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Revue de presse - Pendant ce temps au Canada...

Manon Cornellier   12 août 2006 
Peut-on parler d'autre chose que de la guerre et du terrorisme? Difficile. Les pages de tous les quotidiens en sont encore remplies. Mais essayons, quitte à faire un accroc pour faire état d'une analyse du chroniqueur James Travers, du Toronto Star, sur les pièges posés par la politique au Moyen-Orient et dans lesquels les leaders politiques canadiens se prennent souvent les pieds.

Après Joe Clark et Jean Chrétien, c'est maintenant au tour de Stephen Harper et de Michael Ignatieff, note Travers. «Il est remarquable de constater combien un problème au sujet duquel le Canada peut faire si peu peut causer autant de difficultés à quatre politiciens intelligents et bien informés. Mais cela n'a rien d'étonnant», écrit-il. Notant la complexité de la situation au Moyen-Orient, Travers rappelle que les intérêts du Canada exigent, pour avoir un brin d'influence, de se laisser guider par une seule priorité: la recherche d'une paix juste, basée sur deux États, la résolution de la demande palestinienne de territoires en échange de la paix et la limitation des victimes civiles. Selon Travers, le Canada est trop diversifié, dépend trop de son esprit de tolérance et de son attachement à sa réputation internationale de bon Samaritain pour céder sans réfléchir aux pressions d'un groupe en particulier. À son avis, c'est ce qu'a fait Harper «en ne tenant pas compte de l'histoire et de ses nuances», en oubliant ce que les leaders avant lui avaient fini par apprendre. Travers prévient que «ceux qui tentent de trouver un avantage personnel ou politique dans les convulsions [du Moyen-Orient], qui oublient qu'ils doivent parler clairement et courageusement au nom de tous les Canadiens, finissent par être punis».

Attention!

Le chef conservateur a une autre raison d'être sur ses gardes. Le journaliste d'enquête du Globe and Mail, Daniel Leblanc, a entrepris d'examiner les méthodes d'attribution de plusieurs contrats de la Défense, et des contrats, les conservateurs en ont plusieurs à accorder. Leblanc, le principal journaliste à avoir débusqué le scandale des commandites, a constaté que le gouvernement invoquait la sécurité nationale pour s'arroger le droit de décider des régions du pays qui bénéficieront des retombées de contrats de construction d'avions et d'hélicoptères totalisant huit milliards de dollars. Depuis l'entrée en vigueur en 1995 de l'Accord sur le commerce intérieur, Ottawa n'a plus ce pouvoir. La seule façon de s'y soustraire consiste à invoquer la sécurité nationale, ce que le gouvernement Harper a fait. Cela fait craindre à l'opposition un lobbying intense et un favoritisme inspirés par des considérations électorales. La situation rend aussi bien des provinces nerveuses, car elles ont en mémoire le fameux contrat d'entretien des CF-18. En 1986, un groupe d'experts avait recommandé de l'attribuer à Bristol Aerospace, de Winnipeg, mais le gouvernement Mulroney avait préféré Canadair, de Montréal. L'affaire suscite encore la grogne dans l'Ouest. Le gros des contrats à venir sera produit à l'étranger, en particulier aux États-Unis, mais le gouvernement peut exiger des entreprises qu'elles dépensent au Canada une somme équivalente à celle du contrat. C'est la distribution régionale de ces retombées qu'Ottawa peut maintenant piloter, et les conservateurs ont laissé entendre qu'ils comptaient imposer des retombées minimales dans certaines régions.

Le Globe and Mail et le Ottawa Citizen n'ont pas tardé, en page éditoriale, à accuser les conservateurs de verser dans le favoritisme à saveur électorale («pork-barelling»). Le Globe se désole de voir l'équipe Harper céder ainsi à la tentation après seulement sept mois au pouvoir, eux qui ont passé des mois et toute une campagne électorale à dénoncer le patronage libéral. Pour le quotidien, rien dans l'attribution de ces contrats ne relève de la sécurité nationale. Le Globe voit dans l'invocation de cette clause la confirmation d'un comportement plus large et inquiétant. Il relève, entre autres choses, une cascade d'annonces récentes dans des régions où Harper veut consolider ses appuis. Et pour le Globe, cette façon de faire électoraliste n'est rien d'autre que de l'hypocrisie.

Le Citizen ajoute, de son côté, que le recours à cette clause de sécurité nationale pose aussi le risque de rendre le processus encore plus opaque, contrairement aux promesses de transparence des conservateurs. Le quotidien craint aussi une rivalité régionale potentiellement dommageable pour l'unité du pays, comme ce fut le cas en 1986. Pour le Citizen, la décision du gouvernement a une triste allure de déjà vu.

La moulinette

Mais Harper écoute-t-il? Lawrence Martin, du Globe and Mail, dresse un portrait peu rassurant à cet égard. Passant en revue les multiples changements survenus depuis six mois à la tête des ministères fédéraux, il constate que presque tous les sous-ministres écartés, même ceux jugés de centre-droit, ont en commun d'être indépendants d'esprit et reconnus pour dire les choses comme elles sont. Le choix du «très gentil Rob Wright aux Finances a alimenté la théorie voulant que le nouveau gouvernement ne veuille pas de très hauts fonctionnaires qui exercent une de leurs fonctions, contester». Selon Martin, il semble que ce soit effectivement la vraie cause du remue-ménage. Pour illustrer combien Harper ne tolère pas d'être contredit, Martin raconte un incident survenu dans l'avion du premier ministre. Invité par l'agent de bord à fermer son téléphone cellulaire et son Blackberry, Harper refuse. Le pilote revient à la charge, le premier ministre cède. Mais à la fin du voyage, un membre de son personnel avise le pilote que ses services ne seront plus requis lors des futurs voyages du premier ministre. Ainsi va la vie dans le nouvel Ottawa de Stephen Harper, dit Martin, «ou vous entrez dans le rang ou vous tombez en disgrâce».

mcornellier@ledevoir.com






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