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Libre opinion: La grande déchirure

Jean-François Bertrand - Député et ministre du Parti québécois entre 1976 et 1985  31 octobre 2002 
Au Parti québécois, la grande différence entre les «modérés» et les «purzédurs», c'est que les premiers sont des souverainistes qui veulent que ça se fasse alors que les seconds n'y tiennent pas plus que ça... Les premiers travaillent pour une victoire, les seconds, pour une défaite. Je caricature à peine.

Les «purzédurs» se sont opposés, en 1974, à l'idée d'un référendum pour réaliser la souveraineté. Ils auraient nettement préféré une élection référendaire qui leur aurait permis de «faire le pays», mais avec une minorité d'appuis: belle démocratie!

Les «purzédurs» n'ont jamais aimé l'idée de salir la pureté de l'«Option» en la colorant du concept d'association ou de partenariat. Ce «lévesquisme» ou ce «bouchardisme» les ont toujours horripilés; d'ailleurs, ils ont toujours considéré ces deux hommes comme «suspects».

Les «purzédurs» voudraient qu'on tienne le référendum «au plus sacrant», permettant ainsi à l'«Option» de passer du 49 % de 1995 au 40 % de 1980... Méchant cadeau! Après cela, il ne restera plus qu'à organiser le prochain congrès national du PQ dans la chambre 203 du motel Idéal...

Les «purzédurs» voudraient que le parti se débarrasse des «Legault, Boisclair et Facal» alors que ces derniers représentent pourtant l'espoir de l'«Option». Ils préfèrent les «Parizeau, Bégin et président de Montréal-Centre», qui minent les efforts des premiers, en adoptant un discours réducteur et sectaire.

Les «purzédurs» veulent qu'on parle de souveraineté tout le temps, même si c'est à contretemps. Ils croient que si les gens ne veulent pas en entendre parler, c'est parce qu'on n'en parle pas, et que si on en parlait davantage, les gens les écouteraient, les comprendraient et les appuieraient... Youppi!

Aux yeux des «purzédurs», les modérés sont des traîtres, des lâches ou des peureux. Leur ADN et celui de la souveraineté ne concordent pas. Il faut donc se méfier de ces «impurs» et de leurs stratégies «diaboliques». Pour la secte dogmatique des «purzédurs», les «autres» sont ou des incroyants, ou des hérétiques.

Les «purzédurs» aimeraient faire l'Indépendance durant la nuit, à 3h du matin, pendant que tout le monde dort. L'opinion publique, quel mot affreux, leur donne de l'urticaire. De quel droit faudrait-il en tenir compte dans la réalisation d'un projet aussi grand et aussi noble? C'est dans Mercier, sur l'avenue du Mont-Royal, chez Porté Disparu et dans la grosse boucane que ça va se régler!

Vaut mieux en pleurer

J'aborde volontairement la question des «sempiternelles querelles internes» du PQ sur un ton ironique et sarcastique, en sachant toutefois qu'il faut davantage en pleurer qu'en rire. Car les conséquences de ces déchirements sont prévisibles: l'effondrement du parti aux prochaines élections et l'affaiblissement du projet souverainiste.

En ce moment, on retrouve environ 800 000 ex-péquistes souverainistes à l'ADQ. Consultez les derniers sondages, faites les calculs, et vous arriverez au même constat. C'est le tiers des appuis additionnels dont le Parti québécois aurait besoin pour demeurer au pouvoir. Et il en manque encore quelques centaines de milliers pour faire la souveraineté! Mais, voyez-vous, les «purzédurs» n'aiment pas la «dictature» des chiffres.

Si cette confrontation se poursuit, on va se retrouver avec le contraire de ce qu'on recherche. L'ADQ s'en va peut-être au pouvoir grâce, en partie, aux deux solitudes péquistes. Si ça persiste, ne nous surprenons pas de retrouver le PQ avec, tout au plus, cinq, six ou sept sièges. Comme en 1970 et en 1973.

Et là, nous assisterons au duel final. Il sera spectaculaire. Au micro de gauche, le «pape», pontifiant, avec, en main, l'Encyclique de l'Indépendance. Au micro de droite, un quelconque «pissou» qui se laissera aller à des considérations aussi vulgaires que la réalité, le peuple et la démocratie.

Devinez qui va gagner...
 
 
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