La Russie impériale
Il ne se passe guère de semaine sans que nous parviennent de Moscou des échos qui mettent en relief la ferme volonté des dirigeants de réduire la démocratie à un exercice futile. Dernière phobie du Kremlin? Rendre la vie impossible aux ONG. Surtout celles qui, comme Amnesty International ou la Ligue des droits de l'homme, épinglent régulièrement le gouvernement pour son sombre, voire sinistre, bilan en la matière.
Cette mise au pas des ONG a ceci de riche, comme ensei-gnement, qu'elle révèle la totale indifférence que le président Poutine et ses proches cultivent par rapport à tout ce qui a trait à leur réputation en Occident. Ils se moquent du qu'en-dira-t-on parce qu'ils ont la certitude que, quoi qu'ils disent, quoi qu'ils fassent, les États-Unis et l'Europe poseront sur eux un regard encore et toujours plein de suspicion.
Plus profondément, l'attitude adoptée récemment par le Kremlin concernant les ONG confirme plus qu'elle ne dévoile un changement majeur dans la politique russe. Pour l'illustrer, il faut évidemment plonger quelque peu dans l'histoire. Celle d'après la chute du Mur. Dans les années qui ont suivi cet événement, une multitude de gestes ont été faits pour arrimer la Russie à l'Ouest. Il y eut la transformation du G7 en G8, le Conseil OTAN-Russie, les «espaces communs» à l'Union européenne et à la Russie, etc.
Dix ans durant, le Kremlin a cru ou plutôt espéré que cette collaboration se conclurait par un partage des pouvoirs avec les États-Unis. L'élection de Poutine au poste de président devait tout changer. Lui et la nouvelle classe dirigeante du pays ont compris que jamais Washington ne voudrait céder des parcelles de son influence. C'est lors de l'entrée de la Pologne et des Pays baltes dans l'Union européenne que tout a basculé.
Ensuite? Les appels européens et américains à des changements de régime en Ukraine et en Géorgie ont fini de convaincre Poutine et son entourage qu'un rapprochement avec l'Ouest consistait dans les faits à épouser la culture occidentale. Il n'en fallait pas moins pour qu'ils braquent leur politique dans une direction opposée. C'est ainsi qu'ils ont multiplié les rencontres avec Pékin allant jusqu'à faire un vaste exercice militaire commun.
Après coup, Poutine a fermé les robinets du gaz destiné à l'Ukraine, menacé la Géorgie, fait pression sur l'Europe également sur le front de l'énergie, augmenté le budget de la défense, indiqué que la coopération commerciale et militaire avec l'Iran se poursuivrait, etc.
Selon Dmitri Trenin, directeur du Carnegie Moscow Center, le changement de paradigme voulu et poursuivi par Poutine a pour objectif la confection d'une sphère d'influence dépassant les frontières du pays et dont, bien sûr, Moscou serait le centre. Bref, la tentation impériale s'est réinstallée au Kremlin.
Cette mise au pas des ONG a ceci de riche, comme ensei-gnement, qu'elle révèle la totale indifférence que le président Poutine et ses proches cultivent par rapport à tout ce qui a trait à leur réputation en Occident. Ils se moquent du qu'en-dira-t-on parce qu'ils ont la certitude que, quoi qu'ils disent, quoi qu'ils fassent, les États-Unis et l'Europe poseront sur eux un regard encore et toujours plein de suspicion.
Plus profondément, l'attitude adoptée récemment par le Kremlin concernant les ONG confirme plus qu'elle ne dévoile un changement majeur dans la politique russe. Pour l'illustrer, il faut évidemment plonger quelque peu dans l'histoire. Celle d'après la chute du Mur. Dans les années qui ont suivi cet événement, une multitude de gestes ont été faits pour arrimer la Russie à l'Ouest. Il y eut la transformation du G7 en G8, le Conseil OTAN-Russie, les «espaces communs» à l'Union européenne et à la Russie, etc.
Dix ans durant, le Kremlin a cru ou plutôt espéré que cette collaboration se conclurait par un partage des pouvoirs avec les États-Unis. L'élection de Poutine au poste de président devait tout changer. Lui et la nouvelle classe dirigeante du pays ont compris que jamais Washington ne voudrait céder des parcelles de son influence. C'est lors de l'entrée de la Pologne et des Pays baltes dans l'Union européenne que tout a basculé.
Ensuite? Les appels européens et américains à des changements de régime en Ukraine et en Géorgie ont fini de convaincre Poutine et son entourage qu'un rapprochement avec l'Ouest consistait dans les faits à épouser la culture occidentale. Il n'en fallait pas moins pour qu'ils braquent leur politique dans une direction opposée. C'est ainsi qu'ils ont multiplié les rencontres avec Pékin allant jusqu'à faire un vaste exercice militaire commun.
Après coup, Poutine a fermé les robinets du gaz destiné à l'Ukraine, menacé la Géorgie, fait pression sur l'Europe également sur le front de l'énergie, augmenté le budget de la défense, indiqué que la coopération commerciale et militaire avec l'Iran se poursuivrait, etc.
Selon Dmitri Trenin, directeur du Carnegie Moscow Center, le changement de paradigme voulu et poursuivi par Poutine a pour objectif la confection d'une sphère d'influence dépassant les frontières du pays et dont, bien sûr, Moscou serait le centre. Bref, la tentation impériale s'est réinstallée au Kremlin.
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