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Des « jeux pour les nuls », vous dites?

Réal Ménard - Député fédéral de Hochelaga  15 septembre 2006 
Dans une chronique parue dans Le Devoir du 8 septembre dernier, le journaliste Christian Rioux nous a livré un bilan fondé sur sa perception des Outgames, événement qui s'est tenu à Montréal du 26 juillet au 5 août, durant lequel les gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres ont participé à différentes épreuves sportives et culturelles.

M. Rioux y trace un portrait bien peu flatteur de ce grand rassemblement, déclarant notamment que les Outgames ont été un échec, que l'événement a été couvert du voile du ridicule et que les Outgames auraient ainsi dû s'appeler «jeux pour les nuls».

Nous sommes extrêmement étonnés et déçus de constater qu'en dépit de ces accusations mesquines véhiculées dans le texte de M. Rioux, aucun argument ne vient, de près ou de loin, étayer ses conclusions. En fait, à la lecture de ses commentaires, nous avons l'impression que le contact de M. Rioux avec la réalité ambiante des Outgames, telle qu'elle s'est exprimée pendant 12 jours à Montréal, est passablement lâche.

Regardons de plus près les principales affirmations du chroniqueur.

Les Outgames, échec sportif et commercial: lorsque plus de 12 000 athlètes envahissent une ville et s'adonnent à plus de 35 disciplines sportives et culturelles, il nous semble difficile d'y voir le signe d'un échec, tant sur le plan des retombées économiques que sur celui des valeurs associées à la participation et à l'émulation sportives.

En ce qui a trait aux retombées commerciales, nous laisserons le soin à Louise Roy et aux porte-parole des marchands du Village de faire les bilans en temps et lieu. Cependant, l'achalandage que nous avons constaté chaque soir dans le Village et au square Viger, ainsi que les déclarations publiques des propriétaires de bars et de restaurants, nous incitent à croire que le bilan a été bien davantage positif que négatif.

Les Outgames, «jeux pour les nuls»: nous avons tous deux pris part aux compétitions sportives, l'un en lutte olympique, l'autre au golf. Nous avons également assisté à plusieurs compétitions, en plus d'avoir l'honneur de remettre des médailles à certaines occasions.

La véritable beauté des Outgames est d'avoir réussi à réunir des athlètes novices et expérimentés, jeunes et plus âgés, sur le même plateau de compétition, chacun y allant à son rythme, mais avec un commun désir de dépassement. Il est rare d'avoir la chance d'assister à des compétitions sportives où peuvent se côtoyer des olympiens, comme Mark Tewksbury, et des athlètes qui en sont à leur première compétition.

Mais une des preuves les plus éloquentes du sérieux des organisateurs est que plusieurs des épreuves tenues lors des jeux ont été sanctionnées et reconnues par les fédérations sportives concernées. Qu'y a-t-il de «nul» dans cela?

Finalement, l'auteur y va d'une grande tirade qui le conduit à affirmer que les Outgames ont eu un effet négatif sur la culture homosexuelle léguée par les Genet, Wilde, Capote et Yourcenar. Cette interprétation en vaut bien d'autres. Ces gens étant tous décédés, on ne peut y aller que de pures conjectures fondées sur les impressions qui nous habitent.

Personnellement, nous préférons plutôt croire que si ces grands personnages de notre histoire contemporaine avaient assisté à la Conférence internationale sur les droits des minorités sexuelles, conférence inaugurée par Louise Arbour, de l'ONU, ils auraient été fiers du chemin parcouru depuis le procès digne de l'époque victorienne qu'a subi Oscar Wilde, un procès qui, comme nous le savons tous, l'a conduit en prison.

Chacun a droit à ses états d'âme et à ses analyses. Notre regret est que M. Rioux semble avoir choisi de remplacer les arguments par les préjugés. C'est fort dommage parce que les Outgames méritent beaucoup mieux.
 
 
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