Congrès international sur le sida de Toronto - Et si le plus redoutable terroriste avait pour nom VIH?
Dr Réjean Thomas - Président de Médecins du monde Canada
12 août 2006
Du 13 au 18 août se tiendra à Toronto le XVIe Congrès international sur le sida. Coïncidant avec le 25e anniversaire de l'apparition de cette maladie, et 10 ans après la découverte de la trithérapie annoncée lors du congrès de Vancouver, le congrès réunira des milliers de personnes venues faire le point sur cette maladie.
***
Le sida aujourd'hui, c'est 38,6 millions de personnes porteuses du virus dans le monde. Fait à noter, les deux tiers des personnes séropositives de la planète se trouvent en Afrique. Depuis la découverte de l'épidémie en 1981, le virus a touché 65 millions de personnes et 25 millions en sont mortes. Pour la seule année 2005, 4,1 millions d'individus ont contracté le virus et 2,8 millions en sont décédés.
De pareils chiffres, on en entend depuis des années au sujet du sida. On s'habitue à tout, même à l'horreur. Pourtant, derrière ces chiffres se trouvent des hommes, des femmes et des enfants, de plus en plus d'orphelins; des villages, des communautés entières et des modes de vie qui s'en trouvent bouleversés. Et que dire de l'économie des localités et pays les plus touchés? La pandémie du sida, que l'on qualifiait de menace humanitaire voilà quelques années, est devenue aujourd'hui une véritable urgence planétaire.
L'attaque des deux tours jumelles à New York, qui a fait 3000 morts, a ébranlé l'Amérique et une bonne partie du monde. Rapidement, les gouvernements ont dépensé des centaines de milliards de dollars pour faire la guerre au terrorisme et investir massivement dans la sécurité et l'équipement militaire. Et pendant ce temps, rien qu'en 2005, 2,8 millions de personnes mouraient du sida...
Comment se fait-il que la planète ne se sente pas plus concernée face à ce serial killer planétaire qu'est le virus du sida? Car il faut le dire: 20 ans après le début de l'épidémie et malgré tous les acteurs impliqués dans la lutte contre le VIH, une réponse efficace à cette crise sanitaire se fait toujours attendre.
Le temps de livrer la marchandise
Bien sûr, des actions communes ont été déployées par différents gouvernements. Par exemple, parrainé par les Nations unies, le Fonds global de lutte contre le sida a été créé. Toutefois, une bonne partie des 10 à 15 milliards promis par les pays signataires n'ont, à ce jour, jamais été versés. Des promesses, des promesses... D'où le thème du colloque mondial de Toronto: Time to deliver, le temps de passer à l'action ou, si vous voulez, de livrer la marchandise.
Livrer la marchandise en matière de fonds alloués à la recherche, à la prévention, au dépistage et, surtout, au traitement auprès des communautés du monde les plus touchées. Oui, des progrès ont été accomplis à ce dernier chapitre. Dans les pays à faible ou moyen revenu, entre 2001 et 2005, le nombre de personnes sous thérapie antirétrovirale a été multiplié par cinq, passant de 240 000 à 1,3 million. Mais en dépit de ces progrès, moins de 10 % des populations pauvres infectées par le virus ont accès à ce traitement en ce moment, ce qui est nettement insuffisant.
Pour une approche globale du sida
On le sait, le sida baigne dans un univers symbolique très complexe et certains de ces aspects prédisposent à la vulnérabilité et à l'exclusion des personnes qui en sont atteintes. C'est donc par souci d'efficacité mais aussi de justice que Médecins du monde milite, dans son discours comme dans sa pratique, en faveur d'une approche globale qui prenne en compte les facteurs économiques, politiques, sociaux et culturels de l'épidémie du sida. Dans ce contexte, la lutte contre le sida est indissociable d'une défense des droits de la personne qui a à coeur de dénoncer toute forme de stigmatisation et d'exclusion à l'endroit des personnes vivant avec le VIH.
Les activités de prévention, de dépistage et d'accès aux traitements, qui constituent les trois volets indissociables de toute intervention éclairée en matière de lutte au sida, doivent être réalisées en étroite collaboration avec les acteurs locaux, tant communautaires que gouvernementaux. Ce travail de proximité permet d'élaborer des messages de prévention et des traitements adaptés aux bénéficiaires et à leur mode de vie.
Cette approche globale milite aussi en faveur d'un renforcement des structures de santé en régions éloignées des centres urbains où les ressources spécialisées sont habituellement concentrées et pour une intégration de la prise en charge du VIH aux soins de santé primaires à l'intérieur de ces petites communautés. Évidemment, pour être réalisable, ce programme doit s'accompagner d'une formation des agents de santé, infirmiers et médecins locaux, en ce qui a trait à la prévention et au traitement ainsi qu'à la réalité du sida.
Cette approche globale favorise une meilleure intervention dans des contextes de crises et de conflits, et là où la maladie frappe les exclus parmi les exclus: victimes de guerres, personnes se prostituant ou utilisant des drogues injectables, femmes et enfants victimes de violence. D'ailleurs, autour de cinq millions d'enfants ont été infectés par le VIH depuis le début de l'épidémie et trois millions en sont morts. Pour les années à venir, une attention particulière devra leur être accordée afin qu'ils puissent recevoir les soins appropriés.
Comme on peut le voir, les défis sont immenses, mais pas insurmontables, à condition que les responsables politiques décident de mettre la lutte contre le sida au coeur de leurs priorités et de passer enfin à l'action. Médecins du monde souhaite donc une présence active, massive et militante des décideurs politiques, à commencer par ceux du pays hôte de cette conférence. Médecins du monde souhaite une implication stratégique et politique innovante dans la lutte contre ce terroriste infectieux.
Car le terroriste le plus redoutable en ce moment a peut-être pour nom VIH.
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Le sida aujourd'hui, c'est 38,6 millions de personnes porteuses du virus dans le monde. Fait à noter, les deux tiers des personnes séropositives de la planète se trouvent en Afrique. Depuis la découverte de l'épidémie en 1981, le virus a touché 65 millions de personnes et 25 millions en sont mortes. Pour la seule année 2005, 4,1 millions d'individus ont contracté le virus et 2,8 millions en sont décédés.
De pareils chiffres, on en entend depuis des années au sujet du sida. On s'habitue à tout, même à l'horreur. Pourtant, derrière ces chiffres se trouvent des hommes, des femmes et des enfants, de plus en plus d'orphelins; des villages, des communautés entières et des modes de vie qui s'en trouvent bouleversés. Et que dire de l'économie des localités et pays les plus touchés? La pandémie du sida, que l'on qualifiait de menace humanitaire voilà quelques années, est devenue aujourd'hui une véritable urgence planétaire.
L'attaque des deux tours jumelles à New York, qui a fait 3000 morts, a ébranlé l'Amérique et une bonne partie du monde. Rapidement, les gouvernements ont dépensé des centaines de milliards de dollars pour faire la guerre au terrorisme et investir massivement dans la sécurité et l'équipement militaire. Et pendant ce temps, rien qu'en 2005, 2,8 millions de personnes mouraient du sida...
Comment se fait-il que la planète ne se sente pas plus concernée face à ce serial killer planétaire qu'est le virus du sida? Car il faut le dire: 20 ans après le début de l'épidémie et malgré tous les acteurs impliqués dans la lutte contre le VIH, une réponse efficace à cette crise sanitaire se fait toujours attendre.
Le temps de livrer la marchandise
Bien sûr, des actions communes ont été déployées par différents gouvernements. Par exemple, parrainé par les Nations unies, le Fonds global de lutte contre le sida a été créé. Toutefois, une bonne partie des 10 à 15 milliards promis par les pays signataires n'ont, à ce jour, jamais été versés. Des promesses, des promesses... D'où le thème du colloque mondial de Toronto: Time to deliver, le temps de passer à l'action ou, si vous voulez, de livrer la marchandise.
Livrer la marchandise en matière de fonds alloués à la recherche, à la prévention, au dépistage et, surtout, au traitement auprès des communautés du monde les plus touchées. Oui, des progrès ont été accomplis à ce dernier chapitre. Dans les pays à faible ou moyen revenu, entre 2001 et 2005, le nombre de personnes sous thérapie antirétrovirale a été multiplié par cinq, passant de 240 000 à 1,3 million. Mais en dépit de ces progrès, moins de 10 % des populations pauvres infectées par le virus ont accès à ce traitement en ce moment, ce qui est nettement insuffisant.
Pour une approche globale du sida
On le sait, le sida baigne dans un univers symbolique très complexe et certains de ces aspects prédisposent à la vulnérabilité et à l'exclusion des personnes qui en sont atteintes. C'est donc par souci d'efficacité mais aussi de justice que Médecins du monde milite, dans son discours comme dans sa pratique, en faveur d'une approche globale qui prenne en compte les facteurs économiques, politiques, sociaux et culturels de l'épidémie du sida. Dans ce contexte, la lutte contre le sida est indissociable d'une défense des droits de la personne qui a à coeur de dénoncer toute forme de stigmatisation et d'exclusion à l'endroit des personnes vivant avec le VIH.
Les activités de prévention, de dépistage et d'accès aux traitements, qui constituent les trois volets indissociables de toute intervention éclairée en matière de lutte au sida, doivent être réalisées en étroite collaboration avec les acteurs locaux, tant communautaires que gouvernementaux. Ce travail de proximité permet d'élaborer des messages de prévention et des traitements adaptés aux bénéficiaires et à leur mode de vie.
Cette approche globale milite aussi en faveur d'un renforcement des structures de santé en régions éloignées des centres urbains où les ressources spécialisées sont habituellement concentrées et pour une intégration de la prise en charge du VIH aux soins de santé primaires à l'intérieur de ces petites communautés. Évidemment, pour être réalisable, ce programme doit s'accompagner d'une formation des agents de santé, infirmiers et médecins locaux, en ce qui a trait à la prévention et au traitement ainsi qu'à la réalité du sida.
Cette approche globale favorise une meilleure intervention dans des contextes de crises et de conflits, et là où la maladie frappe les exclus parmi les exclus: victimes de guerres, personnes se prostituant ou utilisant des drogues injectables, femmes et enfants victimes de violence. D'ailleurs, autour de cinq millions d'enfants ont été infectés par le VIH depuis le début de l'épidémie et trois millions en sont morts. Pour les années à venir, une attention particulière devra leur être accordée afin qu'ils puissent recevoir les soins appropriés.
Comme on peut le voir, les défis sont immenses, mais pas insurmontables, à condition que les responsables politiques décident de mettre la lutte contre le sida au coeur de leurs priorités et de passer enfin à l'action. Médecins du monde souhaite donc une présence active, massive et militante des décideurs politiques, à commencer par ceux du pays hôte de cette conférence. Médecins du monde souhaite une implication stratégique et politique innovante dans la lutte contre ce terroriste infectieux.
Car le terroriste le plus redoutable en ce moment a peut-être pour nom VIH.
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