La souveraineté n'appartient pas au Parti québécois
Le travail de réactualisation du projet souverainiste incombe à toutes les organisations de la société civile
Guy Lachapelle - Université Concordia
5 novembre 2002
«Comme les déconvenues politiques, les défaites militaires engendrent une littérature romanesque qui vise à l'oubli d'un présent rendu intolérable soit par la re-création d'un moment du passé qui confine souvent au rêve, soit par l'élaboration d'un univers incitateur.» - Roger Le Moine
À chaque fois qu'un ministre ou un député quitte le Parti québécois, nous avons droit à un aggiornamento sur ce que devrait ou non faire le gouvernement et le parti pour attiser et renouveler le discours souverainiste. Ce que cet exercice d'introspection révèle, à notre avis, c'est un malaise profond sur la volonté réelle, non pas du gouvernement du Parti québécois ni des membres de ce parti de faire du Québec un pays indépendant, mais plutôt de l'ensemble des partenaires sociaux à militer et à agir comme si le Québec était déjà un pays souverain. Pour convaincre, il faut que tout un chacun dans leurs gestes quotidiens soient prêts à agir dans le sens de ses convictions et à mettre au haut de ses priorités la sauvegarde des intérêts de la nation québécoise.
Il nous semble trop facile de blâmer ministres et députés, de leur reprocher de ne pas faire assez pour promouvoir la souveraineté du Québec. C'est oublier un élément fondamental: la souveraineté n'appartient pas au Parti québécois. Le PQ a reçu en fidéicommis le mandat de promouvoir l'idée d'indépendance, une idée qui existait, faut-il le rappeler, bien avant le Parti québécois. Lorsque ce parti forme le gouvernement, son objectif premier est d'agir afin que les Québécois soient majoritairement prêts à signer l'acte de naissance d'un Québec souverain. Il est tout à fait légitime de vouloir que ce moment historique arrive le plutôt possible. Mais pour cela, il faut une forte cohésion des militants souverainistes et une démonstration convaincante des multiples avantages de faire de la société québécoise une société universelle.
Resserrer les rangs
Le Parti québécois n'est pas le seul porteur de la souveraineté. Cette responsabilité incombe à toutes les organisations de la société civile. Il faut autant occuper les lieux de pouvoir, agir dans le quotidien afin de promouvoir les intérêts du Québec et ne jamais oublier que c'est par leurs actions que l'on jugera si les souverainistes méritent le pays qu'ils réclament.
Le monopole du discours souverainiste n'appartient pas seulement au premier ministre, aux ministres ou députés. Il appartient à tous ceux et celles qui souhaitent ardemment que le gouvernement du Québec soit le seul gouvernement à gérer nos impôts. Certains, autant dans les milieux culturels, économiques et politiques s'y emploient depuis longtemps et ne manquent pas l'occasion de rappeler que la souveraineté est nécessaire pour pouvoir agir en toute imputabilité.
Les Québécois ont souvent tendance à blâmer leur gouvernement alors que certaines décisions sont prises ailleurs. Pire encore, certains prennent des décisions mais ne veulent pas payer les factures. Cela s'appelle le déséquilibre fiscal.
Dans la société québécoise, il y a deux classes de citoyens. Les souverainistes de qui on exige une intégrité à toute épreuve et la classe des opportunistes qui se cache sous toute sorte de subterfuges pour ne pas proclamer son attachement à une citoyenneté québécoise globale. Pour une certaine «gauche-caviar», le Parti québécois ne sera jamais assez social-démocrate alors que pour d'autres il est trop corporatiste. La critique est toujours facile, l'action plus difficile.
Lorsqu'on affirme qu'il y a au sein du Parti québécois une aile de «durs et purs», on se trompe. Il y a tout simplement des souverainistes plus impatients que d'autres. Il appartient alors aux militants du Parti québécois de débattre de leur stratégie mais surtout de faire en sorte que l'idée de souveraineté s'actualise aux débats contemporains. Pour être convaincants, les souverainistes doivent resserrer les rangs vers leur objectif commun, comme ce fut le cas lors du référendum de 1995.
Sans tomber dans le pathos ou dans des considérations personnelles, être citoyen, chercheur et souverainiste dans un lieu où il y a sans doute plus de Canadiens que de Québécois, permet de comprendre davantage le sens du combat quotidien. Quand vous recevez une enveloppe anonyme dans laquelle il y a une paire de gants avec le message: «Les gants de Lorraine PagéÉ les souverainistes vous êtes tous semblables» ou un autre affirmant que «vous [les souverainistes] et monsieur Bouchard n'allez pas nous dicter les règles de la sécession», ou qu'un quotidien anglophone demande à votre employeur de vous congédier parce que vous êtes souverainiste, vous comprenez rapidement que la liberté d'opinion et d'association ne sont pas nécessairement des valeurs que cultivent tous vos adversaires politiques.
Et quand en plus de cela, un ministre fédéral légitime ce genre de gestes et se réfugiant dans un cadre pseudo légaliste, vous comprenez rapidement qu'il faudra redoubler de vigilance et de force morale pour faire avancer notre objectif. Pour être souverainiste, il faut certes avoir la carapace solide. René Lévesque nous avait prévenus en 1970.
Le Québec: une société malheureuse
Il faut également différencier l'appui au Parti québécois de l'appui à la souveraineté. Malgré tous les épouvantails semés par Ottawa, l'option souverainiste demeure toujours autour de 42 %. Ce qui est plus inquiétant, c'est de voir certains souverainistes délaisser le Parti québécois au profit de partis incapables d'avoir une pensée cohérente autour de l'avenir politique du Québec. La difficulté réside dans le fait qu'après tout grand «choc» historique (la Révolution de 1837-1838, l'Acte d'Union, le référendum de 1980, la rapatriement de la constitution canadienne et le référendum de 1995), les adversaires du Québec ont toujours cherché à profiter de la situation pour imposer davantage leur carcan.
Lors de ces moments plus difficiles, les militants doivent resserrer leur rang. Cette situation fut bien décrite par Honoré Beaugrand en 1878 qui définissait le Québec comme «une société malheureuse» alors que la classe politique québécoise cherchait toutes sortes de compromis plus ou moins honorables.
C'est pourquoi les sondages actuels reflètent bien cette situation, sans compter que la prospérité économique des dernières années, grâce aux efforts des gouvernements du Parti québécois, fait en sorte que plusieurs citoyens s'intéressent bien plus aux marchés boursiers (gains personnels) qu'au marché de la souveraineté (gains collectifs).
Le travail de réactualisation du projet souverainiste appartient à tout un chacun, aux divers groupes de la société civile qui formaient en 1995 cette grande coalition pour la souveraineté. Il faut parler de mondialisation, des raisons pourquoi plus de 185 nations non souveraines dans le monde cherchent aujourd'hui diverses formes de reconnaissance, de l'autonomie politique à l'indépendance, autant que des effets dysfonctionnels du fédéralisme canadien. Adopter une stratégie vers l'indépendance «tranquille», signifie aussi que la patience est une vertu en politique et qu'il faut également saisir les opportunités quand elles passent, comme nous le rappelait un ministre démissionnaire. Mais il ne faut surtout pas tomber dans le «rêve incantateur» et oublier la situation présente.
À chaque fois qu'un ministre ou un député quitte le Parti québécois, nous avons droit à un aggiornamento sur ce que devrait ou non faire le gouvernement et le parti pour attiser et renouveler le discours souverainiste. Ce que cet exercice d'introspection révèle, à notre avis, c'est un malaise profond sur la volonté réelle, non pas du gouvernement du Parti québécois ni des membres de ce parti de faire du Québec un pays indépendant, mais plutôt de l'ensemble des partenaires sociaux à militer et à agir comme si le Québec était déjà un pays souverain. Pour convaincre, il faut que tout un chacun dans leurs gestes quotidiens soient prêts à agir dans le sens de ses convictions et à mettre au haut de ses priorités la sauvegarde des intérêts de la nation québécoise.
Il nous semble trop facile de blâmer ministres et députés, de leur reprocher de ne pas faire assez pour promouvoir la souveraineté du Québec. C'est oublier un élément fondamental: la souveraineté n'appartient pas au Parti québécois. Le PQ a reçu en fidéicommis le mandat de promouvoir l'idée d'indépendance, une idée qui existait, faut-il le rappeler, bien avant le Parti québécois. Lorsque ce parti forme le gouvernement, son objectif premier est d'agir afin que les Québécois soient majoritairement prêts à signer l'acte de naissance d'un Québec souverain. Il est tout à fait légitime de vouloir que ce moment historique arrive le plutôt possible. Mais pour cela, il faut une forte cohésion des militants souverainistes et une démonstration convaincante des multiples avantages de faire de la société québécoise une société universelle.
Resserrer les rangs
Le Parti québécois n'est pas le seul porteur de la souveraineté. Cette responsabilité incombe à toutes les organisations de la société civile. Il faut autant occuper les lieux de pouvoir, agir dans le quotidien afin de promouvoir les intérêts du Québec et ne jamais oublier que c'est par leurs actions que l'on jugera si les souverainistes méritent le pays qu'ils réclament.
Le monopole du discours souverainiste n'appartient pas seulement au premier ministre, aux ministres ou députés. Il appartient à tous ceux et celles qui souhaitent ardemment que le gouvernement du Québec soit le seul gouvernement à gérer nos impôts. Certains, autant dans les milieux culturels, économiques et politiques s'y emploient depuis longtemps et ne manquent pas l'occasion de rappeler que la souveraineté est nécessaire pour pouvoir agir en toute imputabilité.
Les Québécois ont souvent tendance à blâmer leur gouvernement alors que certaines décisions sont prises ailleurs. Pire encore, certains prennent des décisions mais ne veulent pas payer les factures. Cela s'appelle le déséquilibre fiscal.
Dans la société québécoise, il y a deux classes de citoyens. Les souverainistes de qui on exige une intégrité à toute épreuve et la classe des opportunistes qui se cache sous toute sorte de subterfuges pour ne pas proclamer son attachement à une citoyenneté québécoise globale. Pour une certaine «gauche-caviar», le Parti québécois ne sera jamais assez social-démocrate alors que pour d'autres il est trop corporatiste. La critique est toujours facile, l'action plus difficile.
Lorsqu'on affirme qu'il y a au sein du Parti québécois une aile de «durs et purs», on se trompe. Il y a tout simplement des souverainistes plus impatients que d'autres. Il appartient alors aux militants du Parti québécois de débattre de leur stratégie mais surtout de faire en sorte que l'idée de souveraineté s'actualise aux débats contemporains. Pour être convaincants, les souverainistes doivent resserrer les rangs vers leur objectif commun, comme ce fut le cas lors du référendum de 1995.
Sans tomber dans le pathos ou dans des considérations personnelles, être citoyen, chercheur et souverainiste dans un lieu où il y a sans doute plus de Canadiens que de Québécois, permet de comprendre davantage le sens du combat quotidien. Quand vous recevez une enveloppe anonyme dans laquelle il y a une paire de gants avec le message: «Les gants de Lorraine PagéÉ les souverainistes vous êtes tous semblables» ou un autre affirmant que «vous [les souverainistes] et monsieur Bouchard n'allez pas nous dicter les règles de la sécession», ou qu'un quotidien anglophone demande à votre employeur de vous congédier parce que vous êtes souverainiste, vous comprenez rapidement que la liberté d'opinion et d'association ne sont pas nécessairement des valeurs que cultivent tous vos adversaires politiques.
Et quand en plus de cela, un ministre fédéral légitime ce genre de gestes et se réfugiant dans un cadre pseudo légaliste, vous comprenez rapidement qu'il faudra redoubler de vigilance et de force morale pour faire avancer notre objectif. Pour être souverainiste, il faut certes avoir la carapace solide. René Lévesque nous avait prévenus en 1970.
Le Québec: une société malheureuse
Il faut également différencier l'appui au Parti québécois de l'appui à la souveraineté. Malgré tous les épouvantails semés par Ottawa, l'option souverainiste demeure toujours autour de 42 %. Ce qui est plus inquiétant, c'est de voir certains souverainistes délaisser le Parti québécois au profit de partis incapables d'avoir une pensée cohérente autour de l'avenir politique du Québec. La difficulté réside dans le fait qu'après tout grand «choc» historique (la Révolution de 1837-1838, l'Acte d'Union, le référendum de 1980, la rapatriement de la constitution canadienne et le référendum de 1995), les adversaires du Québec ont toujours cherché à profiter de la situation pour imposer davantage leur carcan.
Lors de ces moments plus difficiles, les militants doivent resserrer leur rang. Cette situation fut bien décrite par Honoré Beaugrand en 1878 qui définissait le Québec comme «une société malheureuse» alors que la classe politique québécoise cherchait toutes sortes de compromis plus ou moins honorables.
C'est pourquoi les sondages actuels reflètent bien cette situation, sans compter que la prospérité économique des dernières années, grâce aux efforts des gouvernements du Parti québécois, fait en sorte que plusieurs citoyens s'intéressent bien plus aux marchés boursiers (gains personnels) qu'au marché de la souveraineté (gains collectifs).
Le travail de réactualisation du projet souverainiste appartient à tout un chacun, aux divers groupes de la société civile qui formaient en 1995 cette grande coalition pour la souveraineté. Il faut parler de mondialisation, des raisons pourquoi plus de 185 nations non souveraines dans le monde cherchent aujourd'hui diverses formes de reconnaissance, de l'autonomie politique à l'indépendance, autant que des effets dysfonctionnels du fédéralisme canadien. Adopter une stratégie vers l'indépendance «tranquille», signifie aussi que la patience est une vertu en politique et qu'il faut également saisir les opportunités quand elles passent, comme nous le rappelait un ministre démissionnaire. Mais il ne faut surtout pas tomber dans le «rêve incantateur» et oublier la situation présente.
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