Entre Oscar et intimité
Photo : Pascal Ratthé
Fille d’un sculpteur et d’une mère qui enseignait le français, comédienne et peintre par vocation, Juliette Binoche.
Son beau visage capteur de lumière est le plus célèbre du cinéma français sur l'arène du monde. Elle m'assure pourtant que la lumière n'est pas en elle mais reflète le regard des autres sur sa vie intérieure. Cette porteuse de flamme dégage une vraie chaleur, rit beaucoup, enfile les entrevues avec une générosité sans faille, dit qu'elle habite la banlieue de Paris, mais aussi ses valises et bien des avions. «Je ne choisis ni le pays, ni la langue de tournage, mais un scénario et un metteur en scène», assure la grande actrice, qui carbure à la passion.
L'oscarisée du Patient anglais («Un Oscar, ça change surtout le regard des gens», assure la dame), qui saute si bien d'une langue à l'autre, en est à sa première visite à Montréal et assure n'avoir jamais été invitée chez nous auparavant. Binoche vient de traverser la ville à la fine épouvante, parle de pays sauvage, du froid qui transperce, aligne quelques clichés. Faudrait jamais demander leurs impressions aux visiteurs qui font trois petits tours et puis s'en vont. En entrevue privée, elle précise qu'elle aimerait mieux connaître cette société à cheval sur les cultures.
Mais tout le monde se l'arrache un peu partout. Reviendra-t-elle? Qui sait?
Son passage créait hier une petite commotion médiatique à l'hôtel Sofitel. La voici dans nos parages à l'invitation du festival de films Cinemania, où elle tient la vedette du film d'ouverture, Quelques jours en septembre, de Santiago Amigorena, lancé hier soir. Le cinéaste, devenu son compagnon de vie, l'accompagne. Cinemania orchestre aussi une rétrospective des films français du Polonais Krzysztof Kieslowski. Or elle tenait la vedette dans Bleu, un des volets de Trois couleurs. Doublement présente au rendez-vous de films, Binoche.
Confondant les sceptiques, Maidy Teitelbaum, la directrice de Cinemania, assure n'avoir pas donné de cachet à la vedette pour l'attirer ici, mais plutôt multiplié les fax, les courriels, les coups de téléphone, jusqu'à ce qu'aucun non ne soit audible à l'autre extrémité. De fait, Binoche s'est pointée.
Elle joue ces jours-ci à Newport, Rhode Island, pour Disney, dans la comédie Dan in Real Life, de Peter Hedge, aux côtés de Steve Carell. D'où ce saut facile d'une demi-journée chez nous. Disney, c'est gros et lourd. «Pour la première fois, j'ai l'impression là-bas de travailler pour une machine, confesse-t-elle. Je ne reconnais pas les visages. Ils sont plus de 200 sur le plateau. Tout est à l'opposé du tournage dont je sors: Le Ballon rouge, premier film européen du Taïwanais Hou Hsiao Hsien. Une équipe de 25 personnes, beaucoup d'improvisation et un cinéaste d'une rare exigence qui travaille avec son coeur et sa simplicité. Ensuite Disney. Moi qui aime sauter d'une expérience à l'autre, me voici servie! Quand même, les petits films demeurent les meilleurs rendez-vous artistiques, mais c'est un défi aussi de donner le meilleur de soi-même dans une mégaproduction... »
Juliette Binoche précise s'investir corps et âme et jusqu'à la pointe de l'orteil dans ses rôles, au point d'y laisser son moral parfois. En janvier dernier, durant les Rendez-vous d'Unifrance à Paris, elle avait révélé à notre petit parterre de journalistes être en panne de désir face au cinéma et ne plus vouloir jouer. «Même pendant le tournage de Caché de Michael Haneke, où j'incarnais une femme dure dans un couple sans amour, j'éprouvais cette panne de désir-là, qui a duré un an, commentait-elle hier. Puis l'envie est revenue. «Les moments de vide aident à se recentrer. On a besoin d'eux. Il faut les respecter.»
Elle, la Parisienne, fille d'un sculpteur et d'une mère qui enseignait le français, comédienne et peintre par vocation, vit entre une caméra, ses pinceaux, ses passions, sa progéniture et des avions qui l'entraînent aux quatre coins du monde. L'histoire d'amour entre Binoche et le public dure depuis vingt ans des deux côtés de l'Atlantique.
Celle qui fut longtemps la muse de Leos Carax, à travers Mauvais sang et Les Amants du pont neuf, avait connu des débuts sous la houlette de Godard dans Je vous salue Marie en 1984. Elle fut révélée vraiment l'année suivante par Téchiné dans Rendez-vous, mais propulsée sur la scène internationale en 1988 grâce à son incandescente prestation dans L'Insoutenable Légèreté de l'être, de Philip Kaufman, d'après Kundera. Un mythe était né. Celui de la Binoche, comme ils disent.
La femme fatale de Damage de Louis Malle, la confiseuse de Chocolat de Lasse Hallstrom, l'infirmière dévouée du Patient anglais d'Anthony Minghella, qui lui valut l'Oscar; à tant d'autres femmes, elle a prêté également son talent et son âme. «C'est parce qu'il m'avait vue dans L'Insoutenable Légèreté de l'être que Minghella a pensé à moi pour Le Patient anglais. Tout s'est enchaîné.»
Dans le film présenté hier soir à Cinemania, Quelques jours en septembre, l'ombre des tours jumelles en flammes se profile en aval. La comédienne n'est jamais apparue aussi sophistiquée qu'à travers ce polar stylisé aux côtés de John Turturro, Sarah Forestier, Nick Nolte, avec tueurs, espions et voyages en fond de scène. Santiago Amigorena, un Français d'origine argentine, au départ scénariste, dit avoir voulu formuler des questions sans réponses dans ce film. «Le cinéma est un art politique, mais la politique ne peut plus être simplement militante, comme au cours des années 70. Tout s'est complexifié.» Il prévoit tourner en Argentine un autre film avec Binoche, l'histoire d'une vengeance inutile.
L'actrice française a du pain sur la planche et n'a pas fini de prendre l'avion. Elle s'apprête aussi à jouer sous la direction de Cédric Klapisch dans Paris, ode à la Ville lumière, et avec l'Israélien Amos Gitaï en Cisjordanie, dans La Maison, premier volet d'un triptyque hautement politique sur le drame juif et palestinien, où elle sera à demi juive. «N'étais-je pas une Canadienne dans Le Patient anglais, et avec un mauvais accent en plus?»
L'oscarisée du Patient anglais («Un Oscar, ça change surtout le regard des gens», assure la dame), qui saute si bien d'une langue à l'autre, en est à sa première visite à Montréal et assure n'avoir jamais été invitée chez nous auparavant. Binoche vient de traverser la ville à la fine épouvante, parle de pays sauvage, du froid qui transperce, aligne quelques clichés. Faudrait jamais demander leurs impressions aux visiteurs qui font trois petits tours et puis s'en vont. En entrevue privée, elle précise qu'elle aimerait mieux connaître cette société à cheval sur les cultures.
Mais tout le monde se l'arrache un peu partout. Reviendra-t-elle? Qui sait?
Son passage créait hier une petite commotion médiatique à l'hôtel Sofitel. La voici dans nos parages à l'invitation du festival de films Cinemania, où elle tient la vedette du film d'ouverture, Quelques jours en septembre, de Santiago Amigorena, lancé hier soir. Le cinéaste, devenu son compagnon de vie, l'accompagne. Cinemania orchestre aussi une rétrospective des films français du Polonais Krzysztof Kieslowski. Or elle tenait la vedette dans Bleu, un des volets de Trois couleurs. Doublement présente au rendez-vous de films, Binoche.
Confondant les sceptiques, Maidy Teitelbaum, la directrice de Cinemania, assure n'avoir pas donné de cachet à la vedette pour l'attirer ici, mais plutôt multiplié les fax, les courriels, les coups de téléphone, jusqu'à ce qu'aucun non ne soit audible à l'autre extrémité. De fait, Binoche s'est pointée.
Elle joue ces jours-ci à Newport, Rhode Island, pour Disney, dans la comédie Dan in Real Life, de Peter Hedge, aux côtés de Steve Carell. D'où ce saut facile d'une demi-journée chez nous. Disney, c'est gros et lourd. «Pour la première fois, j'ai l'impression là-bas de travailler pour une machine, confesse-t-elle. Je ne reconnais pas les visages. Ils sont plus de 200 sur le plateau. Tout est à l'opposé du tournage dont je sors: Le Ballon rouge, premier film européen du Taïwanais Hou Hsiao Hsien. Une équipe de 25 personnes, beaucoup d'improvisation et un cinéaste d'une rare exigence qui travaille avec son coeur et sa simplicité. Ensuite Disney. Moi qui aime sauter d'une expérience à l'autre, me voici servie! Quand même, les petits films demeurent les meilleurs rendez-vous artistiques, mais c'est un défi aussi de donner le meilleur de soi-même dans une mégaproduction... »
Juliette Binoche précise s'investir corps et âme et jusqu'à la pointe de l'orteil dans ses rôles, au point d'y laisser son moral parfois. En janvier dernier, durant les Rendez-vous d'Unifrance à Paris, elle avait révélé à notre petit parterre de journalistes être en panne de désir face au cinéma et ne plus vouloir jouer. «Même pendant le tournage de Caché de Michael Haneke, où j'incarnais une femme dure dans un couple sans amour, j'éprouvais cette panne de désir-là, qui a duré un an, commentait-elle hier. Puis l'envie est revenue. «Les moments de vide aident à se recentrer. On a besoin d'eux. Il faut les respecter.»
Elle, la Parisienne, fille d'un sculpteur et d'une mère qui enseignait le français, comédienne et peintre par vocation, vit entre une caméra, ses pinceaux, ses passions, sa progéniture et des avions qui l'entraînent aux quatre coins du monde. L'histoire d'amour entre Binoche et le public dure depuis vingt ans des deux côtés de l'Atlantique.
Celle qui fut longtemps la muse de Leos Carax, à travers Mauvais sang et Les Amants du pont neuf, avait connu des débuts sous la houlette de Godard dans Je vous salue Marie en 1984. Elle fut révélée vraiment l'année suivante par Téchiné dans Rendez-vous, mais propulsée sur la scène internationale en 1988 grâce à son incandescente prestation dans L'Insoutenable Légèreté de l'être, de Philip Kaufman, d'après Kundera. Un mythe était né. Celui de la Binoche, comme ils disent.
La femme fatale de Damage de Louis Malle, la confiseuse de Chocolat de Lasse Hallstrom, l'infirmière dévouée du Patient anglais d'Anthony Minghella, qui lui valut l'Oscar; à tant d'autres femmes, elle a prêté également son talent et son âme. «C'est parce qu'il m'avait vue dans L'Insoutenable Légèreté de l'être que Minghella a pensé à moi pour Le Patient anglais. Tout s'est enchaîné.»
Dans le film présenté hier soir à Cinemania, Quelques jours en septembre, l'ombre des tours jumelles en flammes se profile en aval. La comédienne n'est jamais apparue aussi sophistiquée qu'à travers ce polar stylisé aux côtés de John Turturro, Sarah Forestier, Nick Nolte, avec tueurs, espions et voyages en fond de scène. Santiago Amigorena, un Français d'origine argentine, au départ scénariste, dit avoir voulu formuler des questions sans réponses dans ce film. «Le cinéma est un art politique, mais la politique ne peut plus être simplement militante, comme au cours des années 70. Tout s'est complexifié.» Il prévoit tourner en Argentine un autre film avec Binoche, l'histoire d'une vengeance inutile.
L'actrice française a du pain sur la planche et n'a pas fini de prendre l'avion. Elle s'apprête aussi à jouer sous la direction de Cédric Klapisch dans Paris, ode à la Ville lumière, et avec l'Israélien Amos Gitaï en Cisjordanie, dans La Maison, premier volet d'un triptyque hautement politique sur le drame juif et palestinien, où elle sera à demi juive. «N'étais-je pas une Canadienne dans Le Patient anglais, et avec un mauvais accent en plus?»
- » oscar
Haut de la page

