Le cheval et la providence
Quiconque cherche un exemple de gaspillage de fonds publics justifié par une conception dépassée du rôle de l'État-providence n'a qu'à suivre ce qui se passe dans l'industrie des courses de chevaux. Cette semaine encore, la ministre des Finances, Pauline Marois, annonçait le versement d'une aide de sept millions supplémentaires à la Société nationale du cheval de course (SONACC) pour payer les bourses dues aux propriétaires de chevaux gagnants des hippodromes du Québec.
L'an dernier, Québec a ainsi pigé dans la poche des salariés la somme de 14 millions de dollars pour la donner à la SONACC, la société parapublique qui administre les hippodromes. De plus, le même gouvernement a permis l'installation dans ces mêmes hippodromes de centaines d'appareils de loterie vidéo dont tous les profits ont été conservés par l'organisme, soit quelque 27 millions de dollars, alors que les revenus autonomes nets tirés des courses sont à peine du même montant. Curieusement, cette aide gouvernementale totale de 41 millions équivaut précisément au montant des bourses gagnées par les propriétaires des chevaux gagnants.
L'industrie des courses de chevaux est en déclin partout en Amérique du Nord. Avec le développement des casinos et des loteries vidéo, les courses attirent de moins en moins de gens. L'industrie donne de l'emploi à deux ou trois mille personnes, mais l'argument ne justifie plus aucune aide de la part de l'État. Les simples salariés y sont mal payés et les propriétaires se recrutent parmi les millionnaires qui s'amusent à investir dans le commerce des bêtes de race tout en profitant de généreux crédits d'impôt institués pour encourager l'élevage. De méchantes langues disent même que ces crédits sont plus payants que ceux qui sont prévus pour élever des enfants...
La SONACC a été créée il y a quelques années pour mettre de l'ordre dans une industrie déficitaire infiltrée par les fraudeurs et les magouilleurs. Malgré les dizaines de millions que Québec lui donne en cadeau chaque année, elle n'est jamais parvenue à rentabiliser ses activités. L'an dernier, sa direction a donc poussé l'audace jusqu'à demander rien de moins que 250 millions dans le but de transformer l'hippodrome de Montréal en une sorte de casino privé. Le gouvernement a dit non, mais il continue quand même d'injecter des millions dans l'écurie, comme si l'argent poussait dans des bottes de foin.
Québec doit cesser de subventionner cette industrie et laisser le marché décider de son sort. Si le gouvernement cherche des secteurs où investir les centaines de millions tirés de l'exploitation des appareils de loterie vidéo et de la vente des terrains de l'hippodrome de Montréal, il peut toujours consulter les patients et les professionnels du réseau de la santé: ils ont certainement de très bonnes suggestions à lui faire.
jrsansfacon@ledevoir.ca
L'an dernier, Québec a ainsi pigé dans la poche des salariés la somme de 14 millions de dollars pour la donner à la SONACC, la société parapublique qui administre les hippodromes. De plus, le même gouvernement a permis l'installation dans ces mêmes hippodromes de centaines d'appareils de loterie vidéo dont tous les profits ont été conservés par l'organisme, soit quelque 27 millions de dollars, alors que les revenus autonomes nets tirés des courses sont à peine du même montant. Curieusement, cette aide gouvernementale totale de 41 millions équivaut précisément au montant des bourses gagnées par les propriétaires des chevaux gagnants.
L'industrie des courses de chevaux est en déclin partout en Amérique du Nord. Avec le développement des casinos et des loteries vidéo, les courses attirent de moins en moins de gens. L'industrie donne de l'emploi à deux ou trois mille personnes, mais l'argument ne justifie plus aucune aide de la part de l'État. Les simples salariés y sont mal payés et les propriétaires se recrutent parmi les millionnaires qui s'amusent à investir dans le commerce des bêtes de race tout en profitant de généreux crédits d'impôt institués pour encourager l'élevage. De méchantes langues disent même que ces crédits sont plus payants que ceux qui sont prévus pour élever des enfants...
La SONACC a été créée il y a quelques années pour mettre de l'ordre dans une industrie déficitaire infiltrée par les fraudeurs et les magouilleurs. Malgré les dizaines de millions que Québec lui donne en cadeau chaque année, elle n'est jamais parvenue à rentabiliser ses activités. L'an dernier, sa direction a donc poussé l'audace jusqu'à demander rien de moins que 250 millions dans le but de transformer l'hippodrome de Montréal en une sorte de casino privé. Le gouvernement a dit non, mais il continue quand même d'injecter des millions dans l'écurie, comme si l'argent poussait dans des bottes de foin.
Québec doit cesser de subventionner cette industrie et laisser le marché décider de son sort. Si le gouvernement cherche des secteurs où investir les centaines de millions tirés de l'exploitation des appareils de loterie vidéo et de la vente des terrains de l'hippodrome de Montréal, il peut toujours consulter les patients et les professionnels du réseau de la santé: ils ont certainement de très bonnes suggestions à lui faire.
jrsansfacon@ledevoir.ca
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