D'autres réflexions sur la pratique journalistique
Le chroniqueur Gil Courtemanche publiait samedi dernier dans Le Devoir d'intéressantes «réflexions sur la pratique journalistique». À la fin de son article, il commentait une nouvelle relative à une enquête pancanadienne récemment dévoilée où on a mesuré, écrivait-il, «la capacité des Canadiens à lire et surtout à comprendre un texte publié dans les journaux».
«Cette étude, concluait-il, donnait la mesure accablante de la faillite de notre système scolaire: plus de 50 % des francophones sont incapables de comprendre le sens d'un article ordinaire publié dans un journal.»
En effet, cette donnée n'est en rien réjouissante. Mais le lien de cause à effet que M. Courtemanche fait entre celle-ci et «la faillite de notre système scolaire» est un raccourci inopportun. En effet, ce résultat concerne les francophones des provinces canadiennes, qui ont chacune leur système éducatif. Or l'enquête montre d'importantes variations des résultats selon les provinces.
Ce résultat porte sur tous les Canadiens âgés de 16 ans et plus. Or on sait que les aînés ont un niveau de scolarité largement inférieur à celui des plus jeunes et qu'il y a un lien direct entre la scolarité et l'analphabétisme, bien que ce ne soit pas le seul facteur de différenciation. (Je souligne pour mémoire qu'en 1960, à peine la moitié des jeunes Québécois fréquentaient l'école secondaire.)
De fait, l'enquête révèle que chez les Québécois francophones âgés de 16 à 24 ans, le taux de littératie aux niveaux supérieurs atteint 69 % et dépasse même de quelques points (quoique de façon non statistiquement significative) les Québécois anglophones du même groupe d'âge. Il n'existe pas non plus à cet égard d'écart significatif entre les jeunes francophones du Québec et les jeunes anglophones du ROC.
Cela étant, s'il n'y a rien de très rassurant dans le fait que 30 % des jeunes Québécois francophones et des jeunes Canadiens anglophones n'atteignent pas le niveau de «littératie» nécessaire ou jugé tel dans notre société, l'observation met les choses en perspective et invite à s'interroger sur l'ensemble des facteurs qui expliquent le phénomène.
Il importe de le dire, surtout que M. Courtemanche ajoutait ceci à son commentaire initial: «Au moment où nos grands théoriciens de la pédagogie défendent de toutes leurs langues indéchiffrables les mérites de leur réforme, cette information passée inaperçue venait jeter une nouvelle pierre dans le jardin de leur autosatisfaction.»
Passons sur le ton ironique du commentaire pour nous attacher à l'essentiel: M. Courtemanche établit un lien entre la piètre performance des francophones en lecture et la réforme en cours. Mais c'est un lien purement rhétorique. En effet, ce sont l'ensemble des Canadiens qui ont fait l'objet en 2003 de l'enquête de Statistique Canada. Hors Québec, les Canadiens n'ont rien à voir avec ladite réforme. Quant aux Québécois qui ont fait partie de l'échantillon, aucun ne l'a encore connue.
Rappelons plutôt que cette réforme prescrit une augmentation significative du temps consacré à l'enseignement du français et un rehaussement culturel du programme. On ne connaît pas encore les résultats concrets de ces efforts, le temps n'ayant pas encore fait son oeuvre. Une chose est certaine: chez mes collègues «théoriciens de la pédagogie» du français, on suit la chose de près et on ne manque pas d'esprit critique.
Témoin et acteur à divers titres du milieu de l'éducation depuis 35 ans, j'ose ici un jugement prudent sur certains chroniqueurs et leur traitement de ce champ d'activité. Au fil des chroniques, j'ai observé trop souvent un manque de sens critique, voire l'escamotage de l'information de base, tant à propos de notre système éducatif en général que de la réforme en cours en particulier.
On s'en remet plutôt à son humeur. Comme avait dit, dans le temps, un chef de pupitre à une chroniqueuse renommée: «Tu ne pourrais pas me mettre quelques petits faits avec ça?»
Réponse
J'ai peut-être mal interprété les résultats de l'étude mentionnée. Je le regrette, mais il faut dire que les données étaient présentées de façon sommaire. Pour le reste, je persiste et signe. Les résultats des réformes québécoises de l'enseignement du français sont catastrophiques. Ma fréquentation assidue depuis six ans des écoles primaires et secondaires (autant ici qu'en France) me le prouve régulièrement, tout comme le fait que la majorité des futurs enseignants échouent lors de l'examen de français que leur impose l'université.
Gil Courtemanche
«Cette étude, concluait-il, donnait la mesure accablante de la faillite de notre système scolaire: plus de 50 % des francophones sont incapables de comprendre le sens d'un article ordinaire publié dans un journal.»
En effet, cette donnée n'est en rien réjouissante. Mais le lien de cause à effet que M. Courtemanche fait entre celle-ci et «la faillite de notre système scolaire» est un raccourci inopportun. En effet, ce résultat concerne les francophones des provinces canadiennes, qui ont chacune leur système éducatif. Or l'enquête montre d'importantes variations des résultats selon les provinces.
Ce résultat porte sur tous les Canadiens âgés de 16 ans et plus. Or on sait que les aînés ont un niveau de scolarité largement inférieur à celui des plus jeunes et qu'il y a un lien direct entre la scolarité et l'analphabétisme, bien que ce ne soit pas le seul facteur de différenciation. (Je souligne pour mémoire qu'en 1960, à peine la moitié des jeunes Québécois fréquentaient l'école secondaire.)
De fait, l'enquête révèle que chez les Québécois francophones âgés de 16 à 24 ans, le taux de littératie aux niveaux supérieurs atteint 69 % et dépasse même de quelques points (quoique de façon non statistiquement significative) les Québécois anglophones du même groupe d'âge. Il n'existe pas non plus à cet égard d'écart significatif entre les jeunes francophones du Québec et les jeunes anglophones du ROC.
Cela étant, s'il n'y a rien de très rassurant dans le fait que 30 % des jeunes Québécois francophones et des jeunes Canadiens anglophones n'atteignent pas le niveau de «littératie» nécessaire ou jugé tel dans notre société, l'observation met les choses en perspective et invite à s'interroger sur l'ensemble des facteurs qui expliquent le phénomène.
Il importe de le dire, surtout que M. Courtemanche ajoutait ceci à son commentaire initial: «Au moment où nos grands théoriciens de la pédagogie défendent de toutes leurs langues indéchiffrables les mérites de leur réforme, cette information passée inaperçue venait jeter une nouvelle pierre dans le jardin de leur autosatisfaction.»
Passons sur le ton ironique du commentaire pour nous attacher à l'essentiel: M. Courtemanche établit un lien entre la piètre performance des francophones en lecture et la réforme en cours. Mais c'est un lien purement rhétorique. En effet, ce sont l'ensemble des Canadiens qui ont fait l'objet en 2003 de l'enquête de Statistique Canada. Hors Québec, les Canadiens n'ont rien à voir avec ladite réforme. Quant aux Québécois qui ont fait partie de l'échantillon, aucun ne l'a encore connue.
Rappelons plutôt que cette réforme prescrit une augmentation significative du temps consacré à l'enseignement du français et un rehaussement culturel du programme. On ne connaît pas encore les résultats concrets de ces efforts, le temps n'ayant pas encore fait son oeuvre. Une chose est certaine: chez mes collègues «théoriciens de la pédagogie» du français, on suit la chose de près et on ne manque pas d'esprit critique.
Témoin et acteur à divers titres du milieu de l'éducation depuis 35 ans, j'ose ici un jugement prudent sur certains chroniqueurs et leur traitement de ce champ d'activité. Au fil des chroniques, j'ai observé trop souvent un manque de sens critique, voire l'escamotage de l'information de base, tant à propos de notre système éducatif en général que de la réforme en cours en particulier.
On s'en remet plutôt à son humeur. Comme avait dit, dans le temps, un chef de pupitre à une chroniqueuse renommée: «Tu ne pourrais pas me mettre quelques petits faits avec ça?»
Réponse
J'ai peut-être mal interprété les résultats de l'étude mentionnée. Je le regrette, mais il faut dire que les données étaient présentées de façon sommaire. Pour le reste, je persiste et signe. Les résultats des réformes québécoises de l'enseignement du français sont catastrophiques. Ma fréquentation assidue depuis six ans des écoles primaires et secondaires (autant ici qu'en France) me le prouve régulièrement, tout comme le fait que la majorité des futurs enseignants échouent lors de l'examen de français que leur impose l'université.
Gil Courtemanche
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