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De haute lutte

22 décembre 2006 | Josée Boileau
Il est formidable qu'à quelques jours de Noël, le dossier des orphelins de Duplessis trouve enfin une conclusion. Formidable aussi que le gouvernement libéral ait accepté de revenir sur un dossier que les péquistes avaient décrété fermé pour de bon en 2001, lorsqu'une indemnité avait été versée aux orphelins faussement diagnostiqués «malades mentaux» mais pas à ceux qui n'avaient été «que» maltraités dans des orphelinats... Il faut dire que le premier ministre Bernard Landry avait néanmoins franchi un pas considérable à l'époque puisque son prédécesseur, Lucien Bouchard, n'avait consenti qu'à des excuses aux orphelins. Pas question d'argent!

Il faut dire aussi que les libéraux eux-mêmes n'ont pas fait preuve d'un grand empressement puisque l'indemnisation de 15 000 $ par personne annoncée hier se négociait depuis... deux ans et demi. Que l'affaire débloque cette semaine, en même temps que tant d'autres, témoigne surtout d'une belle harmonie préélectorale. Il faut dire enfin que ces 26 millions pour les orphelins ne sont pas un cadeau, seulement le legs d'une désespérante lutte dont l'issue n'a jamais été garantie.

Les orphelins de Duplessis auraient pu rêver de mieux, et franchement, ils auraient eu raison. L'image était particulièrement forte hier alors qu'était aussi annoncée l'indemnité de 2,3 millions que recevra Simon Marshall, ce jeune schizophrène de Québec victime d'une erreur judiciaire puis d'un véritable calvaire une fois en prison. Histoire bouleversante contre vies gâchées, le malheur n'a décidément pas le même poids.

Mais il est sans doute plus facile de créer un précédent (car l'indemnité recommandée pour le jeune Simon est une — heureuse — première) pour une erreur vécue par un individu que lorsque tout un système historique est en cause. Or c'est à un tel moulin que s'attaquaient les orphelins de Duplessis avec leurs pauvres armes et bien peu de crédibilité.

C'est donc moins à l'aune de la juste compensation que du chemin parcouru qu'il faut mesurer la victoire d'hier. Dans cette très longue bataille (dès 1988, une première demande d'enquête publique avait été rejetée par le gouvernement Bourassa), les avancées se sont faites à tout petits pas, sans qu'aucune étape soit facilitée. Un exemple oublié: en décembre 2002, alors qu'il fallait voter des crédits supplémentaires pour les orphelins, le gouvernement du PQ n'a pas envoyé assez de députés pour faire adopter sa motion, incident rarissime dans les annales parlementaires... L'histoire des orphelins, ces survivants de l'enfance, est aussi une histoire de gens que tous les pouvoirs ont meurtris.

Et quel triste paradoxe de constater, en cette veille de Noël, qu'un de ces pouvoirs, l'Église catholique elle-même, n'est toujours pas capable de présenter des excuses...

jboileau@ledevoir.ca
 
 
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