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Réplique à Louise Mailloux - Il manque 23 000 garçons dans les collèges du Québec

Pierre de Passillé - Éducateur à la retraite et auteur du texte «Ça suffit!» publié dans le Guide pratique des études collégiales (2003).  23 octobre 2002 
Contrairement à ce que vous écriviez dans la section Idées du journal Le Devoir le 18 octobre 2002, mon texte intitulé «Ça suffit!» n'a jamais affirmé que notre société est trop féministe. Notre société est très féministe, et elle a bien raison de l'être. Tout au long de mon texte, je répète qu'un féminisme très sain a encouragé les filles à se réaliser et à s'instruire; qu'un féminisme positif a correctement préconisé l'extension du rôle et des droits des femmes dans la société; qu'avec raison et avec succès, le Québec s'est occupé de ses filles et que celles-ci ont eu la chance de trouver dans le mouvement féministe un peu de terre ferme, en notre époque de désarroi; que la doctrine féministe a profité (très légitimement, malgré quelques excès peut-être) d'organismes gouvernementaux dédiés à l'amélioration du statut de la femme et de la condition féminine; que nos écoles doivent continuer à offrir à nos filles un matin clair, une aube de joie... Il faudrait offrir tout cela à nos garçons aussi!

Contrairement à ce que vous écriviez, mon texte n'a jamais affirmé que le féminisme serait la principale raison qui expliquerait le décrochage scolaire des garçons. J'y affirme cependant qu'un certain discours féministe revanchard et réducteur, minoritaire mais tonitruant, a eu des effets néfastes sur l'estime de soi masculine qui est une condition du développement personnel et scolaire. La principale raison du déficit scolaire des garçons, c'est la négligence de notre société, de nos gouvernements notamment, à l'endroit des garçons. Mon texte présente plusieurs exemples de cette négligence: le manque de volonté politique à la suite de la Commission des États généraux (1995-96), dont les premières recommandations concernent le décrochage scolaire masculin; les conclusions maladroites du Conseil supérieur de l'éducation, qui a insisté sur les problèmes de socialisation des garçons plutôt que sur l'organisation du milieu scolaire, en fonction aussi des gars; et surtout la négligence d'offrir au primaire des modèles masculins, des instituteurs structurants, en nombre équivalent à celui des institutrices, quand on sait toute l'importance du processus d'identification en éducation et toute l'importance du primaire pour la suite des études; etc.

Présentement, au Québec, 49 % des filles obtiennent un diplôme d'études collégiales, comparativement à 30 % seulement chez les garçons. Il manque actuellement 23 000 garçons dans les collèges du Québec. Ce déficit très grave s'est installé au début des années 80. Certes, les gars qui décrochent ont une part de responsabilité personnelle, bien expliquée dans mon texte. Cependant, l'environnement scolaire, surtout au début des études, a aussi une large part de responsabilité. Mon texte invite notre société à contrer ce déficit en suggérant plusieurs solutions. Depuis près de 20 ans, ce déficit est signalé aux autorités. Mais rien ne bouge. La négligence, ça suffit! Notre société doit s'occuper davantage de ses garçons, sans freiner le formidable progrès des filles.

Je crois, Mme Mailloux, que la condition humaine est et sera toujours difficile. Notre société doit continuer de s'occuper de condition féminine; elle doit aussi s'occuper de condition masculine. Essayons de nous comprendre mieux, dans le respect qui n'exclut pas le franc-parler.
 
 
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