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Le Bloc appuiera la motion Harper sur la nation

Gilles Duceppe - Chef du Bloc québécois  25 novembre 2006 
Quand j'ai décidé de déposer une motion sur la reconnaissance de la nation québécoise, j'avais le choix. Je pouvais très bien décider de formuler cette motion de façon à m'assurer que les autres partis dans cette Chambre soient obligés de voter contre. Ce n'est pas ce que j'ai choisi de faire. J'ai plutôt choisi de formuler une motion neutre, qui laissait la possibilité à tous de voter en faveur de cette reconnaissance.

Nous avons essayé à plusieurs reprises de faire reconnaître la nation québécoise par la Chambre des communes et, chaque fois, les autres partis ont prétexté un mot ou l'autre des motions pour se défiler et voter contre. J'ai donc proposé une motion sans artifice, sans arrière-pensée et, surtout, sans partisanerie mesquine. Je voulais et je veux toujours que la Chambre des communes reconnaisse enfin les Québécois pour ce qu'ils sont à l'évidence même, soit une nation.

Une nation qui n'est ni meilleure ni pire que les autres. Une nation différente, tout simplement. J'ai été de bonne foi depuis le début. J'ai même été jusqu'à amender la motion du Bloc québécois pour y inclure les mots «actuellement au sein du Canada».

Le premier ministre, qui est un homme intelligent, a vu que son parti allait être divisé sur la motion présentée par le Bloc. Il a vu que les députés fédéralistes allaient être divisés. Il a vu que c'était le désastre pour les fédéralistes au Québec s'ils persistaient à ne pas reconnaître l'évidence. Il n'a eu d'autre choix que de prendre les devants et de déposer lui-même une motion en ajoutant l'appendice suivant: «au sein d'un Canada uni». Toutefois, le premier ministre a bel et bien reconnu formellement l'existence de la nation québécoise.

C'est un grand progrès pour le Québec. C'est une grande fierté pour le Bloc québécois d'avoir provoqué cette reconnaissance unanime de la nation québécoise par tous les partis de cette Chambre. En effet, quand on analyse attentivement les faits, il y a un point de convergence entre tous les partis de cette Chambre. Tous reconnaissent maintenant l'existence de la nation québécoise.

Je comprends que ce doit être difficile d'expliquer aux Canadiens que soudainement, après des décennies de déni, la Chambre des communes et le premier ministre du Canada reconnaissent que les Québécois forment une nation. C'est difficile politiquement, et des voix s'élèvent déjà au Canada pour dénoncer cette décision. Je vous demande de tenir bon et d'expliquer à vos concitoyens qu'il fallait en arriver là, que le Bloc québécois allait de toute façon forcer le jeu. Pour ma part, je suis très heureux qu'après tant d'années, le Bloc québécois ait réussi à faire reconnaître la nation québécoise.

Objectivement, il faut bien admettre que le Québec fait encore partie du Canada. La preuve, c'est que je suis ici, dans cette Chambre.

Sur la question de savoir si le Canada est uni, c'est plus difficile. Car, comme le disait justement André Boisclair hier, peut-on prétendre, politiquement, que le Canada est uni alors que la nation québécoise n'a pas signé la Constitution du Canada? Politiquement, c'est clair que non.

Par ailleurs, le premier ministre indique par cet appendice qu'il ne reconnaît la nation québécoise qu'à partir du moment où elle fait partie du Canada. La reconnaissance de la nation québécoise est cependant une question fondamentale.

Je constate aujourd'hui que pour la première fois, l'Assemblée nationale est unanime et que les partis de la Chambre des communes sont unanimes à reconnaître le fait que les Québécois forment une nation. Ils forment une nation, et ce fait est maintenant reconnu aussi bien à Québec qu'à Ottawa.

Pour régler cette question définitivement, le Bloc québécois sera à la hauteur de ses responsabilités. Pour les intérêts supérieurs du Québec, j'annonce que le Bloc québécois va voter en faveur de la motion du premier ministre.

Maintenant que la question du statut du Québec est symboliquement réglée par la reconnaissance unanime des partis de cette Chambre, nous pourrons passer à l'étape suivante.

En effet, les nations ont des droits. La résolution 2625, adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies en 1970, est celle qui le décrit le mieux: «Tous les peuples ont le droit de déterminer leur statut politique, en toute liberté et sans ingérence extérieure.»

«[Tous les peuples ont le droit] de poursuivre leur développement économique, social et culturel.»

Les nations ont le droit d'orienter elles-mêmes leur développement.

Mercredi, un allié du premier ministre, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, a dit que la décision du premier ministre de reconnaître la nation québécoise ouvrait la voie à des discussions qui permettraient de revoir le cadre fédéral à la satisfaction du Québec.

Le premier ministre du Québec a dit, pour sa part, que cette reconnaissance pourrait avoir des conséquences juridiques. Il ajoute, et je le cite: «Cela fait avancer de façon très significative la place du Québec à l'intérieur du Canada.»

Nous savons que la semaine dernière, à Nairobi, le gouvernement du Canada a décidé de bâillonner le Québec sur la scène internationale.

Est-ce que, maintenant que le gouvernement reconnaît la nation québécoise, le Québec pourra s'exprimer de sa propre voix dans les forums internationaux?

Est-ce que, comme le demandait hier M. Boisclair, le gouvernement va offrir au Québec la possibilité d'avoir sa propre loi sur les jeunes contrevenants?

Dorénavant, est-ce que le gouvernement fédéral va acquiescer aux nombreuses demandes unanimes de l'Assemblée nationale du Québec?

Quelle est la prochaine étape? Les Québécois sont sans doute ravis d'être enfin reconnus pour ce qu'ils sont. Mais ils attendent maintenant de voir quelle sera la suite. Pour le moment, les fédéralistes ne proposent strictement rien à la nation québécoise. Il ne pourra plus en être ainsi, et le Bloc québécois va s'assurer qu'il y ait des suites à cette reconnaissance.

Nous devons nous réjouir du fait que cette semaine, le Canada est devenu le premier pays à reconnaître officiellement la nation québécoise. Et un jour, il y en aura d'autres, beaucoup d'autres.

***

Gilles Duceppe

Chef du Bloc québécois

Allocution prononcée hier matin à la Chambre des communes
 
 
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