Fusillade au collège Dawson - Désespoir, violence, négligence et hypocrisie
Giuseppe Sciortino - Avocat
16 septembre 2006
La tragédie du Collège Dawson a été un choc pour tout le monde. On ne peut penser à ces étudiants barricadés dans des classes, entendant des coups de feu, à ceux et celles qui ont vu le jeune tireur se faire abattre et faire feu sur lui-même, aux parents des victimes et à tous ceux et celles dont les enfants fréquentent le Collège sans un gros serrement de poitrine.
La vie au Collège Dawson et, je dirais, dans toute institution scolaire au Québec ne sera plus la même, même si le temps guérit les blessures les plus profondes.
Il subsiste d'immenses points d'interrogation, et si je les soulève, ce n'est pas pour me livrer à un exercice stérile, culpabiliser autrui ou critiquer pour le simple plaisir.
Je comprends le chagrin, la frustration et la douleur de la direction du Collège, particulièrement de monsieur Fillion, le directeur, que l'on a vu en conférence de presse retenir ses larmes avec beaucoup de difficulté. Je crois, cependant, que la présidente de l'Association des étudiants du Collège Dawson a eu raison de déplorer l'absence de plan d'évacuation. De tels plans, on les met à l'épreuve dans tous les immeubles pour se préparer à un éventuel incendie. Pourquoi donc ne pas en avoir préparé un en cas de fusillade? Il est vrai que ce n'est pas tous les jours que des fusillades éclatent dans des institutions scolaires, mais c'est aussi vrai des incendies.
Un tireur fou est plus imprévisible qu'un incendie et moins facile à circonscrire, j'en conviens, mais on a déjà vécu de semblables tragédies. À Montréal, c'est arrivé trois fois; et c'est sans compter des événements similaires au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde.
Est-il possible que la direction de Dawson n'ait pas pensé que cela pouvait arriver dans leur collège? Il semble que oui, et c'est le cas, j'en suis convaincu, de tous les établissements d'enseignement, du primaire à l'université.
Les réponses de monsieur Fillion aux reproches formulés par la présidente de l'Association des étudiants ont été très légères. En effet, ce dernier a préféré se cacher derrière l'imprévisibilité de l'événement. Justement, les plans d'évacuation d'urgence ne sont utiles que dans des cas imprévisibles. Monsieur Fillion aura certainement une réponse plus réfléchie une fois la commotion passée. Admettre une négligence, exprimer la volonté de se corriger ne peut qu'être à l'honneur de leur auteur. D'ailleurs, si la présidente de l'Association avait avoué, tout en énonçant ses critiques, n'avoir jamais, au nom de l'organisation qu'elle préside, fait de démarches en ce sens, ses propos auraient attiré plus d'attention et auraient été plus crédibles.
Il n'est pas nécessaire d'attendre la fin de l'enquête pour soulever un deuxième point. Pourquoi cette rage de vouloir à tout prix connaître l'origine ethnique du jeune tireur et son lieu de naissance? En écoutant les journalistes et commentateurs, le 13 septembre, il me semblait qu'il était pour eux primordial d'avoir réponse à leurs questions. Informés par les services de police qu'il s'agissait d'un individu né au Québec, donc Canadien et Québécois, les mêmes journalistes ont insisté pour savoir s'il s'agissait d'un fils d'immigrant skri-lankais ou indien. Pourquoi ces données étaient-elles si importantes? S'il s'était agi d'un bon Québécois british, d'un Canadien français ou d'un Italo-Québécois, est-ce que l'événement aurait été plus ou moins grave, plus ou moins facile à expliquer, plus ou moins acceptable, plus ou moins inquiétant?
Suis-je en train de chercher la bibitte à tout prix? Peut-être! Qu'on m'explique, cependant, pourquoi, l'après-midi et le soir du 13 septembre 2006, des journalistes, tels qu'Alexandre Dumas, qui en était déjà rendu aux Tigres tamouls, et il n'était pas le seul, tenaient absolument à informer leurs téléspectateurs et auditeurs du lieu de naissance du jeune tireur et de son origine ethnique. Serait-ce parce qu'on n'est pas prêt à digérer le fait que les auteurs de ces gestes violents et désespérés puissent être aussi le produit de notre société?
On l'a vu avec le meurtrier de Polytechnique, il y a quelques années. D'origine arabe le matin dans la bouche de tous les commentateurs et lecteurs de nouvelles, l'origine ethnique a cessé d'être invoquée lorsqu'on a su que c'était un jeune homme enfanté par une Lépine. Dernièrement, aussi, en Angleterre et à Toronto, lorsqu'on a découvert certaines cellules supposément terroristes, on a été prompt à signaler que les suspects étaient d'origine arabe ou de religion mulsumane. Pourtant, ils étaient bien, dans un cas, des Britanniques et, dans l'autre, des Canadiens. Nos sociétés occidentales ne sont pas vaccinées contre les comportements violents et désespérés. Ne cherchons pas uniquement ailleurs la source de la violence. Elle est aussi notre création.
La vie au Collège Dawson et, je dirais, dans toute institution scolaire au Québec ne sera plus la même, même si le temps guérit les blessures les plus profondes.
Il subsiste d'immenses points d'interrogation, et si je les soulève, ce n'est pas pour me livrer à un exercice stérile, culpabiliser autrui ou critiquer pour le simple plaisir.
Je comprends le chagrin, la frustration et la douleur de la direction du Collège, particulièrement de monsieur Fillion, le directeur, que l'on a vu en conférence de presse retenir ses larmes avec beaucoup de difficulté. Je crois, cependant, que la présidente de l'Association des étudiants du Collège Dawson a eu raison de déplorer l'absence de plan d'évacuation. De tels plans, on les met à l'épreuve dans tous les immeubles pour se préparer à un éventuel incendie. Pourquoi donc ne pas en avoir préparé un en cas de fusillade? Il est vrai que ce n'est pas tous les jours que des fusillades éclatent dans des institutions scolaires, mais c'est aussi vrai des incendies.
Un tireur fou est plus imprévisible qu'un incendie et moins facile à circonscrire, j'en conviens, mais on a déjà vécu de semblables tragédies. À Montréal, c'est arrivé trois fois; et c'est sans compter des événements similaires au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde.
Est-il possible que la direction de Dawson n'ait pas pensé que cela pouvait arriver dans leur collège? Il semble que oui, et c'est le cas, j'en suis convaincu, de tous les établissements d'enseignement, du primaire à l'université.
Les réponses de monsieur Fillion aux reproches formulés par la présidente de l'Association des étudiants ont été très légères. En effet, ce dernier a préféré se cacher derrière l'imprévisibilité de l'événement. Justement, les plans d'évacuation d'urgence ne sont utiles que dans des cas imprévisibles. Monsieur Fillion aura certainement une réponse plus réfléchie une fois la commotion passée. Admettre une négligence, exprimer la volonté de se corriger ne peut qu'être à l'honneur de leur auteur. D'ailleurs, si la présidente de l'Association avait avoué, tout en énonçant ses critiques, n'avoir jamais, au nom de l'organisation qu'elle préside, fait de démarches en ce sens, ses propos auraient attiré plus d'attention et auraient été plus crédibles.
Il n'est pas nécessaire d'attendre la fin de l'enquête pour soulever un deuxième point. Pourquoi cette rage de vouloir à tout prix connaître l'origine ethnique du jeune tireur et son lieu de naissance? En écoutant les journalistes et commentateurs, le 13 septembre, il me semblait qu'il était pour eux primordial d'avoir réponse à leurs questions. Informés par les services de police qu'il s'agissait d'un individu né au Québec, donc Canadien et Québécois, les mêmes journalistes ont insisté pour savoir s'il s'agissait d'un fils d'immigrant skri-lankais ou indien. Pourquoi ces données étaient-elles si importantes? S'il s'était agi d'un bon Québécois british, d'un Canadien français ou d'un Italo-Québécois, est-ce que l'événement aurait été plus ou moins grave, plus ou moins facile à expliquer, plus ou moins acceptable, plus ou moins inquiétant?
Suis-je en train de chercher la bibitte à tout prix? Peut-être! Qu'on m'explique, cependant, pourquoi, l'après-midi et le soir du 13 septembre 2006, des journalistes, tels qu'Alexandre Dumas, qui en était déjà rendu aux Tigres tamouls, et il n'était pas le seul, tenaient absolument à informer leurs téléspectateurs et auditeurs du lieu de naissance du jeune tireur et de son origine ethnique. Serait-ce parce qu'on n'est pas prêt à digérer le fait que les auteurs de ces gestes violents et désespérés puissent être aussi le produit de notre société?
On l'a vu avec le meurtrier de Polytechnique, il y a quelques années. D'origine arabe le matin dans la bouche de tous les commentateurs et lecteurs de nouvelles, l'origine ethnique a cessé d'être invoquée lorsqu'on a su que c'était un jeune homme enfanté par une Lépine. Dernièrement, aussi, en Angleterre et à Toronto, lorsqu'on a découvert certaines cellules supposément terroristes, on a été prompt à signaler que les suspects étaient d'origine arabe ou de religion mulsumane. Pourtant, ils étaient bien, dans un cas, des Britanniques et, dans l'autre, des Canadiens. Nos sociétés occidentales ne sont pas vaccinées contre les comportements violents et désespérés. Ne cherchons pas uniquement ailleurs la source de la violence. Elle est aussi notre création.
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