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Pourquoi opposer la générosité des uns à celle des autres?

Guy Berthiaume - Vice-recteur, développement et relations avec les diplômés, Université de Montréal  30 décembre 2006 
Dans son édition de samedi dernier, Le Devoir publiait, sous la signature de Stéphane Baillargeon, un article intitulé «La générosité des milliardaires» qui mérite qu'on s'y attarde.

Tout d'abord parce que, en mettant en relief l'initiative généreuse de Guy Laliberté, le fondateur du Cirque du Soleil, qui vient de créer la fondation One Drop, le texte met en lumière l'action des grands philanthropes francophones. Ce faisant, il vient s'attaquer au mythe de la relative pingrerie des Québécois d'origine française, une vue de l'esprit qui ne résiste pas à l'analyse: lorsque ces derniers, par leur créativité et leurs efforts, accèdent à la fortune, ils n'ont point de cesse de remettre à la société. Outre les exemples de Jean Coutu et d'André Chagnon mentionnés par M. Baillargeon, qu'il suffise d'évoquer ceux d'André Bérard et d'Yvon Deschamps, qui ont au cours des dernières années pris des dispositions pour que tous leurs avoirs soient mis au service de causes charitables.

Les francophones ne sont donc pas affligés d'une configuration génétique qui ne les prédisposerait pas à la générosité. Ils sont plutôt les produits d'une histoire qui les a peu responsabilisés par rapport à leurs institutions et d'une condition socioéconomique modeste ne se prêtant guère à l'évergétisme. Le changement radical de ces conditions historiques qui s'est produit il n'y a guère plus d'une génération permet l'émergence depuis quelques années d'une nouvelle classe de philanthropes exemplaires dont nous pouvons collectivement nous enorgueillir.

S'il faut savoir gré à l'article du Devoir d'avoir mis ce phénomène en lumière, le texte de Stéphane Baillargeon n'en contient pas moins une inexactitude qu'il convient de corriger. Il y aurait au Québec, selon le journaliste, des «riches chiches [...] pour donner le mauvais exemple aux petites bourses avares. Pour une famille Chagnon ou Jean Coutu, de poursuivre le journaliste, combien compte-t-on de Desmarais ou de Péladeau»?

Opposer MM. Desmarais et Péladeau à des philanthropes remarquables, comme semble le faire M. Baillargeon, et les associer aux «riches chiches» relève de la méconnaissance la plus complète de la réalité philanthropique. En 2002, Jacqueline et Paul G. Desmarais ont reçu la médaille philanthropique de la Chambre de commerce du Québec. Sans leur appui, l'Université de Montréal et l'Université d'Ottawa ne seraient pas aujourd'hui les grands établissements de réputation internationale qu'elles sont devenues.

Les deux universités ont d'ailleurs reconnu la contribution exceptionnelle de Paul G. Desmarais à leur développement en désignant des pavillons universitaires de son nom: celui de l'UdeM, inauguré en 1996, est voué à la recherche médicale et celui de l'Université d'Ottawa accueillera l'École de gestion et la faculté des sciences sociales. Et que dire de la contribution de la famille Desmarais à l'Opéra de Montréal, à l'Orchestre symphonique de Montréal, au Musée des beaux-arts?

Quant à savoir si Pierre Péladeau est un «riche chiche», il faudrait le demander aux étudiants de l'Université du Québec à Montréal et de l'Université Laval qui accèdent aux études supérieures grâce à une bourse Pierre-Péladeau, aux mélomanes qui fréquentent la salle de concert Pierre-Péladeau et aux ex-toxicomanes qui doivent leur nouveau départ dans la vie à leur séjour au Pavillon Pierre-Péladeau d'Ivry-sur-le-Lac, dans les Laurentides...

Tous les francophones fortunés sont-ils d'une générosité exemplaire? Certes pas. Mais citer Paul Desmarais et Pierre Péladeau pour illustrer le soi-disant atavisme disposant ceux-ci à l'avarice ne rend pas justice à la vérité et ne fait rien pour changer les mentalités.

Réplique

L'article cité ne niait pas les dons appréciables des familles milliardaires québécoises Desmarais ou Péladeau. Seulement, il les relativisait par rapport aux efforts beaucoup plus importants consentis par d'autres grandes familles d'ici, celles des Chagnon et Coutu notamment, et leurs centaines de millions. Surtout, le texte citait et analysait les dons exceptionnels consentis récemment par les Américains Bill Gates et Warren E. Buffet. À lui seul, ce dernier promet de distribuer environ 99 % de sa fortune.

Le don à l'Université d'Ottawa dont vous parlez est de 15 millions de dollars et le Pavillon de gestion portera bientôt le nom de Paul G. Desmarais. La fortune du fondateur de Power Corporation est évaluée à près de quatre milliards. Il en verse certainement plus de 1 % par année à des oeuvres charitables. N'empêche, ce petit seuil demeure bien en deçà du don d'un tiers de ses milliards atteint par le fondateur de Microsoft.

Le cas de Pierre Péladeau est encore plus troublant, le fondateur de Quebecor n'ayant fourni de son vivant, sauf erreur, que quelques millions à des causes charitables.

Alors, chiches nos super-riches? Parfois, oui, encore, malheureusement, même si tous les efforts demeurent louables.

Stéphane Baillargeon
 
 
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