Un an avant l'enquête sur les commandites - L'argentier du PLC-Q dans la mire policière dès 2001
Ottawa — L'ancien vice-président de la Commission des finances québécoises du Parti libéral du Canada, Joe Morselli, était déjà sur écoute policière en 2001, soit un an avant le début de l'enquête de la GRC sur le scandale des commandites. Un fait qui démontre que cet ancien membre influent du PLC au Québec, aujourd'hui décédé, était dans la mire des policiers dans un dossier autre que celui des commandites. Ces écoutes prouvent aussi qu'il a menti lors de son témoignage devant la commission Gomery.
De plus, on apprend aujourd'hui que la Gendarmerie royale du Canada a payé un informateur entre 1500 $ et 3000 $ par mois en argent liquide durant quatre ans pour être capable de mener à terme une partie de son enquête sur le scandale des commandites. Cette personne était cachée sur la liste des informateurs secrets qui oeuvrent entre autres choses contre les gangs de rue tellement la discrétion était de mise.
Et toujours concernant le scandale des commandites, la Sûreté du Québec a déjà déposé son dossier d'enquête à propos de la compagnie Lafleur Communication Marketing devant le procureur de la Couronne, à Montréal, qui pourrait donc porter des accusations sous peu.
Ces révélations en rafale, et bien d'autres, sont contenues dans un nouveau livre qui doit paraître demain au Québec et dont nous avons obtenu un exemplaire avant sa sortie en magasin. Ce livre sur le scandale des commandites va certainement alimenter les conversations de couloir de la classe politique d'un océan à l'autre dans les prochaines semaines, puisqu'il est rédigé par Daniel Leblanc, le journaliste du Globe and Mail qui a levé en premier le voile sur ce scandale aujourd'hui bien connu.
Le livre, publié aux éditions Libre Expression et intitulé Nom de code: MaChouette, se lit comme un roman policier tellement l'auteur révèle de nouveaux détails sur le déroulement de son enquête aux conséquences majeures sur la politique canadienne. La descente aux enfers de l'ex-ministre libéral Alfonso Gagliano, largement due au travail de Daniel Leblanc et de son collègue Campbell Clark, est également relatée dans le livre.
Les informations inédites foisonnent, notamment du côté policier, un volet des commandites resté plutôt discret jusqu'à maintenant. Le projet Carnegie — nom de code du dossier pour les forces de l'ordre — a déjà coûté 7,6 millions de dollars et occupé les enquêteurs de la GRC pendant 83 000 heures, affirme l'auteur.
Le livre révèle que les agissements suspects, à l'époque, de certains membres influents du Parti libéral du Canada section Québec (PLC-Q) pourraient être antérieurs au dossier des commandites. En effet, en 2001, un an avant le début de l'enquête de la GRC, le vice-président de la Commission des finances québécoises du PLC, Joe Morselli (décédé en mars dernier) était déjà sur écoute électronique policière dans une autre affaire. Joe Morselli était alors le bras droit d'Alfonso Gagliano, l'organisateur en chef du PLC au Québec durant cette période. L'auteur ne précise pas quel corps policier menait cette surveillance qui touchait Joe Morselli, ni le contexte de l'écoute électronique. Mais, visiblement, quelque chose se tramait. «La mort de Morselli a déçu beaucoup de gens à la GRC», a d'ailleurs confié une source policière à l'auteur, sous-entendant que ce dossier était toujours ouvert.
Daniel Leblanc ajoute: «Pour que Morselli soit ainsi surveillé, les policiers avaient dû rédiger une déclaration sous serment. Ils indiquaient avoir des motifs raisonnables de croire qu'il avait commis ou s'apprêtait à commettre un crime. Malgré ses dénégations à la commission Gomery quant à sa participation dans un quelconque groupe criminel, il intéressait les forces de l'ordre depuis au moins cinq ans.» Ce qui, par ricochet, ne pouvait qu'éclabousser le PLC-Q.
Cette écoute électronique a permis aux policiers d'enregistrer une conversation devenue célèbre lors des audiences de la commission Gomery, soit celle où le publicitaire Jean Brault offre 100 000 $ en argent liquide pour conserver un contrat gouvernemental du ministère de la Justice. Joe Morselli avait nié devant le juge Gomery avoir accepté l'argent et être intervenu. Or les policiers ont tout entendu et avaient les preuves audio d'une telle conversation.
Toujours dans le domaine policier, on apprend aussi dans le livre qu'un ancien employé de Groupaction, Jean Lambert, était une source de plusieurs journalistes, mais aussi un «témoin clé» des agents fédéraux. Mais la GRC avait besoin de nouvelles pistes. «En plus d'informateurs comme Jean Lambert, les policiers de la GRC avaient une carte cachée dans leur manche au cours de cette enquête: un agent source de haut niveau dont le rôle est demeuré inconnu du grand public jusqu'à maintenant», écrit Daniel Leblanc. Il ajoute: «Cet agent source, que j'appellerai X, a collaboré avec la GRC dans le plus grand secret dès 2002, jusqu'à la conclusion de la procédure criminelle contre Jean Brault et Chuck Guité au printemps dernier)».
Cette source était également un ancien employé de Groupaction qui a accepté de collaborer à reculons à l'enquête. Pour le convaincre, les policiers ont donc sorti le grand jeu. «En guise de prime, X est apparu sur la liste secrète de paye de la GRC, écrit l'auteur. Eh oui, il allait rejoindre tous ces revendeurs de drogue et membres de gangs de rue qui acceptent de collaborer avec la police en échange d'un salaire. [...] Et comme il ne faut pas laisser de trace, la GRC verse l'argent dans des enveloppes, en liquide. X a donc été payé comptant pour aider la GRC à faire tomber un réseau de pots-de-vin!»
Cette personne a reçu entre 1500 $ et 3000 $ par mois, soit entre 72 000 $ et 144 000 $ en tout. «Si ça collaboration a duré si longtemps — près de quatre ans —, c'est qu'il livrait», affirme l'auteur.
Jean Lafleur bientôt en procès?
Une autre information policière du livre créera certainement des remous dans la famille du publicitaire Jean Lafleur, l'un des grands bénéficiaires des largesses fédérales dans le domaine des commandites. L'auteur révèle que le dossier d'enquête de la Sûreté du Québec sur Lafleur Communication Marketing a été déposé cet été sur le bureau du procureur de la Couronne, à Montréal. «Concrètement, cela signifie que les policiers ont suggéré le dépôt d'accusations contre au moins une personne associée à cette entreprise et que le procureur de la Couronne est en train de déterminer s'il croit être capable d'obtenir au moins une condamnation grâce à ces éléments de preuve», écrit Daniel Leblanc.
À la lecture du livre, on constate aussi que Jacques Corriveau, l'ami de Jean Chrétien au centre du système de ristourne mis en place pour financer illégalement le PLC, se vantait dès le début des années 2000 d'avoir mis en place un tel système. Il s'en serait notamment ouvert auprès de proches des ministres Don Boudria et Martin Cauchon.
Pour la première fois, on apprend aussi que Daniel Leblanc, qui a passé cinq ans à suivre la piste des commandites, avait une seule source anonyme durant les deux premières années de ses recherches, soit entre 2000 et 2002. Son nom de code était Ma Chouette (d'où le titre du livre) et il communiquait avec elle régulièrement par courriel. Jamais le journaliste n'a cité cette source ou même fait mention de son existence avant aujourd'hui. Sans cette femme, véritable Deep Throat canadien, le scandale n'aurait probablement jamais éclaté. Mais contrairement à la célèbre source américaine du Watergate, Daniel Leblanc n'a jamais rencontré en personne sa source durant l'enquête.
Celle-ci s'est révélée si fiable et si bien branchée dans plusieurs aspects du scandale (PLC, agences de communication, fonction publique) qu'elle a souligné l'existence du système de pots-de-vin dès 2000. Le journaliste n'a toutefois jamais réussi à prouver une telle affirmation avant la commission Gomery.
Le Devoir
De plus, on apprend aujourd'hui que la Gendarmerie royale du Canada a payé un informateur entre 1500 $ et 3000 $ par mois en argent liquide durant quatre ans pour être capable de mener à terme une partie de son enquête sur le scandale des commandites. Cette personne était cachée sur la liste des informateurs secrets qui oeuvrent entre autres choses contre les gangs de rue tellement la discrétion était de mise.
Et toujours concernant le scandale des commandites, la Sûreté du Québec a déjà déposé son dossier d'enquête à propos de la compagnie Lafleur Communication Marketing devant le procureur de la Couronne, à Montréal, qui pourrait donc porter des accusations sous peu.
Ces révélations en rafale, et bien d'autres, sont contenues dans un nouveau livre qui doit paraître demain au Québec et dont nous avons obtenu un exemplaire avant sa sortie en magasin. Ce livre sur le scandale des commandites va certainement alimenter les conversations de couloir de la classe politique d'un océan à l'autre dans les prochaines semaines, puisqu'il est rédigé par Daniel Leblanc, le journaliste du Globe and Mail qui a levé en premier le voile sur ce scandale aujourd'hui bien connu.
Le livre, publié aux éditions Libre Expression et intitulé Nom de code: MaChouette, se lit comme un roman policier tellement l'auteur révèle de nouveaux détails sur le déroulement de son enquête aux conséquences majeures sur la politique canadienne. La descente aux enfers de l'ex-ministre libéral Alfonso Gagliano, largement due au travail de Daniel Leblanc et de son collègue Campbell Clark, est également relatée dans le livre.
Les informations inédites foisonnent, notamment du côté policier, un volet des commandites resté plutôt discret jusqu'à maintenant. Le projet Carnegie — nom de code du dossier pour les forces de l'ordre — a déjà coûté 7,6 millions de dollars et occupé les enquêteurs de la GRC pendant 83 000 heures, affirme l'auteur.
Le livre révèle que les agissements suspects, à l'époque, de certains membres influents du Parti libéral du Canada section Québec (PLC-Q) pourraient être antérieurs au dossier des commandites. En effet, en 2001, un an avant le début de l'enquête de la GRC, le vice-président de la Commission des finances québécoises du PLC, Joe Morselli (décédé en mars dernier) était déjà sur écoute électronique policière dans une autre affaire. Joe Morselli était alors le bras droit d'Alfonso Gagliano, l'organisateur en chef du PLC au Québec durant cette période. L'auteur ne précise pas quel corps policier menait cette surveillance qui touchait Joe Morselli, ni le contexte de l'écoute électronique. Mais, visiblement, quelque chose se tramait. «La mort de Morselli a déçu beaucoup de gens à la GRC», a d'ailleurs confié une source policière à l'auteur, sous-entendant que ce dossier était toujours ouvert.
Daniel Leblanc ajoute: «Pour que Morselli soit ainsi surveillé, les policiers avaient dû rédiger une déclaration sous serment. Ils indiquaient avoir des motifs raisonnables de croire qu'il avait commis ou s'apprêtait à commettre un crime. Malgré ses dénégations à la commission Gomery quant à sa participation dans un quelconque groupe criminel, il intéressait les forces de l'ordre depuis au moins cinq ans.» Ce qui, par ricochet, ne pouvait qu'éclabousser le PLC-Q.
Cette écoute électronique a permis aux policiers d'enregistrer une conversation devenue célèbre lors des audiences de la commission Gomery, soit celle où le publicitaire Jean Brault offre 100 000 $ en argent liquide pour conserver un contrat gouvernemental du ministère de la Justice. Joe Morselli avait nié devant le juge Gomery avoir accepté l'argent et être intervenu. Or les policiers ont tout entendu et avaient les preuves audio d'une telle conversation.
Toujours dans le domaine policier, on apprend aussi dans le livre qu'un ancien employé de Groupaction, Jean Lambert, était une source de plusieurs journalistes, mais aussi un «témoin clé» des agents fédéraux. Mais la GRC avait besoin de nouvelles pistes. «En plus d'informateurs comme Jean Lambert, les policiers de la GRC avaient une carte cachée dans leur manche au cours de cette enquête: un agent source de haut niveau dont le rôle est demeuré inconnu du grand public jusqu'à maintenant», écrit Daniel Leblanc. Il ajoute: «Cet agent source, que j'appellerai X, a collaboré avec la GRC dans le plus grand secret dès 2002, jusqu'à la conclusion de la procédure criminelle contre Jean Brault et Chuck Guité au printemps dernier)».
Cette source était également un ancien employé de Groupaction qui a accepté de collaborer à reculons à l'enquête. Pour le convaincre, les policiers ont donc sorti le grand jeu. «En guise de prime, X est apparu sur la liste secrète de paye de la GRC, écrit l'auteur. Eh oui, il allait rejoindre tous ces revendeurs de drogue et membres de gangs de rue qui acceptent de collaborer avec la police en échange d'un salaire. [...] Et comme il ne faut pas laisser de trace, la GRC verse l'argent dans des enveloppes, en liquide. X a donc été payé comptant pour aider la GRC à faire tomber un réseau de pots-de-vin!»
Cette personne a reçu entre 1500 $ et 3000 $ par mois, soit entre 72 000 $ et 144 000 $ en tout. «Si ça collaboration a duré si longtemps — près de quatre ans —, c'est qu'il livrait», affirme l'auteur.
Jean Lafleur bientôt en procès?
Une autre information policière du livre créera certainement des remous dans la famille du publicitaire Jean Lafleur, l'un des grands bénéficiaires des largesses fédérales dans le domaine des commandites. L'auteur révèle que le dossier d'enquête de la Sûreté du Québec sur Lafleur Communication Marketing a été déposé cet été sur le bureau du procureur de la Couronne, à Montréal. «Concrètement, cela signifie que les policiers ont suggéré le dépôt d'accusations contre au moins une personne associée à cette entreprise et que le procureur de la Couronne est en train de déterminer s'il croit être capable d'obtenir au moins une condamnation grâce à ces éléments de preuve», écrit Daniel Leblanc.
À la lecture du livre, on constate aussi que Jacques Corriveau, l'ami de Jean Chrétien au centre du système de ristourne mis en place pour financer illégalement le PLC, se vantait dès le début des années 2000 d'avoir mis en place un tel système. Il s'en serait notamment ouvert auprès de proches des ministres Don Boudria et Martin Cauchon.
Pour la première fois, on apprend aussi que Daniel Leblanc, qui a passé cinq ans à suivre la piste des commandites, avait une seule source anonyme durant les deux premières années de ses recherches, soit entre 2000 et 2002. Son nom de code était Ma Chouette (d'où le titre du livre) et il communiquait avec elle régulièrement par courriel. Jamais le journaliste n'a cité cette source ou même fait mention de son existence avant aujourd'hui. Sans cette femme, véritable Deep Throat canadien, le scandale n'aurait probablement jamais éclaté. Mais contrairement à la célèbre source américaine du Watergate, Daniel Leblanc n'a jamais rencontré en personne sa source durant l'enquête.
Celle-ci s'est révélée si fiable et si bien branchée dans plusieurs aspects du scandale (PLC, agences de communication, fonction publique) qu'elle a souligné l'existence du système de pots-de-vin dès 2000. Le journaliste n'a toutefois jamais réussi à prouver une telle affirmation avant la commission Gomery.
Le Devoir
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