les adultes) prennent-il leurs modèles? Eh oui, surtout à la télévision. Les associations de santé publique des États-Unis et du Québec ont d'ailleurs pris des positions fermes à ce sujet. Plus de 1000 études ont été réalisées sur l'influence de la violence télévisée. Les résultats sont sans appel: la téléviolence a un effet certain sur l'augmentation de la violence.

    Bien sûr, tous les enfants qui ont regardé Vin Diesel ne deviendront pas des assassins. Cependant, comme la cigarette, le danger croît avec l'usage. C'est là le résultat essentiel des études scientifiques. Alors, comment se surprendre que les États-Unis soient le pays riche le plus violent au monde quand on sait qu'un jeune États-Unien a vu en moyenne 8000 meurtres à l'âge de 11 ans?

    La seconde cause est la pauvreté. On observe en effet des taux beaucoup plus élevés de crimes violents dans les quartiers pauvres que dans les quartiers riches. Comment s'en surprendre? Les jeunes y sont quotidiennement incités à la consommation de luxe, et le seul moyen dont ils disposent pour se procurer ces objets luxueux est celui qui leur est suggéré dans les films à la Bruce Willis. De plus, les parents pauvres sont généralement moins instruits, donc moins équipés pour connaître le manuel du parfait parent.

    Des stratégies gagnantes

    En 1999, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) avait mis sur pied un plan de prévention, malheureusement interrompu en 2003, qui tenait compte de toutes ces dimensions.

    Le premier geste de la CSDM avait consisté à réunir tous ses employés (des enseignants jusqu'aux concierges) pour faire le point et se donner des objectifs. Sans la collaboration des employés, il n'y a aucune chance de réussir une campagne de prévention. Un budget a ensuite été accordé à chaque école pour mettre sur pied des projets locaux de prévention. Sans organisation locale, oublions encore une fois le succès. Pour cela, il faut de l'argent. Eh oui.

    On a ensuite embauché quelques spécialistes de la prévention pour soutenir les écoles. Il en faut. Enfin, on a retenu quelques objectifs pour l'ensemble de la commission scolaire.

    Si les milliers d'enseignants du Québec se décident à travailler dans la même direction, ils peuvent changer le Québec. Il nous semble donc important que les commissions scolaires et votre ministère conservent un rôle de mobilisation de l'ensemble de leurs employés en sus des actions dans chaque école.

    À cela, il faut aussi ajouter des outils pour permettre aux enseignants de travailler avec leurs élèves et pour contacter les parents (prioritairement en milieux défavorisés). Si le ministère de l'Éducation est sérieux avec cette campagne antiviolence, ne devrait-il pas l'introduire dans les programmes d'études? Autrement, les enseignants seront toujours tiraillés entre le programme qu'il faut couvrir et la «surtâche» que constitue une campagne de prévention.

    Le rôle du ministère

    Pour réussir une telle opération, le ministère ne saurait se contenter de renvoyer la balle aux commissions scolaires. Il doit impérativement y mettre des sous. À la CSDM, les commissaires ont dégagé 1,2 million de dollars par année pour financer l'opération. Il s'agissait d'une somme modeste compte tenu de la grosseur de la commission scolaire. Il faudrait donc que le ministère prévoie d'injecter au moins 12 millions dans l'ensemble du Québec.

    Enfin, pourquoi le ministère de l'Éducation ne lance-t-il pas une campagne de publicité destinée aux parents pour expliquer comment améliorer l'encadrement parental? De telles campagnes ont une efficacité démontrée. Rappelons-nous les campagnes sur la cigarette.












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