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    Là où les antibiotiques échouent, le miel fait des miracles

    8 septembre 2006 | Pauline Gravel
    Le miel, cette substance on ne peut plus naturelle, guérit en quelques semaines les plaies infectées et récalcitrantes, qu'il s'agisse de brûlures, d'ulcères variqueux, d'incisions chirurgicales ou de lésions consécutives à un diabète.

    Ce remède, qui figurait dans la pharmacopée des anciens Égyptiens il y a des milliers d'années, est aujourd'hui redécouvert par le corps médical, aux prises avec des microbes qui résistent à la plupart des antibiotiques courants. Outre son effet antibactérien, le miel a plusieurs autres vertus qui concourent à accroître son utilisation en médecine moderne. C'est le cas en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Europe notamment, où une préparation stérile destinée aux soins des plaies, baptisée Medihoney, vient d'être homologuée par l'Union européenne.

    L'équipe du Dr Arne Simon, pédiatre-oncologue à l'Université de Bonn, en Allemagne, a appliqué la substance dorée pour la première fois en 2002 sur la plaie postopératoire d'un enfant de 12 ans à qui on avait retiré une tumeur maligne (un lymphome) dans l'abdomen. Comme chez tous les jeunes patients recevant une chimiothérapie, la plaie tardait à guérir et était même infectées par le staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), qui menaçait de se répandre dans la circulation sanguine et de provoquer la mort de l'enfant compte tenu de l'affaiblissement du système immunitaire des personnes qui subissent une chimiothérapie. «Avec le miel, la plaie a guéri en l'espace de 48 heures et le garçon a alors pu sortir de l'hôpital», raconte le Dr Simon au bout du fil depuis Bonn. «À partir de ce moment-là, nous avons décidé d'étudier plus systématiquement l'effet de Medihoney.»

    Impressionnés par les résultats qu'ils ont obtenus en diverses circonstances avec Medihoney, les chercheurs allemands ont cru bon de les confirmer dans une vaste étude multicentrique qu'ils mettent actuellement en branle. Ils sollicitent donc la participation de professionnels de la santé spécialisés dans le soin des plaies et travaillant dans divers hôpitaux de la planète, à qui ils enverront un logiciel permettant de colliger leurs observations cliniques sur l'emploi de Medihoney comparativement aux traitements plus conventionnels.

    L'activité antimicrobienne du miel que louent les chercheurs allemands s'exerce d'abord par osmose en raison de la très forte concentration en sucre de la substance sirupeuse, qui dépasse de beaucoup celle des tissus environnants et des bactéries, qui se vident alors de leur contenu en liquide. En induisant la migration de l'exsudat — le liquide qui suinte à travers les parois des vaisseaux — vers la surface de la plaie, l'effet osmotique crée une interface humide et peu adhérente entre le pansement et la plaie, ce qui facilite le changement des pansements. Cette intervention devient ainsi moins douloureuse pour le patient et n'endommage pas les couches de peau nouvellement formées.

    Par ailleurs, une enzyme, la glucose oxydase, introduite par les abeilles dans le miel au moment de sa production, synthétise du peroxyde d'hydrogène de façon continue et en petites quantités, néanmoins suffisantes pour tuer les germes sans toutefois détruire les cellules de la peau, contrairement à l'application ponctuelle d'un antiseptique qui, de plus, perdra son pouvoir antimicrobien au fil du temps.

    Les composés phytochimiques présents dans le nectar de certaines fleurs que butinent les abeilles contribuent aussi à l'action bactéricide du miel, qui se manifeste jusque dans les tissus infectés situés en profondeur. C'est pourquoi la source florale du miel est d'une grande importance car certains miels, notamment ceux issus du nectar de deux espèces de Leptospermum (manuka et jellybush), des arbrisseaux de Nouvelle-Zélande et d'Australie, peuvent être jusqu'à 100 fois plus actifs contre les micro-organismes que les autres miels en raison de leur contenu particulièrement élevé de ces composés phytochimiques, souligne le Dr Simon.

    L'effet antibactérien des miels de Leptospermum s'avère efficace pour combattre diverses bactéries, par exemple le SARM, les entérocoques résistants à la vancomycine et Pseudomonas spp., contre lesquelles les antibiotiques sont inopérants.

    Jusqu'à maintenant, on ne rapporte aucune résistance de la part des bactéries d'intérêt clinique au miel, «probablement en raison de la nature peu spécifique de son action bactéricide, ce qui en fait une solution de rechange intéressante aux antibiotiques», souligne le Dr Simon.

    En plus de tuer les micro-organismes, le miel a divers autres effets intéressants. Il diminue l'oedème et l'inflammation des tissus. Il déloge et repousse les tissus morts. Il agit à la manière d'un désodorisant puisqu'il chasse cette odeur désagréable qui émane de certaines plaies infectées et qui handicape énormément les patients, au point où ils n'osent plus quitter leur domicile.

    De plus, son coût est loin d'être prohibitif, contrairement à celui des pansements à base d'argent, qui font partie des nouveaux traitements employés dans le soin des plaies. Un tube de Medihoney peut servir à faire plusieurs pansements et se vend pour aussi peu que dix euros (14 $).

    Malgré ces multiples effets bénéfiques, le Dr Simon déconseille d'utiliser du miel acheté dans les magasins d'alimentation pour soigner les blessures, les brûlures ou les plaies vives car ce miel contient à l'occasion des spores de la bactérie Clostridium botulinum, responsable du botulisme. C'est aussi pour cette raison qu'on doit éviter de donner du miel aux très jeunes enfants, car une fois dans leur appareil digestif immature, les spores pourront se réactiver et sécréter des toxines susceptibles de provoquer de graves malaises, souligne le médecin.

    Les préparations de miel de Leptospermum comme Medihoney ont quant à elles subi une stérilisation par irradiation aux rayons gamma. Cette irradiation n'entame pas leur activité antimicrobienne et rend leur utilisation plus sécuritaire en clinique. Ces préparations sont également soumises à un contrôle de qualité qui assure l'uniformité de leur pouvoir antibactérien.

    Même si l'effet curatif des mixtures de miel comme Medihoney est incontestable et puissant, le Dr Simon ne recommande pas qu'on l'emploie en premier lieu pour soigner une plaie ouverte et infectée puisque la libération de peroxyde d'hydrogène qu'il induit n'est pas immédiate. «Pendant les premières 48 heures, il faut traiter les plaies infectées avec un véritable antiseptique. Ensuite, on poursuit le traitement avec le miel [Medihoney], dont l'effet soutenu s'avère très bénéfique. Lors du changement de pansement, on ne fait que rincer la plaie avec une solution de Ringer stérile [une solution d'eau distillée contenant divers sels à une concentration semblable à celle des liquides corporels]», prévient le spécialiste allemand.

    Dans le milieu médical québécois, les propriétés curatives du miel, et particulièrement des préparations conçues spécifiquement pour le soin des plaies, semblent être plutôt méconnues, et ce, en partie parce que ces mixtures ne sont pas disponibles au Canada. Certains spécialistes l'ont néanmoins déjà employé avec succès. Lincoln D'Souza, infirmier clinicien au Centre universitaire de santé McGill, affirme y avoir recours pour quatre à cinq patients par année, le plus souvent à la demande de ces mêmes patients qui ont réussi à se procurer une préparation à l'étranger. À chaque occasion, il a obtenu d'excellents résultats. «Nous ne l'utilisons pas régulièrement car il n'est pas disponible. S'il le devient, il aura sa place dans notre pharmacopée, peut-être pas comme premier traitement à suivre mais en combinaison avec d'autres technologies de pointe», dit-il.

    Le Medihoney est actuellement disponible dans la plupart des pharmacies de France, d'Allemagne, d'Autriche et de Grande-Bretagne ainsi qu'en Australie, d'où vient ce produit.

    Isabelle Reeves, professeur à l'École des sciences infirmières de l'Université de Sherbrooke, connaît le mécanisme par lequel le miel entraîne la guérison des plaies. Elle hésite toutefois à le substituer aux nouveaux pansements à base de nanocristaux d'argent qui, à ses yeux, représentent en ce moment le traitement par excellence.
     
     
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