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    Libre opinion: Orford: quand des bâillons deviennent une force citoyenne

    27 décembre 2006 |Bertrand Larivée - Président du conseil d'administration de la Coopérative de solidarité du Mont-Orford
    Le vendredi 15 décembre dernier, le ministre Béchard, à 30 minutes d'avis, se présentait à Magog et annonçait enfin les grandes lignes de l'appel d'offres international concernant la vente d'une partie du mont Orford (loi 23 adoptée sous le bâillon). De toute évidence, le moment de l'annonce était stratégique et bien monté: attendre la fin des débats à l'Assemblée nationale et le début de la période des Fêtes pour mieux confondre les gens.

    En fin d'avant-midi ce même vendredi, les gens étaient fixés sur les paramètres de l'offre, paramètres en grande partie copiés sur les propositions du projet de la MRC Memphrémagog élaborées l'été passé, à la sauvette, par un petit groupe présélectionné. Comme nous le savons maintenant, la place d'une vision coopérative dans un tel contexte de soumission gouvernementale fondait comme neige au soleil. La Coopérative de solidarité du Mont-Orford se trouvait discréditée d'emblée.

    Voilà un problème majeur: l'appel d'offres actuel ferme la porte à un projet citoyen québécois démontrant qu'il est possible de gérer convenablement les actifs de la montagne et du golf sans procéder à la construction de condos, d'espaces commerciaux, etc. Par contre, il l'ouvre toute grande à des investisseurs immobiliers nationaux ou internationaux.

    Ne soyons pas dupes, un tel consortium qui achètera les terrains n'aura qu'un seul objectif en tête: maximiser son investissement en créant, entre autres, des pressions indues sur de nouvelles conditions de travail des employés de la montagne et du golf. Encore se manifestera la volonté d'un nouveau propriétaire de dépenser le moins possible pour le vrai développement, c'est-à-dire celui des activités inscrites dans une perspective sociale, environnementale et éducative. Là n'est pas son but, ni sa mission, ni sa logique.

    Pauvreté démocratique

    Rappelons que l'exploitation immobilière et la spéculation qui s'ensuivent sont les prémisses de base de l'appel d'offres actuel du gouvernement. Sans ces prémisses, plus rien ne tient. Le projet de M. Béchard ne créera aucune richesse durable à moyen et à long terme. Au contraire, il dilapidera un bien public au profit de quelques-uns qui feront d'un parc national amputé leur propre terrain de jeu. À tout point de vue, c'est très chèrement payé.

    Ainsi, le conseil d'administration de la Coopérative juge les paramètres de l'appel d'offres inadmissibles parce qu'ils nous obligent collectivement à n'accepter, sans mot dire encore une fois, qu'une seule voie: la voie du marché capitaliste sauvage.

    Tolérerons-nous encore longtemps d'être bâillonnés de la sorte? Les conséquences sociales de telles actions politiques sont trop grandes parce que tout bâillon à l'Assemblée nationale en provoque de multiples autres dans les régions.

    Proclamer une loi sous le bâillon, sans aucune urgence pour la nation, est loin d'être inoffensif. Par le fait même, on empêche tout projet différent de s'affirmer. On bâillonne un processus démocratique élémentaire. Il est temps que le Québec s'indigne devant une telle façon de procéder. Il est de notre responsabilité citoyenne de nous lever et de dire non à cette bêtise politique partisane qui démontre, encore une fois, une pauvreté de réflexion et une pauvreté démocratique.

    Une autre façon de gérer

    Depuis le début de l'automne 2006, la Coopérative du Mont-Orford est devenue un joueur important dans le débat, présentant une position différente, articulée et souhaitée par beaucoup de gens, engagés comme membres, qui croient à la réelle possibilité d'acheter les actifs de la montagne et du golf pour faire la promotion d'activités de plein air quatre-saisons pour tous.

    Notre projet est financièrement rentable, socialement innovateur et écologiquement soutenable, sans nécessiter la construction d'un complexe immobilier exigé par l'appel d'offres actuel. Seule la construction d'une auberge verte est prévue par la Coopérative. Ce projet touristique se veut avant tout éducatif.

    Répétons-le également, si la Coopérative doit paradoxalement acheter les terrains, c'est pour mieux les protéger. Elle négociera activement, avec un gouvernement plus raisonnable, la rétrocession des terres achetées pour les réintégrer dans les limites actuelles du parc national du Mont-Orford (règlement interne no 4).

    Nous croyons que les bases de l'appel d'offres sont sans grands fondements économique, environnemental et social et qu'avant le 15 mai 2007, celui-ci pourrait être vraisemblablement modifié par la voie politique ou citoyenne.

    La Coopérative poursuit donc le développement de son projet. Le conseil d'administration est plus que jamais prêt à relever le défi parce que les enjeux actuels vont bien au-delà de la problématique locale et régionale de la montagne. Ils sont devenus aussi des enjeux de principes et de justice. Nous proposons une autre façon de gérer et de vivre le développement. Nous proposons un autre projet de société. N'oublions pas que le mouvement coopératif a contribué activement à la construction du Québec moderne.

    Notre projet valorise donc les intérêts collectifs, l'autonomie, la démocratie, la solidarité, l'équité, la prise en charge locale et régionale, la réappropriation d'un espace qui nous appartient depuis 1938, la promotion d'un potentiel touristique et éducatif quatre-saisons en concertation avec le milieu, un respect de l'environnement...

    La Coopérative n'est surtout pas une coalition politico-syndicale. Elle est une association autonome de personnes volontairement réunies qui aspire à répondre à des besoins d'ordre économiques, sociaux, culturels et environnementaux communs au moyen d'une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement. Voilà notre projet pour le mont Orford.

    Agir

    La Coop Orford ne se laissera pas bâillonner, malgré le fait qu'on la discrédite à cause d'un processus d'appel d'offres pauvre et limité. Elle se qualifie, à coup sûr, dans des champs supérieurs: les champs social, environnemental et économique dans une perspective de développement durable. Le fait de devenir, en très grand nombre, copropriétaires des actifs de la montagne peut changer le processus.

    Citoyennes et citoyens, manifestez-vous! La coopérative en est un moyen. Continuons notre travail de recrutement, de discernement et d'éducation. Ne laissons pas partir ce qui nous appartient. Nos enfants et nos petits-enfants, qui se sensibilisent de plus en plus à de telles causes, ne comprendront pas notre inaction.

    Aux inepties politiques actuelles sans nom, nous avons la possibilité et même le devoir de dire non. Nous pouvons y répondre concrètement en devenant membres de la Coopérative de solidarité du Mont-Orford (www.cooporford.com). Exigeons de nos élus, obnubilés par les pressions politiques partisanes de courte vue, une vision plus perspicace, à long terme, du bien commun ainsi qu'une gouvernance authentique de la richesse collective.

    Voilà les raisons qui poussent la Coopérative du Mont-Orford à continuer son travail et son combat. Ensemble, faisons la différence!












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