Fin des pénalités pour les jeunes médecins des villes
Isabelle Paré
2 novembre 2002
À la grande joie des médecins, Québec abolira la pénalité de 30 % imposée depuis 20 ans aux jeunes qui décidaient de ne pas aller pratiquer en région. Une mesure historique, longtemps décriée par la profession, dont le ministre François Legault a annoncé la disparition hier au profit de plans d'effectifs régionaux plus musclés.
En signant la mort du décret de 1982, adopté à l'époque par le gouvernement de René Lévesque pour régler le manque de médecins en région, le ministre de la Santé tourne ainsi la page sur une règle honnie qui a influencé les choix professionnels des jeunes médecins au cours des 20 dernières années.
En vertu de ce décret, tous les médecins généralistes qui décidaient de s'installer dans les zones urbaines de Montréal, Québec et Sherbrooke étaient assujettis à une pénalité salariale pendant leur trois premières années de pratique, hormis ceux travaillant à l'urgence. En vertu d'une entente plutôt que d'un décret, les spécialistes étaient eux aussi soumis à des règles similaires, quoique un peu plus souples.
Seuls les médecins pratiquant dans les zones «intermédiaires» comme Trois-Rivières ou le Saguenay-Lac-Saint-Jean peuvent actuellement être rémunérés à plein salaire alors que les médecins oeuvrant en régions éloignées comme la Gaspésie ou l'Abitibi sont assurés de bonis allant de 10 à 40 %.
«Pour nous, il était important de mettre fin à une clause discriminatoire qui pénalisait seulement une partie des médecins. Avec le resserrement des plans régionaux d'effectifs médicaux [PREM], on sera en mesure de mieux répartir les ressources sur tout le territoire du Québec», a indiqué hier Anne Marcotte, attachée de presse du ministre Legault.
Cette mesure pourrait notamment avoir pour effet de combler des manques importants constatés dans les zones urbaines, entre autres dans les cliniques de médecine familiale, qui ferment en grand nombre faute de jeunes recrues, comme le révélait Le Devoir récemment.
Selon Mme Marcotte, le ministre a été sensibilisé par les jeunes médecins au cours des dernières semaines à la question de l'irritant majeur posé par ces clauses discriminatoires. Plus encore, le ministère estime que cette pénalité, qui s'est révélée efficace pour limiter l'installation de médecins en surnombre en zones urbaines, n'a pas pour autant permis de colmater les brèches observées dans les régions en pénurie.
Le bonheur pour les jeunes
Les jeunes médecins n'ont pas tardé hier à saluer l'abolition de ce décret, depuis longtemps boudé par les nouveaux disciples d'Esculape.
«On est tout à fait ravis de ces mesures. Cela tourne la page sur 20 ans de discrimination fondée sur l'âge. Pour nous, c'est un geste historique», s'est félicité hier le Dr Ziad Nasreddine, président de l'Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ).
Selon le Dr Nasreddine, le message envoyé par le retrait de cette clause sera déterminant pour retenir de jeunes médecins au Québec, notamment ceux qui vont à l'étranger pendant un à trois ans afin de parfaire leur formation de spécialiste.
À l'heure actuelle, 80 % des jeunes omnipraticiens et de 40 à 60 % des jeunes spécialistes décident d'aller pratiquer en région, selon l'AMJQ. Ce revirement de situation aura-t-il pour effet de priver de nouveau les régions éloignées des ressources nécessaires?
Selon le Dr Nasreddine, les plans d'effectifs rétabliront l'équilibre partout au Québec en assurant que dans toutes les régions, les médecins s'installent là où on a besoin d'eux, que ce soit en ville ou en région. «Il est important que ceux qui comblent des besoins, même en ville, ne soient plus pénalisés», estime-t-il.
Les spécialistes en guerre
avec le ministre
Quant à elle, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), qui est à couteaux tirés avec Québec, en a justement contre le resserrement de ces plans d'effectifs régionaux (PREM) qui devraient compenser le retrait de cette pénalité salariale.
Selon le président de cette fédération, le Dr Yves Dugré, ces plans assujettiront les médecins à des pénalités importantes si ces derniers s'installent dans des zones où on les considère en surnombre. Pour la FMSQ, les pénalités devraient plutôt être imposées aux régies régionales et aux hôpitaux qui engageront des médecins en surnombre sans tenir compte des plans qu'ils ont eux-mêmes ébauchés.
Par ailleurs, le Dr Dugré s'en est pris hier aux méthodes utilisées par le ministre Legault pour tourner en dérision les revendications salariales des médecins spécialistes. «On ne dit pas au ministre de cracher 500 millions. C'était démagogique de traduire en millions ce qui nous sépare des autres provinces canadiennes, même si c'est ça, la réalité. On demande juste au ministre de se fixer un horizon pour s'attaquer au problème, qui contribue à l'exode des médecins», a-t-il déploré. Selon ce dernier, les demandes des spécialistes n'équivalent pas du tout à 33 %. La FMSQ aurait plutôt demandé des hausses de tarifs de 7 % par année, et ce, pour les trois prochaines années. «On est très loin du 30 %! Ce qu'on veut surtout, c'est du temps opératoire et un rehaussement des équipements pour accroître l'accès aux soins», dit-il.
Par ailleurs, les médecins spécialistes, qui sont en guerre avec le ministre Legault en raison des amendements à la loi que ce dernier se prépare à déposer à l'Assemblée nationale, tiendront une journée d'étude le 13 novembre pour décider de moyens d'action à adopter.
En signant la mort du décret de 1982, adopté à l'époque par le gouvernement de René Lévesque pour régler le manque de médecins en région, le ministre de la Santé tourne ainsi la page sur une règle honnie qui a influencé les choix professionnels des jeunes médecins au cours des 20 dernières années.
En vertu de ce décret, tous les médecins généralistes qui décidaient de s'installer dans les zones urbaines de Montréal, Québec et Sherbrooke étaient assujettis à une pénalité salariale pendant leur trois premières années de pratique, hormis ceux travaillant à l'urgence. En vertu d'une entente plutôt que d'un décret, les spécialistes étaient eux aussi soumis à des règles similaires, quoique un peu plus souples.
Seuls les médecins pratiquant dans les zones «intermédiaires» comme Trois-Rivières ou le Saguenay-Lac-Saint-Jean peuvent actuellement être rémunérés à plein salaire alors que les médecins oeuvrant en régions éloignées comme la Gaspésie ou l'Abitibi sont assurés de bonis allant de 10 à 40 %.
«Pour nous, il était important de mettre fin à une clause discriminatoire qui pénalisait seulement une partie des médecins. Avec le resserrement des plans régionaux d'effectifs médicaux [PREM], on sera en mesure de mieux répartir les ressources sur tout le territoire du Québec», a indiqué hier Anne Marcotte, attachée de presse du ministre Legault.
Cette mesure pourrait notamment avoir pour effet de combler des manques importants constatés dans les zones urbaines, entre autres dans les cliniques de médecine familiale, qui ferment en grand nombre faute de jeunes recrues, comme le révélait Le Devoir récemment.
Selon Mme Marcotte, le ministre a été sensibilisé par les jeunes médecins au cours des dernières semaines à la question de l'irritant majeur posé par ces clauses discriminatoires. Plus encore, le ministère estime que cette pénalité, qui s'est révélée efficace pour limiter l'installation de médecins en surnombre en zones urbaines, n'a pas pour autant permis de colmater les brèches observées dans les régions en pénurie.
Le bonheur pour les jeunes
Les jeunes médecins n'ont pas tardé hier à saluer l'abolition de ce décret, depuis longtemps boudé par les nouveaux disciples d'Esculape.
«On est tout à fait ravis de ces mesures. Cela tourne la page sur 20 ans de discrimination fondée sur l'âge. Pour nous, c'est un geste historique», s'est félicité hier le Dr Ziad Nasreddine, président de l'Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ).
Selon le Dr Nasreddine, le message envoyé par le retrait de cette clause sera déterminant pour retenir de jeunes médecins au Québec, notamment ceux qui vont à l'étranger pendant un à trois ans afin de parfaire leur formation de spécialiste.
À l'heure actuelle, 80 % des jeunes omnipraticiens et de 40 à 60 % des jeunes spécialistes décident d'aller pratiquer en région, selon l'AMJQ. Ce revirement de situation aura-t-il pour effet de priver de nouveau les régions éloignées des ressources nécessaires?
Selon le Dr Nasreddine, les plans d'effectifs rétabliront l'équilibre partout au Québec en assurant que dans toutes les régions, les médecins s'installent là où on a besoin d'eux, que ce soit en ville ou en région. «Il est important que ceux qui comblent des besoins, même en ville, ne soient plus pénalisés», estime-t-il.
Les spécialistes en guerre
avec le ministre
Quant à elle, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), qui est à couteaux tirés avec Québec, en a justement contre le resserrement de ces plans d'effectifs régionaux (PREM) qui devraient compenser le retrait de cette pénalité salariale.
Selon le président de cette fédération, le Dr Yves Dugré, ces plans assujettiront les médecins à des pénalités importantes si ces derniers s'installent dans des zones où on les considère en surnombre. Pour la FMSQ, les pénalités devraient plutôt être imposées aux régies régionales et aux hôpitaux qui engageront des médecins en surnombre sans tenir compte des plans qu'ils ont eux-mêmes ébauchés.
Par ailleurs, le Dr Dugré s'en est pris hier aux méthodes utilisées par le ministre Legault pour tourner en dérision les revendications salariales des médecins spécialistes. «On ne dit pas au ministre de cracher 500 millions. C'était démagogique de traduire en millions ce qui nous sépare des autres provinces canadiennes, même si c'est ça, la réalité. On demande juste au ministre de se fixer un horizon pour s'attaquer au problème, qui contribue à l'exode des médecins», a-t-il déploré. Selon ce dernier, les demandes des spécialistes n'équivalent pas du tout à 33 %. La FMSQ aurait plutôt demandé des hausses de tarifs de 7 % par année, et ce, pour les trois prochaines années. «On est très loin du 30 %! Ce qu'on veut surtout, c'est du temps opératoire et un rehaussement des équipements pour accroître l'accès aux soins», dit-il.
Par ailleurs, les médecins spécialistes, qui sont en guerre avec le ministre Legault en raison des amendements à la loi que ce dernier se prépare à déposer à l'Assemblée nationale, tiendront une journée d'étude le 13 novembre pour décider de moyens d'action à adopter.
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