Lettres: Pour ne pas vivre dans le noir
Jacques Gauthier - Poète, Gatineau, le 27 décembre 2006
29 décembre 2006
Dans son éditorial du 27 décembre, Josée Boileau posait cette question: «Lisez-vous?» Elle faisait remarquer que les francophones du Québec et du Canada lisent moins que les anglophones. Il faut donc créer le désir, concluait-elle, pour que la lecture soit perçue comme une nécessité de la vie. Elle terminait par ce souhait: «Que chaque heureux détenteur d'un livre sous le sapin sache faire partager son bonheur.»
Eh bien, mon bonheur à moi a été de découvrir l'Album Miron sous le sapin. J'avais suggéré ce choix pour être sûr de ma joie. Et je n'ai pas été déçu. J'ai passé le jour du Boxing Day dans la lumière de cet album, préparé avec amour par la compagne de Miron, Marie-Andrée Beaudet, et publié avec autant de soin par l'équipe de L'Hexagone, maison d'édition que le poète avait fondée avec d'autres en 1953. Quel beau voyage j'ai fait dans le pays natal de ce grand amoureux des livres! Il a donné son âme à la poésie, en grande partie pour venger l'analphabétisme de son grand-père, cet «ouvreur de pays», qui aurait donné sa vie pour savoir lire. «Quand on ne sait pas lire, on est toujours dans le noir», disait-il à son petit-fils de neuf ans.
Dix ans plus tard, Gaston Miron trouvera le sens de sa démarche poétique en méditant les deux premiers vers de La Quête de joie de Patrice de La Tour du Pin: «Tous les pays qui n'ont plus de légende / seront condamnés à mourir de froid.» Comme quoi les écrivains se fécondent mutuellement. Pour avoir visité leurs oeuvres comme on fréquente des amis, et en écho au souhait de Josée Boileau, j'ose paraphraser mes deux poètes-prophètes: «Tous les pays qui n'ont plus de lecteurs / seront obligés à vivre dans le noir.»
Eh bien, mon bonheur à moi a été de découvrir l'Album Miron sous le sapin. J'avais suggéré ce choix pour être sûr de ma joie. Et je n'ai pas été déçu. J'ai passé le jour du Boxing Day dans la lumière de cet album, préparé avec amour par la compagne de Miron, Marie-Andrée Beaudet, et publié avec autant de soin par l'équipe de L'Hexagone, maison d'édition que le poète avait fondée avec d'autres en 1953. Quel beau voyage j'ai fait dans le pays natal de ce grand amoureux des livres! Il a donné son âme à la poésie, en grande partie pour venger l'analphabétisme de son grand-père, cet «ouvreur de pays», qui aurait donné sa vie pour savoir lire. «Quand on ne sait pas lire, on est toujours dans le noir», disait-il à son petit-fils de neuf ans.
Dix ans plus tard, Gaston Miron trouvera le sens de sa démarche poétique en méditant les deux premiers vers de La Quête de joie de Patrice de La Tour du Pin: «Tous les pays qui n'ont plus de légende / seront condamnés à mourir de froid.» Comme quoi les écrivains se fécondent mutuellement. Pour avoir visité leurs oeuvres comme on fréquente des amis, et en écho au souhait de Josée Boileau, j'ose paraphraser mes deux poètes-prophètes: «Tous les pays qui n'ont plus de lecteurs / seront obligés à vivre dans le noir.»
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

