Montréal relance l'idée du péage
L'idée d'introduire des péages pour financer les transports en commun, avancée par la Ville de Montréal dans le cadre des travaux de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), suscite des réactions partagées de la part des banlieues. Longueuil crie à «l'injustice» tandis que Laval est ouverte à un tel scénario dans la mesure où il servirait à financer à la fois les infrastructures routières et celles des transports en commun.
Le maire de Longueuil, Claude Gladu, s'oppose catégoriquement à un retour des péages sur les ponts menant à Montréal. «Ce serait une injustice pour les gens de la Rive-Sud; pourquoi seraient-ils obligés de payer pour traverser les ponts et aller à Montréal? Les ponts seraient deux fois plus congestionnés, cela ralentirait le trafic», lance M. Gladu en entrevue au Devoir.
Son homologue de Laval, Gilles Vaillancourt, est beaucoup plus ouvert à un scénario de péage, à condition que les fonds recueillis servent à la fois pour les routes et pour les transports en commun. Il suggère d'ailleurs la mise sur pied d'un groupe de travail par le gouvernement du Québec pour étudier la façon dont les automobilistes pourraient contribuer à l'entretien des infrastructures de transport. «Est-ce que cela peut être des péages [aux ponts], est-ce que cela peut être des droits d'utilisation des autoroutes? On est rendu à l'étape où, si on ne paie pas de notre poche, on va continuer à payer de notre vie», fait valoir le maire de la Ville de Laval, durement éprouvée récemment par l'effondrement du viaduc.
Au cours des dernières semaines, la Ville de Montréal a relancé l'idée d'introduire un péage sur les voies d'entrée à Montréal, dans le cadre des travaux du Comité aviseur sur le financement du transport en commun de la CMM, qui réunit plusieurs représentants des municipalités de banlieue. Cette idée avait déjà été envisagée à plusieurs reprises au cours des dernières décennies, notamment sous l'administration de Pierre Bourque en 1995.
Un péage pourrait prendre différentes formes, de l'établissement d'un périmètre tarifé au centre-ville à un droit de passage sur les ponts ou à une tarification de l'utilisation du réseau autoroutier métropolitain.
Un des scénarios évoqués par Montréal consiste en un péage de 1 $ à l'entrée de la ville, ce qui rapporterait environ 250 millions par année, selon les informations recueillies par Le Devoir. Aucun document écrit n'a cependant été déposé aux élus de la CMM.
L'administration municipale refuse d'élaborer sur les modalités pour l'instant, précisant que le dossier est toujours à l'étape de la réflexion. «Une chose est claire, aujourd'hui en 2006, il y a des moyens ultra-modernes pour gérer des péages. On parle de revenus potentiels de plusieurs centaines de millions de dollars; là il y a plusieurs scénarios possibles», affirme toutefois le responsable des Transports collectifs au comité exécutif, André Lavallée.
Pas un combat entre Montréal et la banlieue
M. Lavallée refuse par ailleurs de poser le débat comme une lutte entre Montréal et la banlieue. Tous devront trouver leur compte dans un éventuel péage. «On a des besoins communs à toute la région métropolitaine, des objectifs communs; il va falloir se donner des moyens communs pour les atteindre. C'est dans ce contexte-là qu'il faut faire le débat sur le péage. Cela ne doit pas être un débat pour établir des ponts-levis pour faire la guerre dans la région de Montréal», indique-t-il.
Les scénarios sur le péage pourraient, selon lui, être considérés dans la foulée du dépôt du plan de transport de Montréal au printemps prochain. «Ce débat-là va devoir se faire plus largement. Il ne faut pas le voir comme Montréal contre les autres», poursuit M. Lavallée.
À l'instar du maire de Longueuil, la mairesse de Repentigny, Chantal Deschamps, accueille plutôt froidement l'idée d'un éventuel retour des péages. «Du côté des couronnes, cela ne fait pas l'unanimité», explique la mairesse, qui préside également la commission sur les transports de la CMM.
Elle précise que les automobilistes des couronnes paient déjà, comme ailleurs au Québec, la taxe d'accise sur l'essence et des droits d'immatriculation. «Je n'ai pas de proposition formelle sur la table. On veut voir quelque chose qui va tenir la route, qui va tenir compte des contributions faites par les gens qui viennent des couronnes, une formule qui serait équitable autant pour les gens de Montréal que pour ceux de Laval et des couronnes», plaide Mme Deschamps.
Elle souligne que la population de Repentigny, qui travaille majoritairement au centre-ville de Montréal, n'est pas encore bien desservie par les transports collectifs. Le gouvernement du Québec a néanmoins donné son aval à un train de l'Est qui relierait Repentigny à Montréal. «Avant de penser à mettre des péages, pouvons-nous bonifier les transports collectifs?», s'interroge Mme Deschamps.
Carrément hérissé à l'idée de péages, Claude Gladu, de Longueuil, souligne lui aussi l'insuffisance d'investissements dans les infrastructures de la Rive-Sud. Il croit que le prolongement de l'autoroute 30 pour en faire une vraie voie de contournement de l'île ainsi que l'aménagement d'un système léger sur rail sur l'estacade du pont Champlain contribueraient beaucoup plus à améliorer la fluidité de la circulation vers l'île. «Le retour du péage est une mesure négative, injuste et peu efficace», argue M. Gladu.
Les routes ou les transports en commun
Si Montréal persiste dans son projet de réintroduire des péages et présente des scénarios concrets, un débat se posera sur l'utilisation des fonds. Pour le maire de Laval, ce serait une erreur de mettre tous les oeufs dans le panier des transports en commun. Il souligne que les infrastructures routières nécessitent des investissements importants que l'État ne peut assumer présentement. «Il y a toujours le fameux combat entre "est-ce que la santé est plus importante que le réseau routier, est-ce que l'éducation n'est pas plus importante, est-ce que les congés parentaux ne sont pas plus importants"? Finalement, ce n'est jamais l'année de la réfection. Ce n'est pas pour rien que le réseau est en si mauvais état», soutient M. Vaillancourt.
Montréal voit les choses autrement. André Lavallée fait observer que le gouvernement du Québec investit déjà «des milliards» dans les routes et «beaucoup moins dans les transports en commun». «Il faut choisir ses priorités. Pour moi, le transport collectif, c'est très haut dans la liste», déclare M. Lavallée, sans toutefois fermer la porte à des compromis.
Les discussions promettent d'être intenses entre les élus de la CMM. Selon le scénario retenu, Québec pourrait aussi devoir donner son aval à un tel projet, puisqu'il gère le réseau autoroutier et la plupart des ponts (dont certains conjointement avec le gouvernement fédéral). Pour l'heure, aucune approche formelle n'a été effectuée auprès de Québec, qui préfère ne pas commenter l'hypothèse.
Le maire de Longueuil, Claude Gladu, s'oppose catégoriquement à un retour des péages sur les ponts menant à Montréal. «Ce serait une injustice pour les gens de la Rive-Sud; pourquoi seraient-ils obligés de payer pour traverser les ponts et aller à Montréal? Les ponts seraient deux fois plus congestionnés, cela ralentirait le trafic», lance M. Gladu en entrevue au Devoir.
Son homologue de Laval, Gilles Vaillancourt, est beaucoup plus ouvert à un scénario de péage, à condition que les fonds recueillis servent à la fois pour les routes et pour les transports en commun. Il suggère d'ailleurs la mise sur pied d'un groupe de travail par le gouvernement du Québec pour étudier la façon dont les automobilistes pourraient contribuer à l'entretien des infrastructures de transport. «Est-ce que cela peut être des péages [aux ponts], est-ce que cela peut être des droits d'utilisation des autoroutes? On est rendu à l'étape où, si on ne paie pas de notre poche, on va continuer à payer de notre vie», fait valoir le maire de la Ville de Laval, durement éprouvée récemment par l'effondrement du viaduc.
Au cours des dernières semaines, la Ville de Montréal a relancé l'idée d'introduire un péage sur les voies d'entrée à Montréal, dans le cadre des travaux du Comité aviseur sur le financement du transport en commun de la CMM, qui réunit plusieurs représentants des municipalités de banlieue. Cette idée avait déjà été envisagée à plusieurs reprises au cours des dernières décennies, notamment sous l'administration de Pierre Bourque en 1995.
Un péage pourrait prendre différentes formes, de l'établissement d'un périmètre tarifé au centre-ville à un droit de passage sur les ponts ou à une tarification de l'utilisation du réseau autoroutier métropolitain.
Un des scénarios évoqués par Montréal consiste en un péage de 1 $ à l'entrée de la ville, ce qui rapporterait environ 250 millions par année, selon les informations recueillies par Le Devoir. Aucun document écrit n'a cependant été déposé aux élus de la CMM.
L'administration municipale refuse d'élaborer sur les modalités pour l'instant, précisant que le dossier est toujours à l'étape de la réflexion. «Une chose est claire, aujourd'hui en 2006, il y a des moyens ultra-modernes pour gérer des péages. On parle de revenus potentiels de plusieurs centaines de millions de dollars; là il y a plusieurs scénarios possibles», affirme toutefois le responsable des Transports collectifs au comité exécutif, André Lavallée.
Pas un combat entre Montréal et la banlieue
M. Lavallée refuse par ailleurs de poser le débat comme une lutte entre Montréal et la banlieue. Tous devront trouver leur compte dans un éventuel péage. «On a des besoins communs à toute la région métropolitaine, des objectifs communs; il va falloir se donner des moyens communs pour les atteindre. C'est dans ce contexte-là qu'il faut faire le débat sur le péage. Cela ne doit pas être un débat pour établir des ponts-levis pour faire la guerre dans la région de Montréal», indique-t-il.
Les scénarios sur le péage pourraient, selon lui, être considérés dans la foulée du dépôt du plan de transport de Montréal au printemps prochain. «Ce débat-là va devoir se faire plus largement. Il ne faut pas le voir comme Montréal contre les autres», poursuit M. Lavallée.
À l'instar du maire de Longueuil, la mairesse de Repentigny, Chantal Deschamps, accueille plutôt froidement l'idée d'un éventuel retour des péages. «Du côté des couronnes, cela ne fait pas l'unanimité», explique la mairesse, qui préside également la commission sur les transports de la CMM.
Elle précise que les automobilistes des couronnes paient déjà, comme ailleurs au Québec, la taxe d'accise sur l'essence et des droits d'immatriculation. «Je n'ai pas de proposition formelle sur la table. On veut voir quelque chose qui va tenir la route, qui va tenir compte des contributions faites par les gens qui viennent des couronnes, une formule qui serait équitable autant pour les gens de Montréal que pour ceux de Laval et des couronnes», plaide Mme Deschamps.
Elle souligne que la population de Repentigny, qui travaille majoritairement au centre-ville de Montréal, n'est pas encore bien desservie par les transports collectifs. Le gouvernement du Québec a néanmoins donné son aval à un train de l'Est qui relierait Repentigny à Montréal. «Avant de penser à mettre des péages, pouvons-nous bonifier les transports collectifs?», s'interroge Mme Deschamps.
Carrément hérissé à l'idée de péages, Claude Gladu, de Longueuil, souligne lui aussi l'insuffisance d'investissements dans les infrastructures de la Rive-Sud. Il croit que le prolongement de l'autoroute 30 pour en faire une vraie voie de contournement de l'île ainsi que l'aménagement d'un système léger sur rail sur l'estacade du pont Champlain contribueraient beaucoup plus à améliorer la fluidité de la circulation vers l'île. «Le retour du péage est une mesure négative, injuste et peu efficace», argue M. Gladu.
Les routes ou les transports en commun
Si Montréal persiste dans son projet de réintroduire des péages et présente des scénarios concrets, un débat se posera sur l'utilisation des fonds. Pour le maire de Laval, ce serait une erreur de mettre tous les oeufs dans le panier des transports en commun. Il souligne que les infrastructures routières nécessitent des investissements importants que l'État ne peut assumer présentement. «Il y a toujours le fameux combat entre "est-ce que la santé est plus importante que le réseau routier, est-ce que l'éducation n'est pas plus importante, est-ce que les congés parentaux ne sont pas plus importants"? Finalement, ce n'est jamais l'année de la réfection. Ce n'est pas pour rien que le réseau est en si mauvais état», soutient M. Vaillancourt.
Montréal voit les choses autrement. André Lavallée fait observer que le gouvernement du Québec investit déjà «des milliards» dans les routes et «beaucoup moins dans les transports en commun». «Il faut choisir ses priorités. Pour moi, le transport collectif, c'est très haut dans la liste», déclare M. Lavallée, sans toutefois fermer la porte à des compromis.
Les discussions promettent d'être intenses entre les élus de la CMM. Selon le scénario retenu, Québec pourrait aussi devoir donner son aval à un tel projet, puisqu'il gère le réseau autoroutier et la plupart des ponts (dont certains conjointement avec le gouvernement fédéral). Pour l'heure, aucune approche formelle n'a été effectuée auprès de Québec, qui préfère ne pas commenter l'hypothèse.
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