Libre opinion: Respecter l'intégrité de la mission de Condition féminine Canada
Sylvie Morel - Professeures et membres du Comité-conseil ou du Comité scientifique de la chaire d'étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes de l'Université Laval*
28 décembre 2006
Nous, professeurs d'université et féministes, c'est-à-dire préoccupés par l'avancement de la cause des femmes dans la société, dénonçons la manière dont le gouvernement fédéral se comporte aujourd'hui en matière de droits à l'égalité pour les femmes.
En effet, en cette période qui devrait correspondre à un moment de liesse puisque le 10 décembre dernier, Journée internationale des droits de la personne des Nations unies, a marqué le 25e anniversaire de la ratification par le Canada de la Convention de l'ONU sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'encontre des femmes, force est de constater que l'heure est plutôt à l'inquiétude et à la colère. Alors que la défense des droits des femmes requerrait des efforts financiers d'une ampleur nouvelle, au moment même où le gouvernement fédéral accumule, année après année, d'énormes surplus budgétaires, c'est au contraire à l'abandon progressif du soutien gouvernemental fédéral aux programmes d'aide aux femmes que nous assistons.
Capacité d'agir compromise
Ainsi, depuis l'automne dernier, le gouvernement fédéral s'est clairement engagé dans une voie d'action qui met en péril la mission dévolue à Condition féminine Canada (CFC), l'organisme fédéral responsable, tel que fièrement affiché sur le site de celui-ci, de promouvoir «l'égalité entre les sexes et d'assurer la pleine participation des femmes à la vie économique, sociale, culturelle et politique du pays».
Deux décisions importantes compromettront gravement la capacité d'agir de CFC. La première d'entre elles a trait aux restrictions budgétaires de cinq millions de dollars, annoncées le 25 septembre 2006, qui réduisent de près de 40 % le budget de fonctionnement total de cet organisme, qui s'élevait auparavant à 12,7 millions. Ces compressions se sont notamment traduites par la fermeture de 12 des 16 bureaux régionaux de CFC, dont celui de Québec.
La deuxième vient du changement de mandat assigné au programme «Promotion de la femme», qui subventionne les activités des groupes de femmes à travers le Canada. Sous couvert d'une prétendue redistribution des fonds vers l'aide «directe» et «locale», les «activités nationales visant à revendiquer des droits et à influencer les gouvernements fédéral, provinciaux, et les administrations municipales» ne sont désormais plus admissibles à un financement. En clair, les groupes de femmes dont l'action est jugée dérangeante parce que trop revendicatrice et trop politique seront privés de soutien.
Outre ces mesures transformant fondamentalement les modalités d'intervention de CFC auprès des groupes de femmes, il faut mentionner également la suppression brutale, en septembre dernier, du financement accordé au Programme de contestation judiciaire du Canada (PCC), dont l'objectif était de financer des causes types intentées par des personnes et des groupes en vue de contester les lois et politiques fédérales qui violent leurs droits constitutionnels à l'égalité.
En somme, ce gouvernement est en train de procéder en douce au démantèlement progressif d'un organisme dont nous pouvons pourtant, toutes et tous, témoigner de la nécessité pour la promotion des droits des femmes.
Indispensable
Le travail de CFC est indispensable à l'amélioration de la situation des femmes ou, en d'autres termes, au respect par le Canada de ses engagements internationaux. Est-il besoin de rappeler, à cet égard, la déclaration suivante de Stephen Harper, rendue publique durant la dernière campagne électorale: «Si je suis élu, je prendrai des mesures concrètes et immédiates, comme l'ont recommandé les Nations unies, pour m'assurer que le Canada s'acquitte entièrement de ses engagements envers les femmes.»
Nous rappelons au premier ministre du Canada non seulement ses propres engagements électoraux mais également combien long et ardu est encore le chemin à parcourir avant que l'égalité entre les sexes (en matière de représentation politique, d'emploi, de droit à l'intégrité physique, etc.) ne soit chose faite.
Il faut répéter aussi à quel point les acquis des femmes demeurent fragiles dans des sociétés comme les nôtres, aux prises avec des intégrismes et des conservatismes de toutes tendances. La défense des droits des femmes doit rester une priorité, et cela requiert que le gouvernement fédéral n'abandonne pas ses responsabilités à cet égard.
Nous réitérons donc les demandes déjà exprimées à de nombreuses reprises à la ministre du Patrimoine canadien et de la Condition féminine, Beverly J. Oda, et au premier ministre Stephen Harper, dans des lettres, des pétitions ou à l'occasion de manifestations, afin que cessent les atteintes portées au Canada contre les droits des femmes et des plus démunis.
Nous voulons également témoigner de notre solidarité avec le Regroupement des groupes de femmes de la région de Québec (Portneuf-Québec-Charlevoix), qui faisait connaître, il y a quelques jours, son profond mécontentement devant l'ensemble des décisions mentionnées ci-dessus et la fermeture du bureau régional de Québec, ainsi qu'avec tous les groupes oeuvrant dans les régions frappées par la fermeture d'un bureau de CFC.
Sans même parler du renforcement des politiques publiques dont est directement tributaire la sécurité économique des Canadiennes (législation en matière d'équité salariale, services de garde aux enfants, soutien au logement, etc.), les demandes visant simplement à restaurer l'intégrité de la mission de CFC sont les suivantes: que la ministre Oda rétablisse sans délai le budget de CFC, maintienne les bureaux régionaux et la mission première du programme «Promotion de la femme» et continue de soutenir financièrement les groupes de femmes auxquels ce dernier est dédié.
* Ont donné leur appui à cette lettre les 136 personnes dont les noms figurent ci-après: Alary, Michel; Amiot, Pierre; Anderson, Alen; Arrien, Sophie-Jan; Audet, Michel; Audette, Marie; Baril-Gingras, Geneviève; Beaudoin, Pierre; Beauregard, Robert; Bédard, Diane; Bégin, Luc; Bélanger, André; Bélanger, Norma; Belleau, Marie-Claire; Bellefleur, Pierre; Bellemarre, Marie; Benhamou, Nicole; Bergeron, François; Bernier, Colette; Bernier, Jean; Bilodeau, Renée; Blais, René; Bouthillier, Luc; Brin, Colette; Brisson, Josée; Brochu, Johanne; Cadrin, Paul; Cantin, Étienne; Cardu, Hélène; Carel, Maurice; Carrière, Monique; Chaîné, Francine; Chandad, Fatiha; Charest, Pierre-Mathieu; Chartier, Anne; Comeau, Yvan; Couillard, Marie-Andrée; Daigle, Johanne; De Koninck, Marie; Deffis, Émilia; Déom, Esther; Derriennic, Jean-Pierre; Desautels, Jacques; Deshaies, Denise; Desharnais, Josée; Desrosiers, Julie; Dion, Patrice; Drainville, André C.; Drolet, Guy; Dubois, Marie-Claude; Dufour, Jean-Claude; Foriero, Adolfo; Fossard, Marion; Gendron, Michel; Gervais, Marie; Gingras, Anne-Marie; Gourdeau, Frédéric; Grenier, Gilbert; Guèvremont, Véronique; Guilbert, Lucille; Hermon, Ella; Huot, Jacques; Issalys, Pierre; Jeannotte, Lucie; Jobin, Jean; Kugler, Marianne; Labrecque, Marie-France; Lacasse, Serge; Langevin, Louise; Langlois, Lyse; Langlois, Serge; Lapointe, Line; Larue, Bruno; Lasserre, Frédéric; Laurin, Danielle; Lavallée, Marguerite; Le Bossé, Yann; Lebouc, Marie-France; Lemieux, Raymond; Leroueil, Serge; Levaseur, Maurice; Macoir, Joel; Marchand, Raymond; Marciel, Yvan; Marcoux, Richard; Martel, Richard; Mathieu, Louise; Mercier, Jacques; Moisan, Jocelyne; Moisan, Jocelyne; Montreuil, Sylvie; Mura, Roberta; Naccache, Paul H.; Naccarato, Mario; O'Neil Michel; Papadopoulou, Barbara; Parent, Claudine; Parent, Diane; Parks, Suzanne; Payette, Serge; Pelchat, Marc; Pelletier, Réjean; Piché, Denise; Pierre, Roger; Plante, France; Plante, Jean; Poulin, Monique; Pouliot, Jacinthe; Pouliot, Roxane; Proulx, Denis; Rainville, Simon; Richard, Marc J.; Rivet, Jacques; Rivet, Nicole; Roberge, René-Michel; Robitaille, Jean; Rousseau, Stéphanie; Roy, Denis; Roy, Irène; Roy, René; Saillant, Francine; Savoie, Chantal; Séguin, Carl; Spain, Armelle; Stevanovic, Tatjana; St-Hilaire, Marc; St-Onge, Myreille; Talbot, Serge; Tanguay, Robert M.; Théberge, André; Thériault, Roger; Thibaudeau, Victor; Turgeon, Julie; Vandersmissen, M. H.; Vervacke, Sabrina; Vincent, Diane.
En effet, en cette période qui devrait correspondre à un moment de liesse puisque le 10 décembre dernier, Journée internationale des droits de la personne des Nations unies, a marqué le 25e anniversaire de la ratification par le Canada de la Convention de l'ONU sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'encontre des femmes, force est de constater que l'heure est plutôt à l'inquiétude et à la colère. Alors que la défense des droits des femmes requerrait des efforts financiers d'une ampleur nouvelle, au moment même où le gouvernement fédéral accumule, année après année, d'énormes surplus budgétaires, c'est au contraire à l'abandon progressif du soutien gouvernemental fédéral aux programmes d'aide aux femmes que nous assistons.
Capacité d'agir compromise
Ainsi, depuis l'automne dernier, le gouvernement fédéral s'est clairement engagé dans une voie d'action qui met en péril la mission dévolue à Condition féminine Canada (CFC), l'organisme fédéral responsable, tel que fièrement affiché sur le site de celui-ci, de promouvoir «l'égalité entre les sexes et d'assurer la pleine participation des femmes à la vie économique, sociale, culturelle et politique du pays».
Deux décisions importantes compromettront gravement la capacité d'agir de CFC. La première d'entre elles a trait aux restrictions budgétaires de cinq millions de dollars, annoncées le 25 septembre 2006, qui réduisent de près de 40 % le budget de fonctionnement total de cet organisme, qui s'élevait auparavant à 12,7 millions. Ces compressions se sont notamment traduites par la fermeture de 12 des 16 bureaux régionaux de CFC, dont celui de Québec.
La deuxième vient du changement de mandat assigné au programme «Promotion de la femme», qui subventionne les activités des groupes de femmes à travers le Canada. Sous couvert d'une prétendue redistribution des fonds vers l'aide «directe» et «locale», les «activités nationales visant à revendiquer des droits et à influencer les gouvernements fédéral, provinciaux, et les administrations municipales» ne sont désormais plus admissibles à un financement. En clair, les groupes de femmes dont l'action est jugée dérangeante parce que trop revendicatrice et trop politique seront privés de soutien.
Outre ces mesures transformant fondamentalement les modalités d'intervention de CFC auprès des groupes de femmes, il faut mentionner également la suppression brutale, en septembre dernier, du financement accordé au Programme de contestation judiciaire du Canada (PCC), dont l'objectif était de financer des causes types intentées par des personnes et des groupes en vue de contester les lois et politiques fédérales qui violent leurs droits constitutionnels à l'égalité.
En somme, ce gouvernement est en train de procéder en douce au démantèlement progressif d'un organisme dont nous pouvons pourtant, toutes et tous, témoigner de la nécessité pour la promotion des droits des femmes.
Indispensable
Le travail de CFC est indispensable à l'amélioration de la situation des femmes ou, en d'autres termes, au respect par le Canada de ses engagements internationaux. Est-il besoin de rappeler, à cet égard, la déclaration suivante de Stephen Harper, rendue publique durant la dernière campagne électorale: «Si je suis élu, je prendrai des mesures concrètes et immédiates, comme l'ont recommandé les Nations unies, pour m'assurer que le Canada s'acquitte entièrement de ses engagements envers les femmes.»
Nous rappelons au premier ministre du Canada non seulement ses propres engagements électoraux mais également combien long et ardu est encore le chemin à parcourir avant que l'égalité entre les sexes (en matière de représentation politique, d'emploi, de droit à l'intégrité physique, etc.) ne soit chose faite.
Il faut répéter aussi à quel point les acquis des femmes demeurent fragiles dans des sociétés comme les nôtres, aux prises avec des intégrismes et des conservatismes de toutes tendances. La défense des droits des femmes doit rester une priorité, et cela requiert que le gouvernement fédéral n'abandonne pas ses responsabilités à cet égard.
Nous réitérons donc les demandes déjà exprimées à de nombreuses reprises à la ministre du Patrimoine canadien et de la Condition féminine, Beverly J. Oda, et au premier ministre Stephen Harper, dans des lettres, des pétitions ou à l'occasion de manifestations, afin que cessent les atteintes portées au Canada contre les droits des femmes et des plus démunis.
Nous voulons également témoigner de notre solidarité avec le Regroupement des groupes de femmes de la région de Québec (Portneuf-Québec-Charlevoix), qui faisait connaître, il y a quelques jours, son profond mécontentement devant l'ensemble des décisions mentionnées ci-dessus et la fermeture du bureau régional de Québec, ainsi qu'avec tous les groupes oeuvrant dans les régions frappées par la fermeture d'un bureau de CFC.
Sans même parler du renforcement des politiques publiques dont est directement tributaire la sécurité économique des Canadiennes (législation en matière d'équité salariale, services de garde aux enfants, soutien au logement, etc.), les demandes visant simplement à restaurer l'intégrité de la mission de CFC sont les suivantes: que la ministre Oda rétablisse sans délai le budget de CFC, maintienne les bureaux régionaux et la mission première du programme «Promotion de la femme» et continue de soutenir financièrement les groupes de femmes auxquels ce dernier est dédié.
* Ont donné leur appui à cette lettre les 136 personnes dont les noms figurent ci-après: Alary, Michel; Amiot, Pierre; Anderson, Alen; Arrien, Sophie-Jan; Audet, Michel; Audette, Marie; Baril-Gingras, Geneviève; Beaudoin, Pierre; Beauregard, Robert; Bédard, Diane; Bégin, Luc; Bélanger, André; Bélanger, Norma; Belleau, Marie-Claire; Bellefleur, Pierre; Bellemarre, Marie; Benhamou, Nicole; Bergeron, François; Bernier, Colette; Bernier, Jean; Bilodeau, Renée; Blais, René; Bouthillier, Luc; Brin, Colette; Brisson, Josée; Brochu, Johanne; Cadrin, Paul; Cantin, Étienne; Cardu, Hélène; Carel, Maurice; Carrière, Monique; Chaîné, Francine; Chandad, Fatiha; Charest, Pierre-Mathieu; Chartier, Anne; Comeau, Yvan; Couillard, Marie-Andrée; Daigle, Johanne; De Koninck, Marie; Deffis, Émilia; Déom, Esther; Derriennic, Jean-Pierre; Desautels, Jacques; Deshaies, Denise; Desharnais, Josée; Desrosiers, Julie; Dion, Patrice; Drainville, André C.; Drolet, Guy; Dubois, Marie-Claude; Dufour, Jean-Claude; Foriero, Adolfo; Fossard, Marion; Gendron, Michel; Gervais, Marie; Gingras, Anne-Marie; Gourdeau, Frédéric; Grenier, Gilbert; Guèvremont, Véronique; Guilbert, Lucille; Hermon, Ella; Huot, Jacques; Issalys, Pierre; Jeannotte, Lucie; Jobin, Jean; Kugler, Marianne; Labrecque, Marie-France; Lacasse, Serge; Langevin, Louise; Langlois, Lyse; Langlois, Serge; Lapointe, Line; Larue, Bruno; Lasserre, Frédéric; Laurin, Danielle; Lavallée, Marguerite; Le Bossé, Yann; Lebouc, Marie-France; Lemieux, Raymond; Leroueil, Serge; Levaseur, Maurice; Macoir, Joel; Marchand, Raymond; Marciel, Yvan; Marcoux, Richard; Martel, Richard; Mathieu, Louise; Mercier, Jacques; Moisan, Jocelyne; Moisan, Jocelyne; Montreuil, Sylvie; Mura, Roberta; Naccache, Paul H.; Naccarato, Mario; O'Neil Michel; Papadopoulou, Barbara; Parent, Claudine; Parent, Diane; Parks, Suzanne; Payette, Serge; Pelchat, Marc; Pelletier, Réjean; Piché, Denise; Pierre, Roger; Plante, France; Plante, Jean; Poulin, Monique; Pouliot, Jacinthe; Pouliot, Roxane; Proulx, Denis; Rainville, Simon; Richard, Marc J.; Rivet, Jacques; Rivet, Nicole; Roberge, René-Michel; Robitaille, Jean; Rousseau, Stéphanie; Roy, Denis; Roy, Irène; Roy, René; Saillant, Francine; Savoie, Chantal; Séguin, Carl; Spain, Armelle; Stevanovic, Tatjana; St-Hilaire, Marc; St-Onge, Myreille; Talbot, Serge; Tanguay, Robert M.; Théberge, André; Thériault, Roger; Thibaudeau, Victor; Turgeon, Julie; Vandersmissen, M. H.; Vervacke, Sabrina; Vincent, Diane.
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