Libre-Opinion: Permettre à tous de réussir à l'école
Égide Royer - Professeur titulaire en adaptation scolaire à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval et auteur de l'ouvrage Le Chuchotement de Galilée - Permettre aux jeunes difficiles de réussir à l'école (Publications École et Comportement, 2006).
8 septembre 2006
Les 25 dernières années ont été marquantes en adaptation scolaire. Nous avons fait le choix social selon lequel le métier de tous les enfants, qu'ils soient en difficulté ou non, est d'aller à l'école. L'intégration à l'école ordinaire et en classe ordinaire des jeunes atteints d'une déficience physique ou sensorielle est un exemple patent de cette évolution. La disparition du concept de «non-scolarisable», qu'on utilisait pour qualifier l'impossibilité pour certains jeunes lourdement handicapés d'avoir accès à l'éducation, est également éloquente.
L'adoption aux États-Unis de l'Individuals with Disabilities Education Act (IDEA) en 1975 et de la première politique québécoise de l'adaptation scolaire en 1979 a consacré le développement des services offerts aux jeunes qui présentent des besoins particuliers à l'école. Les lois, politiques et règlements sur le sujet sont le reflet direct des changements qui se sont produits dans tous les pays occidentaux. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli en adaptation scolaire. Nous n'avons cependant pas le droit d'être satisfaits.
La situation des services offerts aux jeunes qui sont «handicapés» par leurs comportements est en effet toujours préoccupante. Il s'agit, depuis les 20 dernières années, du sous-groupe d'élèves qui a connu la plus forte augmentation dans le secteur de l'adaptation scolaire. La réalité est incontournable: les jeunes qui manifestent des problèmes de comportement présentent de graves retards d'apprentissage, sont fréquemment exclus de l'école et n'obtiennent que rarement un des diplômes de l'enseignement secondaire.
Échouer à donner un véritable accès à l'école ordinaire à tous les jeunes en difficulté de comportement aurait équivalu à maintenir une injustice grave. Mais ne pas se rendre compte que, après avoir réglé ce problème, il faut passer à la prochaine tâche, celle qui consiste à leur permettre de réussir à l'école, pourrait être tout aussi tragique.
Malgré toute l'attention dont ont fait l'objet les jeunes de l'adaptation scolaire, force est de constater que les résultats scolaires et sociaux obtenus par les jeunes en difficulté de comportement continuent à être les pires de ceux de tous les jeunes handicapés ou en difficulté. Le nombre d'élèves présentant des problèmes de comportement est nettement sous-estimé dans tous les systèmes d'éducation occidentaux. Alors que les écoles nord-américaines ont de 2 à 3 % d'élèves en difficulté de comportement, on estime qu'environ 5 % des élèves présentent des problèmes chroniques de comportement et que 15 % risquent d'en développer.
Bien que ces chiffres puissent surprendre, ils sont néanmoins réalistes et correspondent à un changement dont ont été témoins tous les intervenants scolaires travaillant, entre autres, avec les plus jeunes. Dans une récente évaluation réalisée dans un État américain où la maternelle était offerte à tous les jeunes de cinq ans, les enseignants rapportaient d'ailleurs en moyenne trois élèves perturbateurs par classe.
Conséquences connues
La relation entre les problèmes de comportement sévères et chroniques pendant la petite enfance et les problèmes de comportement chez les enfants d'âge scolaire et chez les adolescents est très bien établie dans les écrits scientifiques. Ils sont plus susceptibles d'être rejetés par leurs pairs, de développer des problèmes de toxicomanie, d'être cliniquement déprimés, de manifester des problèmes de délinquance juvénile, de décrocher et d'être considérés comme ayant des problèmes de comportement durant leur adolescence.
Ces problèmes peuvent se maintenir jusqu'à l'âge adulte et mener à des difficultés d'adaptation chroniques qui ont un grand impact sur leur habileté à remplir leur rôle de conjoint, de parent et de travailleur.
La majorité des élèves qui présentent des problèmes de comportement ne possèdent aucun des diplômes du secondaire à l'âge de 20 ans. Des études nord-américaines révèlent d'ailleurs qu'ils sont 42 % à abandonner l'école, comparativement à 26 % pour les autres jeunes de l'adaptation scolaire. Les services spécialisés visant à réintégrer ces jeunes dans le milieu ordinaire connaissent également beaucoup de problèmes. Une fois dans le parcours de l'éducation spéciale, moins de 10 % des élèves en difficulté de comportement réussissent à revenir dans un milieu ordinaire.
Compte tenu de l'émergence précoce de certaines difficultés comportementales, il faut intervenir très tôt. Il est nécessaire, dans une perspective éducative, que, dès leurs premières années de scolarisation, ces jeunes apprennent à lire, développent des comportements de remplacement et reçoivent des services psychologiques. Il faut être bien conscient que, dans leur cheminement scolaire, pour paraphraser le slogan publicitaire à la mode, les jeunes en difficulté de comportement sont susceptibles de connaître la «liberté 16»: être exclus de l'école ou la quitter avant l'obtention d'un diplôme.
L'adoption aux États-Unis de l'Individuals with Disabilities Education Act (IDEA) en 1975 et de la première politique québécoise de l'adaptation scolaire en 1979 a consacré le développement des services offerts aux jeunes qui présentent des besoins particuliers à l'école. Les lois, politiques et règlements sur le sujet sont le reflet direct des changements qui se sont produits dans tous les pays occidentaux. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli en adaptation scolaire. Nous n'avons cependant pas le droit d'être satisfaits.
La situation des services offerts aux jeunes qui sont «handicapés» par leurs comportements est en effet toujours préoccupante. Il s'agit, depuis les 20 dernières années, du sous-groupe d'élèves qui a connu la plus forte augmentation dans le secteur de l'adaptation scolaire. La réalité est incontournable: les jeunes qui manifestent des problèmes de comportement présentent de graves retards d'apprentissage, sont fréquemment exclus de l'école et n'obtiennent que rarement un des diplômes de l'enseignement secondaire.
Échouer à donner un véritable accès à l'école ordinaire à tous les jeunes en difficulté de comportement aurait équivalu à maintenir une injustice grave. Mais ne pas se rendre compte que, après avoir réglé ce problème, il faut passer à la prochaine tâche, celle qui consiste à leur permettre de réussir à l'école, pourrait être tout aussi tragique.
Malgré toute l'attention dont ont fait l'objet les jeunes de l'adaptation scolaire, force est de constater que les résultats scolaires et sociaux obtenus par les jeunes en difficulté de comportement continuent à être les pires de ceux de tous les jeunes handicapés ou en difficulté. Le nombre d'élèves présentant des problèmes de comportement est nettement sous-estimé dans tous les systèmes d'éducation occidentaux. Alors que les écoles nord-américaines ont de 2 à 3 % d'élèves en difficulté de comportement, on estime qu'environ 5 % des élèves présentent des problèmes chroniques de comportement et que 15 % risquent d'en développer.
Bien que ces chiffres puissent surprendre, ils sont néanmoins réalistes et correspondent à un changement dont ont été témoins tous les intervenants scolaires travaillant, entre autres, avec les plus jeunes. Dans une récente évaluation réalisée dans un État américain où la maternelle était offerte à tous les jeunes de cinq ans, les enseignants rapportaient d'ailleurs en moyenne trois élèves perturbateurs par classe.
Conséquences connues
La relation entre les problèmes de comportement sévères et chroniques pendant la petite enfance et les problèmes de comportement chez les enfants d'âge scolaire et chez les adolescents est très bien établie dans les écrits scientifiques. Ils sont plus susceptibles d'être rejetés par leurs pairs, de développer des problèmes de toxicomanie, d'être cliniquement déprimés, de manifester des problèmes de délinquance juvénile, de décrocher et d'être considérés comme ayant des problèmes de comportement durant leur adolescence.
Ces problèmes peuvent se maintenir jusqu'à l'âge adulte et mener à des difficultés d'adaptation chroniques qui ont un grand impact sur leur habileté à remplir leur rôle de conjoint, de parent et de travailleur.
La majorité des élèves qui présentent des problèmes de comportement ne possèdent aucun des diplômes du secondaire à l'âge de 20 ans. Des études nord-américaines révèlent d'ailleurs qu'ils sont 42 % à abandonner l'école, comparativement à 26 % pour les autres jeunes de l'adaptation scolaire. Les services spécialisés visant à réintégrer ces jeunes dans le milieu ordinaire connaissent également beaucoup de problèmes. Une fois dans le parcours de l'éducation spéciale, moins de 10 % des élèves en difficulté de comportement réussissent à revenir dans un milieu ordinaire.
Compte tenu de l'émergence précoce de certaines difficultés comportementales, il faut intervenir très tôt. Il est nécessaire, dans une perspective éducative, que, dès leurs premières années de scolarisation, ces jeunes apprennent à lire, développent des comportements de remplacement et reçoivent des services psychologiques. Il faut être bien conscient que, dans leur cheminement scolaire, pour paraphraser le slogan publicitaire à la mode, les jeunes en difficulté de comportement sont susceptibles de connaître la «liberté 16»: être exclus de l'école ou la quitter avant l'obtention d'un diplôme.
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