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Le vrai Québécois

Josée Boileau   12 janvier 2007 
Qu'y a-t-il de plus curieux: que les Québécois, les plus jeunes en tête, démontrent un attachement indéfectible à la solidarité sociale ou qu'un sondeur n'en revienne pas de ce constat?

Rien de plus cohérent, pourtant, que le rejet de la hausse des tarifs d'électricité et des droits de scolarité, voire d'un ticket modérateur en santé. Pourquoi les Québécois, qui ont tant reçu de la Révolution tranquille — l'éducation gratuite, l'accès aux soins de santé, des programmes pour les plus démunis, des équipements culturels... jusqu'à la formation d'une élite économique —, tourneraient-ils le dos à une manière de faire qui les a tous servis, individuellement et collectivement? D'autant que la mémoire des familles est encore pleine de ce temps pas si lointain où les études supérieures étaient réservées à une minorité et où la maladie était d'abord une catastrophe économique.

Et puis, pour quoi faudrait-il se serrer la ceinture? Pour alimenter davantage le gaspillage de fonds publics, l'industrie des consultants privés, les cadeaux aux entreprises, les contrats aux copains? Pas fous, les Québécois! La Révolution tranquille leur a permis d'avoir leur part du gâteau, et il n'est pas question d'y renoncer, même si on le leur demande avec des questions aussi biaisées que celles élaborées par CROP, qui insistait sur la nécessité d'une société plus prospère, le danger de l'endettement futur, les moyennes canadiennes, etc.

Cela ne fait pas des Québécois des gauchistes sur deux pattes — la popularité des partis de gauche en faisant foi — mais certainement des gens assez lucides pour voir que l'opinion d'une classe de privilégiés ne correspond pas à ce qu'ils vivent. Exemple tout bête: la dénonciation, de plus en plus présente dans les médias, des familles qui gagnent 60 000 $ par année et dont les enfants bénéficient, quel scandale!, du tarif de 7 $ par jour en CPE. Dans la vraie vie, cela signifie que ces parents profiteurs gagnent chacun 30 000 $ par année. Bonjour le pactole! Et ce sont eux qui devraient payer 1000 $ par mois pour deux enfants en garderie, comme il y a dix ans?

Il est certainement légitime de présenter aux Québécois des propositions politiques qui les bousculent, et Le Devoir appuie certaines des idées mises en avant par le manifeste Pour un Québec lucide, l'augmentation des droits de scolarité, par exemple. Ce qui est embarrassant, c'est le ton sentencieux systématiquement employé par le clan des lucides, qu'on a encore entendu cette semaine: les Québécois sont bloqués, ne comprennent pas, ne savent pas. Et, forcément, seuls des lucides peuvent mettre le pays sur ses rails! Quand on est convaincu à ce point, on ne fait plus des sondages ou des éditoriaux mais de la politique!

Et pour s'éviter des surprises, qu'ils retournent à leurs classiques: «Le vrai Québécois, c'est un socialiste d'esprit, un communiste de coeur et un capitaliste de poche.» Yvon Deschamps l'avait compris en 1972, et c'est toujours à ce Québécois qu'il faut savoir parler.






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