Ça spine encore full pin!
Je viens de relire dans Le Devoir la première lettre que le frère Untel, Jean-Paul Desbiens, adressait à André Laurendeau et je me dis qu'elle aurait pu être écrite ce matin. Pourtant, plus de 40 ans se sont écoulés.
L'actualité récente nous propose un mini-débat sur la qualité de la langue française au Québec. Montréal s'anglicise, dit-on. D'autres vous diront que tout va bien; que le français ne s'est jamais si bien porté.
Eh bien, moi qui l'enseigne depuis 32 ans, je vous affirme le contraire. Oui, tous les jeunes ont accès à l'éducation et nous sommes plus instruits qu'avant. Nous avons aussi appris que l'anglais est primordial. Tellement primordial qu'il est maintenant enseigné dans les classes de première année. Voisin puissant et mondialisation obligent.
Les étudiants qui finissent les études collégiales et qui se destinent au merveilleux monde de l'éducation n'arrivent plus à passer l'examen d'entrée à l'université. Vous avez tous entendu le patinage artistique noté 10 sur 10 pour expliquer ces échecs: examen mal calibré, insistance sur les exceptions, étudiants en éducation moins forts que ceux qui se destinent à d'autres domaines. On peut tout expliquer. Ce ne sont pas les étudiants qui n'y arrivent plus, ce sont les docimologues.
On suggère souvent que les deux grandes bêtes qui retardent l'obtention des diplômes au niveau collégial, ce sont la littérature et la philosophie; deux matières où il faut clairement exprimer sa pensée. Certains professeurs de français en sont rendus à croire que ce n'est pas l'orthographe qui est importante, mais plutôt les idées. Encore faut-il les trouver et les comprendre minimalement.
Qui s'en soucie?
La pression est grande pour faire passer les étudiants. Parfois même, l'augmentation du taux d'obtention des diplômes est l'un des critères de la prime au rendement de certains administrateurs. Qu'est-ce que ça peut faire en fin de compte qu'une infirmière ne sache pas accorder ses participes passés? Eh oui, qu'est-ce que ça peut faire?
Quant à la société, elle aussi se ferme les yeux sur le nivellement par le bas. Ça fait l'affaire. Rendez-vous dans les petites villes, regardez les affiches écrites à la main et dites-moi dans quelle proportion elles sont rédigées sans fautes. Affligeant. Et ne vous avisez surtout pas d'entrer dans les magasins et de mentionner ladite faute, on vous prendra pour un ayatollah.
J'ai acheté des électro-ménagers dans un magasin dit «de grande surface». Ils sont arrivés avec des cadrans dont les instructions sont uniquement en anglais. J'ai rappelé le gérant qui, visiblement dépassé par mes doléances, m'a rétorqué, enragé: «Ben wéyons donc! Que ça spine en anglais ou que ça spine en français, ça spine pareil.» Eh oui!
Misère de langue
Le joual présente quelque chose d'immensément intense, de touchant, d'attachant, de coloré, de fort, mais il demeure originalement la langue de la misère, de l'ignorance, de la soumission et d'une certaine acceptation. Certains diront avec fierté: la langue de notre Histoire. Moi, je le dis avec une certaine contrariété.
Michel Tremblay a été l'un des plus grands auteurs de notre littérature. Personne ne peut nier cela, mais il a traduit avec une immense intelligence la vie de l'époque. Nous ne sommes plus à cette époque et pourtant... Une étudiante qui avait obtenu 32 % dans une dissertation m'a dit avec colère: «Moé, j'me comprends, mes chums me comprennent, comment ça s'fa que toé, tu m'comprends pas, stie???»
Même discours qu'il y a 40 ans: on «s'comprend de même»; pourquoi changer? Et toujours cette gêne de bien s'exprimer. Cette peur de faire rire de soi. Par contre, si on maîtrise bien l'anglais, la gêne s'évanouit.
Si vous êtes un habitué des forums cybernétiques, vous vous apercevrez rapidement que presque tous les courriels présentent de graves erreurs d'orthographe ou de syntaxe. Et que dire de la télé où il y a du sous-titrage et où les animateurs, pour faire «full cool», sacrent parce que justement, c'est naturel. Prêtez aussi l'oreille aux émissions de télé-vérité. On atteint là des sommets.
Décidément, le frère Untel a écrit sa lettre ce matin, pis y'en a braillé ène shot parce qu'en français, ça spine encore full pin!
L'actualité récente nous propose un mini-débat sur la qualité de la langue française au Québec. Montréal s'anglicise, dit-on. D'autres vous diront que tout va bien; que le français ne s'est jamais si bien porté.
Eh bien, moi qui l'enseigne depuis 32 ans, je vous affirme le contraire. Oui, tous les jeunes ont accès à l'éducation et nous sommes plus instruits qu'avant. Nous avons aussi appris que l'anglais est primordial. Tellement primordial qu'il est maintenant enseigné dans les classes de première année. Voisin puissant et mondialisation obligent.
Les étudiants qui finissent les études collégiales et qui se destinent au merveilleux monde de l'éducation n'arrivent plus à passer l'examen d'entrée à l'université. Vous avez tous entendu le patinage artistique noté 10 sur 10 pour expliquer ces échecs: examen mal calibré, insistance sur les exceptions, étudiants en éducation moins forts que ceux qui se destinent à d'autres domaines. On peut tout expliquer. Ce ne sont pas les étudiants qui n'y arrivent plus, ce sont les docimologues.
On suggère souvent que les deux grandes bêtes qui retardent l'obtention des diplômes au niveau collégial, ce sont la littérature et la philosophie; deux matières où il faut clairement exprimer sa pensée. Certains professeurs de français en sont rendus à croire que ce n'est pas l'orthographe qui est importante, mais plutôt les idées. Encore faut-il les trouver et les comprendre minimalement.
Qui s'en soucie?
La pression est grande pour faire passer les étudiants. Parfois même, l'augmentation du taux d'obtention des diplômes est l'un des critères de la prime au rendement de certains administrateurs. Qu'est-ce que ça peut faire en fin de compte qu'une infirmière ne sache pas accorder ses participes passés? Eh oui, qu'est-ce que ça peut faire?
Quant à la société, elle aussi se ferme les yeux sur le nivellement par le bas. Ça fait l'affaire. Rendez-vous dans les petites villes, regardez les affiches écrites à la main et dites-moi dans quelle proportion elles sont rédigées sans fautes. Affligeant. Et ne vous avisez surtout pas d'entrer dans les magasins et de mentionner ladite faute, on vous prendra pour un ayatollah.
J'ai acheté des électro-ménagers dans un magasin dit «de grande surface». Ils sont arrivés avec des cadrans dont les instructions sont uniquement en anglais. J'ai rappelé le gérant qui, visiblement dépassé par mes doléances, m'a rétorqué, enragé: «Ben wéyons donc! Que ça spine en anglais ou que ça spine en français, ça spine pareil.» Eh oui!
Misère de langue
Le joual présente quelque chose d'immensément intense, de touchant, d'attachant, de coloré, de fort, mais il demeure originalement la langue de la misère, de l'ignorance, de la soumission et d'une certaine acceptation. Certains diront avec fierté: la langue de notre Histoire. Moi, je le dis avec une certaine contrariété.
Michel Tremblay a été l'un des plus grands auteurs de notre littérature. Personne ne peut nier cela, mais il a traduit avec une immense intelligence la vie de l'époque. Nous ne sommes plus à cette époque et pourtant... Une étudiante qui avait obtenu 32 % dans une dissertation m'a dit avec colère: «Moé, j'me comprends, mes chums me comprennent, comment ça s'fa que toé, tu m'comprends pas, stie???»
Même discours qu'il y a 40 ans: on «s'comprend de même»; pourquoi changer? Et toujours cette gêne de bien s'exprimer. Cette peur de faire rire de soi. Par contre, si on maîtrise bien l'anglais, la gêne s'évanouit.
Si vous êtes un habitué des forums cybernétiques, vous vous apercevrez rapidement que presque tous les courriels présentent de graves erreurs d'orthographe ou de syntaxe. Et que dire de la télé où il y a du sous-titrage et où les animateurs, pour faire «full cool», sacrent parce que justement, c'est naturel. Prêtez aussi l'oreille aux émissions de télé-vérité. On atteint là des sommets.
Décidément, le frère Untel a écrit sa lettre ce matin, pis y'en a braillé ène shot parce qu'en français, ça spine encore full pin!
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