Pékin hésite, Washington s'impatiente
Rice part faire appliquer les sanctions votées contre la Corée du Nord
Le Devoir
16 octobre 2006
Les États-Unis ont pressé hier la Chine d'appliquer la résolution 1718 du Conseil de sécurité de l'ONU visant la Corée du Nord, même si Pékin a exprimé des réserves sur certains points, comme l'inspection des cargaisons, terrestres et maritimes, entrant et sortant de la Corée du nord. La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, s'est d'ailleurs dite convaincue que Pékin contribuerait à l'application des sanctions, estimant que la Chine avait tout intérêt à lutter contre la prolifération nucléaire «La Chine a adhéré à une résolution qui requiert la coopération de tous pour lutter contre les initiatives de prolifération nucléaire de la Corée du Nord, et je suis certaine que la Chine n'a pas intérêt à voir proliférer des matières dangereuses en Corée du Nord», a affirmé Mme Rice à la chaîne de télévision Fox.
La secrétaire d'État américaine a toutefois reconnu hier qu'«il y aura des détails à préciser» après le vote de la résolution 1718 à l'unanimité des membres du Conseil de sécurité, dont la Chine, en réponse à l'essai nucléaire du 9 octobre revendiqué par la Corée du Nord. «Il y a beaucoup de détails à préciser, notamment comment cet embargo et cette interdiction vont fonctionner. Je comprends que des gens se préoccupent de la façon dont cela va fonctionner et que cela n'aggrave pas les tensions dans la région, et nous sommes tout à fait prêts à tenir ces discussions», a souligné Mme Rice.
Dans la résolution 1718, les quinze membres du Conseil de sécurité ont voté à l'unanimité samedi pour appeler la Corée du Nord à abandonner son programme nucléaire militaire et balistique «de manière irréversible» et à engager des négociations dans ce sens. L'ONU impose un embargo sur les armes lourdes à la Corée du Nord. Elle renouvelle l'interdiction faite à Pyongyang de vendre ou d'acheter du matériel lié aux missiles et proscrit l'import ou l'export de «matériels liés à la technologie nucléaire ou à celle des missiles». La résolution appelle les États à «assurer le respect de ces embargos en procédant à l'inspection de toute cargaison à destination ou en provenance» de Corée du Nord.
Une heure après le vote, l'ambassadeur de Chine à l'ONU, Wang Guangya, a fait savoir que Pékin ne participerait pas à ces inspections, car celles-ci créeraient un «conflit qui pourrait avoir de sérieuses conséquences pour la région». L'ambassadeur chinois a souhaité qu'en procédant à ces inspections les États s'abstiennent de tout acte pouvant constituer une provocation. La Chine, qui possède une frontière terrestre de 1400 km avec son voisin nord-coréen, est le principal partenaire économique de Pyongyang.
Multiples divergences
Ces divergences sur l'application des sanctions vont figurer en bonne place lors de la tournée en Asie de Mme Rice qui voulait toutefois mettre en avant hier le signal clair envoyé à la Corée du Nord. «Il y aura sans doute des discussions sur la manière dont les interdictions vont être appliquées, mais c'est vraiment une grande défaite pour la Corée du Nord et une grande victoire pour la communauté internationale, et ses efforts pour faire face aux questions» de prolifération nucléaire, a-t-elle souligné sur la chaîne CBS.
Outre la question des inspections de navires dans les eaux internationales se pose aussi la question de la surveillance de la frontière terrestre entre la Chine et la Corée du Nord. «La Corée du Nord a [...] des relations très étroites avec la Chine, mais ce pays a maintenant adhéré à une résolution qui lui confère des responsabilités pour s'assurer que la Corée du Nord ne fait pas commerce» de produits et matériels liés à la prolifération, a-t-elle ajouté.
Le représentant américain à l'ONU, John Bolton, n'a pas hésité à évoquer pour sa part le caractère «humiliant» pour la Chine du test nucléaire nord-coréen. «Je dois dire que l'essai nucléaire par la Corée du Nord a dû être assez humiliant pour la Chine», a dit John Bolton sur ABC. «Après tous les efforts qu'ils ont faits ces dernières années pour protéger la Corée du Nord des critiques internationales, le fait que la Corée du Nord ait procédé à ce test a dû provoquer une forte réaction à Pékin et je pense que nous continuons à en voir les conséquences», a-t-il jugé.
Selon Chang-hoon Lee, ancien conseiller du président coréen Kim Dae-jung et père de l'ex-politique de réchauffement des relations avec la Corée du Nord, la Chine ne tolérerait pas un conflit armé dans la région. C'est pourquoi le test nucléaire de lundi dernier ne risque pas de provoquer une escalade qui déboucherait sur une guerre. «Cela paraît impossible, parce que la Chine ne le tolérerait pas. Les Jeux olympiques de Pékin en 2008 approchent. Or, pour les réussir, les Chinois ont besoin de stabilité, a-t-il souligné. En aucun cas Pékin n'accepterait que les États-Unis bombardent la Corée du Nord, à sa porte. Les Américains ayant par ailleurs déjà investi en masse en Chine, Pékin dispose de moyens de pression pour inviter Washington à la prudence.»
Pyongyang fulmine
Par ailleurs, le ministre canadien des Affaires étrangères, Peter MacKay, a promis hier que le Canada appuierait ses alliés afin de mettre en application les sanctions décidées par les Nations unies contre l'État stalinien. Ottawa a un «intérêt direct» à stopper la prolifération des armes nucléaires dans les pays du bassin du Pacifique, a-t-il affirmé. M. MacKay n'est pas allé jusqu'à promettre que des navires de guerre canadiens prendraient part à l'interception de navire nord-coréens. «Nous n'en sommes pas là, mais n'oublions pas que nous sommes une nation pacifique», a-t-il déclaré dans le cadre de l'émission de télévision Question Period, sur les ondes de CTV.
Saluées par le Japon, l'Australie, la Corée du Sud et l'Union européenne, qui y voit un bon signal dans la crise avec l'Iran, les sanctions de l'ONU ont été vertement dénoncées par la Corée du Nord, fustigeant «des méthodes de gangster». C'est une «résolution coercitive» qui passe sous silence «le fait que les États-Unis représentent eux-mêmes une menace nucléaire», selon Pyongyang.
En dépit de cette sortie, la porte de la diplomatie reste entrouverte, selon le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Alexiev, de retour d'une mission de bons offices à Pyongyang. «La partie nord-coréenne est à plusieurs reprises revenue sur le point que le processus à six devrait continuer, qu'elle ne rejette pas les négociations à six et que le but d'une complète dénucléarisation de la péninsule nord-coréenne reste [valable]», a déclaré le vice-ministre à Interfax.
«Ils ont dit qu'ils ne prendraient une décision sur leurs actions qu'après avoir étudié la résolution de l'ONU, y compris pour ce qui concerne la reprise des négociations à six», a déclaré à Pékin M. Alexiev, cité par l'agence RIA-Novosti.
Les discussions entre les deux Corées, les États-Unis, la Russie, la Chine et le Japon, entamées en août 2003, sont au point mort depuis novembre 2005. Pyongyang avait alors exigé comme préalable à son retour au dialogue la levée des sanctions financières imposées en septembre 2005 par le Trésor américain contre des entités nord-coréennes soupçonnées de blanchiment.
Le Devoir
Avec l'Agence France-Presse,
Libération et Reuters
La secrétaire d'État américaine a toutefois reconnu hier qu'«il y aura des détails à préciser» après le vote de la résolution 1718 à l'unanimité des membres du Conseil de sécurité, dont la Chine, en réponse à l'essai nucléaire du 9 octobre revendiqué par la Corée du Nord. «Il y a beaucoup de détails à préciser, notamment comment cet embargo et cette interdiction vont fonctionner. Je comprends que des gens se préoccupent de la façon dont cela va fonctionner et que cela n'aggrave pas les tensions dans la région, et nous sommes tout à fait prêts à tenir ces discussions», a souligné Mme Rice.
Dans la résolution 1718, les quinze membres du Conseil de sécurité ont voté à l'unanimité samedi pour appeler la Corée du Nord à abandonner son programme nucléaire militaire et balistique «de manière irréversible» et à engager des négociations dans ce sens. L'ONU impose un embargo sur les armes lourdes à la Corée du Nord. Elle renouvelle l'interdiction faite à Pyongyang de vendre ou d'acheter du matériel lié aux missiles et proscrit l'import ou l'export de «matériels liés à la technologie nucléaire ou à celle des missiles». La résolution appelle les États à «assurer le respect de ces embargos en procédant à l'inspection de toute cargaison à destination ou en provenance» de Corée du Nord.
Une heure après le vote, l'ambassadeur de Chine à l'ONU, Wang Guangya, a fait savoir que Pékin ne participerait pas à ces inspections, car celles-ci créeraient un «conflit qui pourrait avoir de sérieuses conséquences pour la région». L'ambassadeur chinois a souhaité qu'en procédant à ces inspections les États s'abstiennent de tout acte pouvant constituer une provocation. La Chine, qui possède une frontière terrestre de 1400 km avec son voisin nord-coréen, est le principal partenaire économique de Pyongyang.
Multiples divergences
Ces divergences sur l'application des sanctions vont figurer en bonne place lors de la tournée en Asie de Mme Rice qui voulait toutefois mettre en avant hier le signal clair envoyé à la Corée du Nord. «Il y aura sans doute des discussions sur la manière dont les interdictions vont être appliquées, mais c'est vraiment une grande défaite pour la Corée du Nord et une grande victoire pour la communauté internationale, et ses efforts pour faire face aux questions» de prolifération nucléaire, a-t-elle souligné sur la chaîne CBS.
Outre la question des inspections de navires dans les eaux internationales se pose aussi la question de la surveillance de la frontière terrestre entre la Chine et la Corée du Nord. «La Corée du Nord a [...] des relations très étroites avec la Chine, mais ce pays a maintenant adhéré à une résolution qui lui confère des responsabilités pour s'assurer que la Corée du Nord ne fait pas commerce» de produits et matériels liés à la prolifération, a-t-elle ajouté.
Le représentant américain à l'ONU, John Bolton, n'a pas hésité à évoquer pour sa part le caractère «humiliant» pour la Chine du test nucléaire nord-coréen. «Je dois dire que l'essai nucléaire par la Corée du Nord a dû être assez humiliant pour la Chine», a dit John Bolton sur ABC. «Après tous les efforts qu'ils ont faits ces dernières années pour protéger la Corée du Nord des critiques internationales, le fait que la Corée du Nord ait procédé à ce test a dû provoquer une forte réaction à Pékin et je pense que nous continuons à en voir les conséquences», a-t-il jugé.
Selon Chang-hoon Lee, ancien conseiller du président coréen Kim Dae-jung et père de l'ex-politique de réchauffement des relations avec la Corée du Nord, la Chine ne tolérerait pas un conflit armé dans la région. C'est pourquoi le test nucléaire de lundi dernier ne risque pas de provoquer une escalade qui déboucherait sur une guerre. «Cela paraît impossible, parce que la Chine ne le tolérerait pas. Les Jeux olympiques de Pékin en 2008 approchent. Or, pour les réussir, les Chinois ont besoin de stabilité, a-t-il souligné. En aucun cas Pékin n'accepterait que les États-Unis bombardent la Corée du Nord, à sa porte. Les Américains ayant par ailleurs déjà investi en masse en Chine, Pékin dispose de moyens de pression pour inviter Washington à la prudence.»
Pyongyang fulmine
Par ailleurs, le ministre canadien des Affaires étrangères, Peter MacKay, a promis hier que le Canada appuierait ses alliés afin de mettre en application les sanctions décidées par les Nations unies contre l'État stalinien. Ottawa a un «intérêt direct» à stopper la prolifération des armes nucléaires dans les pays du bassin du Pacifique, a-t-il affirmé. M. MacKay n'est pas allé jusqu'à promettre que des navires de guerre canadiens prendraient part à l'interception de navire nord-coréens. «Nous n'en sommes pas là, mais n'oublions pas que nous sommes une nation pacifique», a-t-il déclaré dans le cadre de l'émission de télévision Question Period, sur les ondes de CTV.
Saluées par le Japon, l'Australie, la Corée du Sud et l'Union européenne, qui y voit un bon signal dans la crise avec l'Iran, les sanctions de l'ONU ont été vertement dénoncées par la Corée du Nord, fustigeant «des méthodes de gangster». C'est une «résolution coercitive» qui passe sous silence «le fait que les États-Unis représentent eux-mêmes une menace nucléaire», selon Pyongyang.
En dépit de cette sortie, la porte de la diplomatie reste entrouverte, selon le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Alexiev, de retour d'une mission de bons offices à Pyongyang. «La partie nord-coréenne est à plusieurs reprises revenue sur le point que le processus à six devrait continuer, qu'elle ne rejette pas les négociations à six et que le but d'une complète dénucléarisation de la péninsule nord-coréenne reste [valable]», a déclaré le vice-ministre à Interfax.
«Ils ont dit qu'ils ne prendraient une décision sur leurs actions qu'après avoir étudié la résolution de l'ONU, y compris pour ce qui concerne la reprise des négociations à six», a déclaré à Pékin M. Alexiev, cité par l'agence RIA-Novosti.
Les discussions entre les deux Corées, les États-Unis, la Russie, la Chine et le Japon, entamées en août 2003, sont au point mort depuis novembre 2005. Pyongyang avait alors exigé comme préalable à son retour au dialogue la levée des sanctions financières imposées en septembre 2005 par le Trésor américain contre des entités nord-coréennes soupçonnées de blanchiment.
Le Devoir
Avec l'Agence France-Presse,
Libération et Reuters
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

