dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 17h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Lettres: Cotes d'écoute sur l'horreur

Jean Riopel - Écrivain, Montréal  16 septembre 2006 
J'ai été bouleversé par la tragédie du Collège Dawson, en tant que père de famille, en tant que citadin et en tant que téléspectateur. J'ai peine à croire que les grands réseaux de notre paysage médiatique puissent faire preuve d'autant de laxisme dans la couverture d'un tel événement, événement qui mérite un traitement empreint d'un profond respect, d'une sincère empathie et d'une rigueur irréprochable.

En apprenant la nouvelle en ce début d'après-midi tranquille, j'ai découvert un univers aux prises avec un sentiment de panique irrépressible. Il y a urgence, nul ne peut en douter, les cotes d'écoute vont exploser et le cirque est lancé.

Bienvenue au festival de la rumeur et de la bévue. Les chefs de pupitre ont tôt fait d'interviewer les experts invités au fil de l'improvisation grotesque de ce sinistre spectacle. Ils posent des questions sans réponses et les posent à nouveau pour s'assurer que les spectateurs restent fidèles à leurs manigances truffées de suppositions et de sous-entendus malsains.

Ils coupent la parole à ces intervenants qui soulignent discrètement les véritables enjeux et qui ont l'audace de soulever la seule véritable question: pourquoi?

Question qui mériterait patience, recul et réflexion, trois choses qui entravent la couverture médiatique. Les hommes politiques sympathisent avec un minimum de retenue, seul le maire de Montréal est jeté en pâture aux journalistes affamés. M. Tremblay est fortement secoué, profondément touché et sa sincérité ne laisse aucun doute. Visiblement, il aimerait être ailleurs, mais il se soumet aux questions vides et tendancieuses de ses interlocuteurs. La ville est-elle sûre? Question répétée inlassablement pour prolonger le malaise, question à laquelle nul n'est tenu de répondre, mais que les médias ont le privilège de poser pour entretenir la psychose et reléguer les victimes et leurs proches au rang d'images au fort potentiel sensationnaliste.

Les caméras bousculent tout ce qui bouge pour capter les traces de sang, les trous de balles, les mères terrorisées accrochées à leur cellulaire, pendant que les reporters s'installent dans les salles d'urgence assiégées par le drame. Les mêmes questions stupides sont posées aux professionnels qui ont le devoir de sauver des vies.

Que veulent les journalistes? Les radiographies qui montrent les dommages laissés par les projectiles?

Félicitations à vous tous, professionnels de l'information, vous avez fait beaucoup de progrès depuis le drame de la Polytechnique. Pour ma part, j'ai fermé le téléviseur depuis longtemps et je fouille ma collection de CD pour me ressourcer d'amour, d'espoir, de compassion et de lucidité.

Que voulez-vous, je suis un pauvre idéaliste, un homme triste devant le spectacle d'une société où le profit prime sur toutes les valeurs auxquelles je crois profondément et sincèrement.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012