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Libre-Opinion: UQAM: pourquoi maintenant et pourquoi si vite?

Frédéric Lalande - Coordonnateur général de l'Association facultaire étudiante de science politique et de droit de l'UQAM  14 décembre 2006 
La crise traversée par l'Université du Québec à Montréal se compose de deux éléments: le premier est celui de la gouvernance de l'institution et le second est celui du financement de l'éducation universitaire.

En ce qui concerne la gouvernance, l'annonce hier par l'Université du Québec et le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport de la formation d'un énième comité d'analyse des finances de l'UQAM ne clôt certes pas le questionnement touchant la gouvernance de l'institution. Nous dénonçons d'ailleurs celle-ci depuis bientôt deux ans, notamment pour le projet du complexe immobilier de l'îlot Voyageur. Il est sûrement à propos de noter que si nous avions, en tant que communauté universitaire, respecté notre tradition démocratique en consultant de manière adéquate tous les acteurs, étudiants compris, nous n'en serions probablement pas là aujourd'hui.

Il est évident, toutefois, que les errements du passé ne se ramènent pas qu'à la personne de l'ex-recteur Roch Denis, comme le disaient les professeurs signataires de la lettre parue mardi dans Le Devoir («Le recteur Denis: un procès en l'absence de l'accusé»): «Comment est-il même possible de penser que cette responsabilité n'était pas partagée, puisque le conseil d'administration n'a cessé de lui réitérer l'expression de sa confiance, en entérinant toutes les décisions de financement, avant et pendant son mandat?» En toute logique, contrairement à ce qui a été écrit, nous prônions plutôt son maintien en poste jusqu'à ce que nous puissions prendre, collectivement, une décision éclairée.

Le conseil d'administration vient de recommander la nomination d'une nouvelle personne en tant que recteur intérimaire. Il est maintenant à sa charge de nous montrer que la volonté de clarifier les processus décisionnels de l'institution, exprimée par le conseil d'administration, est bien réelle et dépasse le bouc-émissariat.

Un lien avec le financement de l'éducation?

On dit d'un bouc émissaire qu'il sert à expier les fautes d'une communauté mais aussi à dévier le regard d'un problème réel. En ce sens, il convient de «chercher à qui le crime profite». L'empressement de la condamnation pourrait laisser croire que celle-ci était motivée par autre chose qu'un bris de confiance.

En fait, cette question nous fait dépasser le cadre de l'institution pour rejoindre le terrain de la lutte qui se joue en ce moment même autour des questions fondamentales du financement de l'éducation et de l'accessibilité. La première victime de cette lutte souterraine est peut-être l'ex-recteur Denis, dont les positions sont bien connues. Ainsi, il déclarait devant la Commission parlementaire sur la qualité, l'accessibilité et le financement des universités, tenue en 2004: «L'UQAM est un établissement public, qui considère que les universités sont un bien collectif, un service public qui oeuvre dans le domaine des droits, c'est-à-dire, en l'occurrence, du droit à l'éducation et du droit d'accès à l'université et au diplôme universitaire.»

Le choix du nouveau président de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), l'actuel recteur de l'Université Laval, Michel Pigeon, est révélateur bien que peu surprenant tant la voix de l'UQAM était minoritaire au sein de cet organisme. Cela laisse présager un inquiétant virage: rappelons les déclarations de M. Pigeon devant la Commission de l'éducation de l'Assemblée nationale, le 22 novembre dernier: «Notre point de vue est que le gel des frais de scolarité en 1994 était une erreur et que, si on voulait favoriser l'accessibilité, le gel en soi n'était pas nécessairement la meilleure façon.» D'un côté, un discours parlant de droit à l'éducation et, de l'autre, un discours comptable plaçant l'éducation universitaire en tant que service comme les autres, pour lequel il est «normal» de payer le prix.

Sous la gouverne de Roch Denis, l'UQAM a plusieurs fois réaffirmé haut et fort son engagement envers une éducation accessible et de qualité. Les étudiants seront peut-être les prochaines victimes de son déboulonnage. Nous ne laisserons pas ces pénibles événements occulter ce message essentiel et nous prendrons tous les moyens nécessaires pour que celui-ci ne soit pas négligé.
 
 
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