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Boisclair se dresse contre les militants

Le chef du PQ dit non à la nationalisation de l'éolien

Robert Dutrisac   30 octobre 2006 
André Boisclair
Photo : Jacques Nadeau
André Boisclair
Québec — Le chef du Parti québécois, André Boisclair, fait fi de la volonté des militants péquistes qui prônent la nationalisation de la filière éolienne.

«L'expropriation, c'est non», a tranché, hier, André Boisclair, rejetant l'idée de nationaliser la filière éolienne pour réserver à Hydro-Québec la propriété de tous les parcs éoliens sur le territoire québécois.

Lors de leur conseil national placé sur le thème de l'environnement, les militants péquistes ont adopté une résolution stipulant qu'Hydro-Québec «prendra en charge du développement éolien via la nationalisation».

André Boisclair est toujours ouvert à la propriété privée des parcs d'éoliennes, une voie qu'avait privilégiée le gouvernement Landry en permettant à Hydro-Québec de signer des contrats de gré à gré avec trois promoteurs: SkyPower à Rivière-du-Loup et à Cacouna, 3Ci à Murdochville et Axor à Matane. La semaine dernière, le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) a jugé que le projet de SkyPower n'était pas acceptable. Les deux autres parcs éoliens sont déjà érigés.

Par la suite, Hydro-Québec Distribution a lancé des appels d'offres auprès des promoteurs privés afin d'obtenir une puissance de 3000 MW, pour un total de 3500 MW à ce jour. Le gouvernement Charest empêche Hydro-Québec Production de répondre à l'appel d'offres lancé par sa société soeur.

Or le chef péquiste a indiqué qu'Hydro-Québec, qui doit prendre en charge le développement de l'éolien comme le veut son parti, doit aussi pouvoir répondre aux appels d'offres de parcs éoliens, au même titre que l'entreprise privée. Il souhaite aussi que les municipalités et les MRC ainsi que des coopératives d'agriculteurs puissent répondre à la deuxième vague d'appels d'offres pour l'énergie éolienne.

«Je comprends la colère des gens. En ce moment, le développement se fait de façon anarchique», une situation dont est responsable le gouvernement Charest, a dit M. Boisclair. Il estime que le projet Terravents, de SkyPower, est «un mauvais projet qui ne respecte pas la communauté locale».

S'opposant aux ténors du parti, Marc Laviolette et Pierre Dubuc, du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre), furent d'ardents partisans de cette résolution sur la nationalisation de la filière éolienne.

Cette proposition a suscité des débats animés. «On parle d'expropriation. Moi, j'appelle ça de l'appropriation», a dit M. Laviolette. «Je suis déçu de l'interprétation qui est faite d'un texte qui est clair. On se ramasse dans du "mou-flou". Je ne pense pas que ça aide du "mou-flou" en politique», juge M. Laviolette.

La députée de Rosemont et critique en matière d'énergie, Rita Dionne-Marsolais, était en furie à la suite du vote serré qui ouvrait la voie à la nationalisation de l'éolien. «À l'extérieur du Québec, la nationalisation [...], ça veut dire l'expropriation de l'entreprise privée», avait-elle prévenu lors du débat.

Le député de Rousseau, François Legault, a fustigé l'aversion péquiste contre les entrepreneurs. «Si on veut bâtir au Québec un pays prospère, il va falloir que le Parti québécois se réconcilie avec les entreprises privées», a-t-il lancé à l'assemblée.

Non au prolongement de l'autoroute 25

Interrogé par les journalistes en conférence de presse, André Boisclair a précisé qu'il s'opposait au prolongement de l'autoroute 25, à l'instar des militants péquistes, et qu'il préconisait plutôt le développement du transport en commun. De plus, tous les nouveaux projets d'autoroutes sont jetés aux oubliettes, mis à part la construction déjà entreprise de l'autoroute 30. «La priorité, c'est l'entretien des routes», a-t-il dit, évoquant l'effondrement du viaduc de la Concorde, mais aussi l'état de délabrement général du réseau routier du Québec.

En vertu des propositions adoptées hier, le prochain gouvernement péquiste édictera une politique sur la qualité de l'air.

Cette résolution fut présentée par M. Boisclair. En outre, la Charte de la Ville de Montréal sera modifiée pour lui permettre, comme l'a fait Londres, d'imposer un péage pour entrer au centre-ville. Enfin, les militants se sont prononcés en faveur de la tenue d'un débat sur l'énergie nucléaire.

Dans son discours de clôture. André Boisclair, manifestement détendu devant ses troupes, a employé un style simple et direct, délaissant les formules creuses et tarabiscotées auxquelles il nous avait habitués. Le chef péquiste a fait l'inventaire des écueils que le gouvernement Charest a rencontrés dans sa relation avec le gouvernement Harper, notamment l'abandon de l'entente sur les services de garde et du registre des armes à feu. Mais il a surtout insisté sur la question de l'environnement qui n'est pas sans soulever des problèmes constitutionnels. L'abandon du protocole de Kyoto par le gouvernement Harper est en soi une bonne raison de faire la souveraineté, a-t-il plaidé.

Puis le chef péquiste a cité le conseil que lui a donné Jacques Parizeau: «M. Boisclair, ne vous inquiétez pas. Comptez toujours sur le gouvernement fédéral pour nous décevoir.»

André Boisclair a même suggéré à Jean Charest de prendre exemple sur René Lévesque qui a pris le beau risque et sur Jacques Parizeau qui, au lendemain de l'échec de l'accord du lac Meech, appelait Robert Bourassa «mon premier ministre». «C'est à son tour de prendre un beau risque. C'est au tour du Parti libéral du Québec de regarder sérieusement la souveraineté du Québec», a-t-il dit.
 
 
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