Les médecins spécialistes réclament 60 000$ de plus par année
Si le ministre de la Santé et des Services sociaux semble avoir réussi à ficeler un accord avec les 7500 médecins omnipraticiens, c'est l'impasse complète avec les médecins spécialistes. Le ministre François Legault a qualifié hier d'«inacceptables» et de «disproportionnées» leurs demandes salariales d'environ 500 millions.
Quelques jours avant le dépôt de son projet de loi destiné à modifier la Loi sur la santé et les services sociaux ainsi que le statut professionnel des médecins, il semble que le ministre de la Santé devra se passer de l'accord des spécialistes, à moins d'un revirement de dernière minute.
Hier à Québec, François Legault s'est montré stupéfait des demandes faites par les 7500 médecins spécialistes, qu'il a évaluées à quelque 506 millions. «On trouve que ces demandes sont disproportionnées avec la capacité de payer du gouvernement du Québec. La FMSQ savait très bien qu'il ne s'agissait pas d'une négociation pour revoir l'ensemble de la rémunération des médecins. Une augmentation de 33 %, de 500 millions, ce n'est pas raisonnable», a martelé le ministre, qui estime à 60 000 $ l'augmentation réclamée pour chaque spécialiste.
Les discussions avaient été amorcées avec les deux fédérations médicales au mois d'août, après que le ministre Legault eut indiqué son intention de changer le statut des médecins, notamment pour assurer la continuité et l'accessibilité des services partout au Québec. En plus de discuter de son projet de loi, le ministère menait aussi de front des discussions pour le renouvellement des ententes collectives des médecins.
Plus tôt en après-midi, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a elle aussi jugé que les pourparlers étaient dans une impasse totale. Les spécialistes non seulement jugent obscure la nature des amendements législatifs envisagés par le ministre, ils déplorent aussi l'absence de toute proposition par Québec pour combler le fossé salarial qui sépare les spécialistes québécois de ceux du reste du Canada.
«La négociation a évolué en dents de scie depuis le début parce que les négociateurs n'ont pas de mandat autre que celui de négocier leurs propres propositions», a déploré hier le Dr Dugré, toujours inquiet des «contraintes» professionnelles envisagées par le ministre Legault.
Quant aux demandes salariales de sa fédération, le Dr Dugré a soutenu que Québec devait absolument se préoccuper de cette question pour arrêter l'exode des ressources. «On demande seulement qu'on s'occupe de la rémunération des médecins spécialistes. On ne peut pas refouler indéfiniment ce problème sous le tapis», a insisté le président de la FMSQ. Il a cependant refusé de chiffrer précisément ces demandes et de confirmer le chiffre de 500 millions.
À défaut de s'entendre avec les spécialistes, le ministre Legault pourrait toutefois conclure bientôt une entente de principe avec les 7500 médecins généralistes. «Au cours des prochaines heures, le Dr Dutil rencontrera ses membres. Pour notre part, nous leur présenterons ce soir les dispositifs pour les mesures nécessitant une modification législative, tel qu'ils nous l'ont demandé dans leur communiqué de presse. Nous sommes confiants d'assurer l'ouverture des urgences et d'assurer l'accès à des médecins de famille pour les clientèles vulnérables», a indiqué le ministre Legault.
L'entente négociée entre la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et le ministère aurait pour effet d'augmenter de 2 % l'enveloppe salariale des généralistes, en sus de 1 % pour les coûts de système. Un montant additionnel de 23 millions alloué aux urgences permettra quant à lui d'accroître de 17 % la rémunération des omnipraticiens qui travaillent dans les urgences.
En contrepartie, la FMOQ consent à étendre à tous les médecins du Québec l'obligation de participer aux activités médicales prioritaires (AMP), qui n'est aujourd'hui imposée qu'aux médecins comptant moins de dix ans de pratique. «On trouvait normal de bonifier la rémunération dans les urgences. On est dans un système de marché, où on doit tenir compte de l'offre et de la demande. Mais en échange, les médecins ont accepté que tous fassent des AMP. Dans les régions, on va pouvoir demander d'aller faire des heures dans les urgences», s'est-il réjoui.
Un mécanisme de jumelage, notamment entre l'urgence de l'hôpital Pierre-Boucher et celle de l'hôpital de Shawinigan, résoudrait les problèmes d'effectifs vécus dans cette dernière urgence, qui ont été à l'origine de la crise qui a mené à l'adoption de la loi 114.
Plus encore, le ministre de la Santé se rendrait aux demandes des jeunes médecins, qui exigeaient la levée du décret punitif de 30 % imposé à ceux qui travaillent en zone urbaine.
Par le biais de toutes ces mesures, François Legault et la FMOQ croient pouvoir assurer des services prioritaires en médecine générale en tout temps à la population du Québec, tant dans les urgences que dans les hôpitaux. Le suivi des clientèles vulnérables par les médecins de cabinet ferait aussi partie de ces activités prioritaires.
De l'aveu même du ministre Legault, le fait que les négociations achoppent avec les spécialistes aura pour l'instant moins d'impacts sur les services d'urgence, principalement dispensés par des omnipraticiens.
À son avis, les propositions faites aux spécialistes étaient justifiées. Le ministère exige entre autres une présence accrue dans les hôpitaux des quelque 300 médecins spécialistes qui concentrent leur pratique en cabinet. «Il y avait offre de jumelage entre régions mieux pourvues et celles où il en manque», a indiqué le ministre.
À défaut de s'entendre avec la FMSQ d'ici le dépôt de son projet de loi, le ministre a indiqué qu'il disposait déjà de tous les leviers juridiques pour mieux répartir les médecins spécialistes sur le territoire québécois. «Et je peux vous assurer que j'utiliserai ce moyen», a-t-il mis en garde.
Mais les médecins spécialistes, eux, estiment que ces moyens de répartition des effectifs sont assimilables à la conscription imposée par la loi 114 sur les urgences. «[Ils sont] revenus par la porte d'en arrière avec une notion d'assignation», a indiqué hier le Dr Yves Dugré, qui rejette ce type d'accroc à l'autonomie professionnelle des spécialistes.
La proposition de prolonger l'entente collective d'un an, combinée à une augmentation de 2 %, plus
1 %, est aussi rejetée d'emblée par la FMSQ, qui cherche à conclure une entente d'au moins trois ans, qui relèverait les salaires des médecins de façon substantielle. Selon le Dr Dugré, il est urgent de s'attaquer aux salaires des spécialistes puisque 500 d'entre eux ont quitté le Québec depuis cinq ans.
«On veut rester au Québec. Or les médecins ne peuvent plus travailler comme ils le veulent, ils n'ont plus accès aux plateaux techniques, aux salles d'opération. On ne croit pas que c'est par la loi qu'on donnera l'accessibilité des soins aux patients», a fait valoir le Dr Francine Mathieu-Millaire, vice-présidente de la FMSQ.
La FMSQ a d'ores et déjà un mandat pour intensifier ses «moyens d'action», et la tenue d'une journée d'étude sera bientôt annoncée. Une vaste campagne médiatique, déjà amorcée dans les journaux et à la radio, se poursuivra la semaine prochaine à la télévision.
«Nous avons obtenu un mandat unanime pour intensifier les moyens de pression, qui seront à la hauteur des sentiments de colère et de frustration des médecins», a dit le Dr Dugré.
Quelques jours avant le dépôt de son projet de loi destiné à modifier la Loi sur la santé et les services sociaux ainsi que le statut professionnel des médecins, il semble que le ministre de la Santé devra se passer de l'accord des spécialistes, à moins d'un revirement de dernière minute.
Hier à Québec, François Legault s'est montré stupéfait des demandes faites par les 7500 médecins spécialistes, qu'il a évaluées à quelque 506 millions. «On trouve que ces demandes sont disproportionnées avec la capacité de payer du gouvernement du Québec. La FMSQ savait très bien qu'il ne s'agissait pas d'une négociation pour revoir l'ensemble de la rémunération des médecins. Une augmentation de 33 %, de 500 millions, ce n'est pas raisonnable», a martelé le ministre, qui estime à 60 000 $ l'augmentation réclamée pour chaque spécialiste.
Les discussions avaient été amorcées avec les deux fédérations médicales au mois d'août, après que le ministre Legault eut indiqué son intention de changer le statut des médecins, notamment pour assurer la continuité et l'accessibilité des services partout au Québec. En plus de discuter de son projet de loi, le ministère menait aussi de front des discussions pour le renouvellement des ententes collectives des médecins.
Plus tôt en après-midi, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a elle aussi jugé que les pourparlers étaient dans une impasse totale. Les spécialistes non seulement jugent obscure la nature des amendements législatifs envisagés par le ministre, ils déplorent aussi l'absence de toute proposition par Québec pour combler le fossé salarial qui sépare les spécialistes québécois de ceux du reste du Canada.
«La négociation a évolué en dents de scie depuis le début parce que les négociateurs n'ont pas de mandat autre que celui de négocier leurs propres propositions», a déploré hier le Dr Dugré, toujours inquiet des «contraintes» professionnelles envisagées par le ministre Legault.
Quant aux demandes salariales de sa fédération, le Dr Dugré a soutenu que Québec devait absolument se préoccuper de cette question pour arrêter l'exode des ressources. «On demande seulement qu'on s'occupe de la rémunération des médecins spécialistes. On ne peut pas refouler indéfiniment ce problème sous le tapis», a insisté le président de la FMSQ. Il a cependant refusé de chiffrer précisément ces demandes et de confirmer le chiffre de 500 millions.
À défaut de s'entendre avec les spécialistes, le ministre Legault pourrait toutefois conclure bientôt une entente de principe avec les 7500 médecins généralistes. «Au cours des prochaines heures, le Dr Dutil rencontrera ses membres. Pour notre part, nous leur présenterons ce soir les dispositifs pour les mesures nécessitant une modification législative, tel qu'ils nous l'ont demandé dans leur communiqué de presse. Nous sommes confiants d'assurer l'ouverture des urgences et d'assurer l'accès à des médecins de famille pour les clientèles vulnérables», a indiqué le ministre Legault.
L'entente négociée entre la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et le ministère aurait pour effet d'augmenter de 2 % l'enveloppe salariale des généralistes, en sus de 1 % pour les coûts de système. Un montant additionnel de 23 millions alloué aux urgences permettra quant à lui d'accroître de 17 % la rémunération des omnipraticiens qui travaillent dans les urgences.
En contrepartie, la FMOQ consent à étendre à tous les médecins du Québec l'obligation de participer aux activités médicales prioritaires (AMP), qui n'est aujourd'hui imposée qu'aux médecins comptant moins de dix ans de pratique. «On trouvait normal de bonifier la rémunération dans les urgences. On est dans un système de marché, où on doit tenir compte de l'offre et de la demande. Mais en échange, les médecins ont accepté que tous fassent des AMP. Dans les régions, on va pouvoir demander d'aller faire des heures dans les urgences», s'est-il réjoui.
Un mécanisme de jumelage, notamment entre l'urgence de l'hôpital Pierre-Boucher et celle de l'hôpital de Shawinigan, résoudrait les problèmes d'effectifs vécus dans cette dernière urgence, qui ont été à l'origine de la crise qui a mené à l'adoption de la loi 114.
Plus encore, le ministre de la Santé se rendrait aux demandes des jeunes médecins, qui exigeaient la levée du décret punitif de 30 % imposé à ceux qui travaillent en zone urbaine.
Par le biais de toutes ces mesures, François Legault et la FMOQ croient pouvoir assurer des services prioritaires en médecine générale en tout temps à la population du Québec, tant dans les urgences que dans les hôpitaux. Le suivi des clientèles vulnérables par les médecins de cabinet ferait aussi partie de ces activités prioritaires.
De l'aveu même du ministre Legault, le fait que les négociations achoppent avec les spécialistes aura pour l'instant moins d'impacts sur les services d'urgence, principalement dispensés par des omnipraticiens.
À son avis, les propositions faites aux spécialistes étaient justifiées. Le ministère exige entre autres une présence accrue dans les hôpitaux des quelque 300 médecins spécialistes qui concentrent leur pratique en cabinet. «Il y avait offre de jumelage entre régions mieux pourvues et celles où il en manque», a indiqué le ministre.
À défaut de s'entendre avec la FMSQ d'ici le dépôt de son projet de loi, le ministre a indiqué qu'il disposait déjà de tous les leviers juridiques pour mieux répartir les médecins spécialistes sur le territoire québécois. «Et je peux vous assurer que j'utiliserai ce moyen», a-t-il mis en garde.
Mais les médecins spécialistes, eux, estiment que ces moyens de répartition des effectifs sont assimilables à la conscription imposée par la loi 114 sur les urgences. «[Ils sont] revenus par la porte d'en arrière avec une notion d'assignation», a indiqué hier le Dr Yves Dugré, qui rejette ce type d'accroc à l'autonomie professionnelle des spécialistes.
La proposition de prolonger l'entente collective d'un an, combinée à une augmentation de 2 %, plus
1 %, est aussi rejetée d'emblée par la FMSQ, qui cherche à conclure une entente d'au moins trois ans, qui relèverait les salaires des médecins de façon substantielle. Selon le Dr Dugré, il est urgent de s'attaquer aux salaires des spécialistes puisque 500 d'entre eux ont quitté le Québec depuis cinq ans.
«On veut rester au Québec. Or les médecins ne peuvent plus travailler comme ils le veulent, ils n'ont plus accès aux plateaux techniques, aux salles d'opération. On ne croit pas que c'est par la loi qu'on donnera l'accessibilité des soins aux patients», a fait valoir le Dr Francine Mathieu-Millaire, vice-présidente de la FMSQ.
La FMSQ a d'ores et déjà un mandat pour intensifier ses «moyens d'action», et la tenue d'une journée d'étude sera bientôt annoncée. Une vaste campagne médiatique, déjà amorcée dans les journaux et à la radio, se poursuivra la semaine prochaine à la télévision.
«Nous avons obtenu un mandat unanime pour intensifier les moyens de pression, qui seront à la hauteur des sentiments de colère et de frustration des médecins», a dit le Dr Dugré.
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