La vente de quatre hippodromes au secteur privé - Quand le gouvernement s'en lave les mains
Pierre Desjardins - Professeur de philosophie au collège Montmorency, auteur du Livre noir de Loto-Québec (Éditions des Intouchables, 2003) et membre de la coalition Emjeu (Éthique pour une modération du jeu)
18 août 2006
On se souviendra que dans son plan de développement 2004-07, Loto-Québec planifiait la construction de cinq salons de jeu. Dans ceux-ci, Loto-Québec y planifiait d'exploiter quelque 1500 machines de vidéopoker retirées des bars et des brasseries. Ces machines proviendraient essentiellement des établissements où celles-ci ne rapportent pas assez. La politique de Loto-Québec en ce domaine est claire: dès qu'une machine n'est pas assez payante, on la retire.
Ce sont ces machines en surplus que Loto-Québec espérait pouvoir placer dans ses fameux salons de jeu annoncés dans son plan de développement.
Malheureusement pour Loto-Québec et ses savants planificateurs, dans les régions ciblées, la population s'est soulevée et s'est opposée à ce projet de salons de jeu. À Mont-Tremblant, par exemple, un vaste mouvement populaire s'est organisé contre la construction d'un tel salon de jeu dans son environnement. Devant ces protestations, Loto-Québec s'est alors rapidement tournée vers les autres hippodromes de la province pratiquement en faillite.
En chute libre
Il faut savoir qu'avec les politiques d'expansion de Loto-Québec, l'industrie des courses de chevaux est depuis plusieurs années en chute libre. On en connaît la raison: le déroulement des courses de chevaux est très lent. Alors que les machines de vidéopoker de Loto-Québec permettent au joueur de miser à toutes les six secondes, dans un hippodrome, il doit attendre environ 20 minutes (le temps d'une course) entre chaque mise. Ce qui, on le comprendra, ne satisfait pas les vrais joueurs — surtout les compulsifs —, pour qui il s'agit de miser le plus rapidement possible.
D'ailleurs, les statistiques nous apprennent qu'il faut un minimum de deux ans avant que les courses créent des joueurs compulsifs alors que les machines de vidéopoker le font en quelques mois, sinon en quelques semaines. De là s'explique la désuétude de l'industrie des courses de chevaux, placée en compétition avec les machines de vidéopoker que Loto-Québec exploite partout dans les bars et les brasseries de la province.
Aussi, dans ce qui se présentait de prime abord comme un geste de générosité sans précédent, le ministre des Finances du gouvernement, Michel Audet, avait proposé de sauver l'industrie des courses de chevaux et les 3000 emplois qui y sont reliés en vendant le tout à des intérêts privés et en y autorisant l'exploitation de 1470 machines de vidéopoker supplémentaires (qui s'ajouteront aux 430 déjà présentes). Pour le sénateur libéral Paul Massicotte, le nouveau propriétaire choisi, cela représente des revenus assurés de 35 millions par année, et ce, pour les 15 prochaines années.
On peut toutefois s'interroger sur le bien-fondé d'une telle transaction.
Quel intérêt?
D'abord, quel intérêt peut avoir un investisseur privé d'acheter des hippodromes techniquement en faillite? Celui-ci ne caresserait-il pas secrètement l'idée de se débarrasser en douce de ce qui n'est pas payant — l'organisation de courses de chevaux — pour ne garder que ce qui l'est vraiment, soit les machines de vidéopoker?
Évidemment, le gouvernement soutient qu'il a en main toutes les garanties nécessaires quant au maintien des courses de chevaux et de leurs installations. Mais on sait par expérience que lorsque vient le moment pour une entreprise privée de calculer sa rentabilité financière, elle n'a que faire des ententes et des conventions signées avec le gouvernement. On se souviendra ici des expériences GM et Hyundai. Aucune entente, qu'elle soit de cinq, dix ou quinze ans, ne tiendra le coup devant les impératifs de rentabilité financière du privé.
Aussi m'apparaît-il profondément hypocrite de la part du gouvernement de prétendre vouloir sauver cette industrie par cela même qui l'a tuée: les machines de vidéopoker. Si l'entreprise privée se montre aussi intéressée, c'est qu'elle y entrevoit une occasion en or de se positionner dans le monde du jeu au Québec.
Ce qu'il y a d'immoral dans tout cela, c'est que le gouvernement, par cette manigance tordue, en plus de se débarrasser d'une industrie dans laquelle il a déjà investi 285 millions en pure perte depuis dix ans, réussirait ainsi du même coup à se départir à l'avenir d'une partie de ses responsabilités devant l'augmentation de l'offre de jeu sur son territoire tout en accroissant malgré tout ses revenus du jeu.
Il ne faut jamais oublier que même si le futur propriétaire des hippodromes obtient 22 % de remise pour ses 1900 machines, Loto-Québec et le gouvernement restent quand même les grands gagnants avec 78 %, (soit 110 millions en profit net par année).
Autrement dit, alors que le gouvernement laisse au secteur privé le soin de faire ce qu'il n'ose faire lui-même — se départir progressivement des installations de courses de chevaux —, il empochera sans souci l'argent provenant des malades du jeu. On se retrouvera alors gros Jean comme devant avec quatre hippodromes privés (qui ne seront en réalité que quatre casinos privés) remplis à ras bord de machines de vidéopoker et à peine quelques chevaux perdus dans le décor pour sauver les apparences.
Ce sont ces machines en surplus que Loto-Québec espérait pouvoir placer dans ses fameux salons de jeu annoncés dans son plan de développement.
Malheureusement pour Loto-Québec et ses savants planificateurs, dans les régions ciblées, la population s'est soulevée et s'est opposée à ce projet de salons de jeu. À Mont-Tremblant, par exemple, un vaste mouvement populaire s'est organisé contre la construction d'un tel salon de jeu dans son environnement. Devant ces protestations, Loto-Québec s'est alors rapidement tournée vers les autres hippodromes de la province pratiquement en faillite.
En chute libre
Il faut savoir qu'avec les politiques d'expansion de Loto-Québec, l'industrie des courses de chevaux est depuis plusieurs années en chute libre. On en connaît la raison: le déroulement des courses de chevaux est très lent. Alors que les machines de vidéopoker de Loto-Québec permettent au joueur de miser à toutes les six secondes, dans un hippodrome, il doit attendre environ 20 minutes (le temps d'une course) entre chaque mise. Ce qui, on le comprendra, ne satisfait pas les vrais joueurs — surtout les compulsifs —, pour qui il s'agit de miser le plus rapidement possible.
D'ailleurs, les statistiques nous apprennent qu'il faut un minimum de deux ans avant que les courses créent des joueurs compulsifs alors que les machines de vidéopoker le font en quelques mois, sinon en quelques semaines. De là s'explique la désuétude de l'industrie des courses de chevaux, placée en compétition avec les machines de vidéopoker que Loto-Québec exploite partout dans les bars et les brasseries de la province.
Aussi, dans ce qui se présentait de prime abord comme un geste de générosité sans précédent, le ministre des Finances du gouvernement, Michel Audet, avait proposé de sauver l'industrie des courses de chevaux et les 3000 emplois qui y sont reliés en vendant le tout à des intérêts privés et en y autorisant l'exploitation de 1470 machines de vidéopoker supplémentaires (qui s'ajouteront aux 430 déjà présentes). Pour le sénateur libéral Paul Massicotte, le nouveau propriétaire choisi, cela représente des revenus assurés de 35 millions par année, et ce, pour les 15 prochaines années.
On peut toutefois s'interroger sur le bien-fondé d'une telle transaction.
Quel intérêt?
D'abord, quel intérêt peut avoir un investisseur privé d'acheter des hippodromes techniquement en faillite? Celui-ci ne caresserait-il pas secrètement l'idée de se débarrasser en douce de ce qui n'est pas payant — l'organisation de courses de chevaux — pour ne garder que ce qui l'est vraiment, soit les machines de vidéopoker?
Évidemment, le gouvernement soutient qu'il a en main toutes les garanties nécessaires quant au maintien des courses de chevaux et de leurs installations. Mais on sait par expérience que lorsque vient le moment pour une entreprise privée de calculer sa rentabilité financière, elle n'a que faire des ententes et des conventions signées avec le gouvernement. On se souviendra ici des expériences GM et Hyundai. Aucune entente, qu'elle soit de cinq, dix ou quinze ans, ne tiendra le coup devant les impératifs de rentabilité financière du privé.
Aussi m'apparaît-il profondément hypocrite de la part du gouvernement de prétendre vouloir sauver cette industrie par cela même qui l'a tuée: les machines de vidéopoker. Si l'entreprise privée se montre aussi intéressée, c'est qu'elle y entrevoit une occasion en or de se positionner dans le monde du jeu au Québec.
Ce qu'il y a d'immoral dans tout cela, c'est que le gouvernement, par cette manigance tordue, en plus de se débarrasser d'une industrie dans laquelle il a déjà investi 285 millions en pure perte depuis dix ans, réussirait ainsi du même coup à se départir à l'avenir d'une partie de ses responsabilités devant l'augmentation de l'offre de jeu sur son territoire tout en accroissant malgré tout ses revenus du jeu.
Il ne faut jamais oublier que même si le futur propriétaire des hippodromes obtient 22 % de remise pour ses 1900 machines, Loto-Québec et le gouvernement restent quand même les grands gagnants avec 78 %, (soit 110 millions en profit net par année).
Autrement dit, alors que le gouvernement laisse au secteur privé le soin de faire ce qu'il n'ose faire lui-même — se départir progressivement des installations de courses de chevaux —, il empochera sans souci l'argent provenant des malades du jeu. On se retrouvera alors gros Jean comme devant avec quatre hippodromes privés (qui ne seront en réalité que quatre casinos privés) remplis à ras bord de machines de vidéopoker et à peine quelques chevaux perdus dans le décor pour sauver les apparences.
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