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Notre langue, riche mais peu respectée

3 août 2006 
Il eut été surprenant que le français parlé en Amérique, arraché à la mère-patrie et isolé pendant tant de générations, ne s'adapte pas aux besoins des gens de ce pays de poudrerie, de domination anglaise et de pauvreté paysanne. Il ne faut pas oublier non plus que nos ancêtres, les premiers colons, qui venaient de Lorraine, Bretagne, Normandie, et autres coins de France, ne parlaient pas tous le même français et qu'ils durent adapter leurs langues et dialectes pour se comprendre entre eux. En effet, à cette époque, la langue française n'était pas encore normalisée à la grandeur de la France.

Si les Français de France nous reconnaissent, à notre parler, comme les témoins vivants d'une langue qui ne se parle plus en Europe, c'est bien parce que l'histoire et la géographie nous ont permis de conserver certaines tournures, mots, coups de gueule et musicalité qu'ils ne peuvent que reconnaître.

La langue d'ici n'est pas pauvre. Comme l'ont bien démontré Félix Leclerc, Raymond Lévesque, Gilles Vigneault, Robert Charlebois, Luc Plamondon et tant d'autres, notre langue d'ici est très riche et très belle. Le problème n'est pas là.

Mieux enseigner le français

Nous avons cessé de l'apprécier à sa juste valeur. Nous ne l'enseignons plus aussi bien qu'avant. Nous ne l'enseignons plus aussi longtemps qu'avant. Nous ne l'enseignons plus aussi intensément qu'avant. Demandez à n'importe quel professeur d'université de plus de 50 ans si la qualité du français a changé depuis qu'il enseigne. Il vous répondra immanquablement que la qualité de la langue française écrite et parlée par les étudiants s'est détériorée atrocement, à tel point que si on comptait les erreurs de français comme avant, dans toutes les facultés, le taux d'échec serait épouvantable!

Nous devons consacrer des ressources supplémentaires afin de mieux enseigner le français, avant de consacrer plus de ressources pour enseigner une deuxième ou une troisième langue. Nous devons enseigner le français aux nouveaux Québécois, plutôt que de couper les budgets. Nous devons leur enseigner le français, mieux et plus longtemps, et gratuitement, car nous désirons les accueillir à bras ouverts.

Les mots transportent les concepts, les phrases transportent les idées, la syntaxe et la grammaire permettent de clarifier, préciser, nuancer. La langue n'est pas seulement un outil de communication. Elle est aussi un outil essentiel à la pensée, au raisonnement, au développement des idées.

Médiocrité et créativité

Notre langue française est une langue belle et riche dont nous sommes les héritiers et les gardiens. Nous avons le devoir de la conserver, la préserver et l'enrichir, de la transmettre aux générations futures.

Or, de toute évidence, nous faillons à ce devoir. Nous acceptons la médiocrité. Trop souvent, nous tolérons que l'on abâtardisse le vocabulaire et la syntaxe par des barbarismes de toute origine, en particulier des anglicismes.

De par notre situation particulière, il nous est nécessaire d'être plus vigilants car la tentation est grande de laisser passer quelques mots ici et là, des expressions étrangères, des tournures de phrase. Insidieusement, la langue est contaminée plutôt qu'enrichie.

Cela dit, nous n'avons pas vécu que des échecs. Les Québécois, les Canadiens-Français, les Acadiens, les autres francophones d'Amérique ont préservé certains mots, certaines expressions, certaines sonorités magnifiques qui avaient disparu ailleurs dans la Francophonie. Les Québécois ont créé de nouveaux mots pour contrer l'invasion d'anglicismes tolérés ailleurs; pensez à magasinage, courriel, pourriel, clavardage et tant d'autres.

Les Québécois ont passé des lois pour protéger le français, valoriser le français et en favoriser le développement. Ces lois ne sont pas partisanes. Elles ont été introduites autant par les libéraux que par les péquistes, soutenues par la population, entérinées par les cours de justice.

Ces lois sont nécessaires et importantes. Ces lois n'ont pas été introduites pour punir les anglophones ou les nouveaux Québécois, ou pour leur rendre la vie difficile. Elles ont été mises en place afin de protéger notre patrimoine linguistique. L'Office de la langue française du Québec fut créé pour jouer un rôle à ce titre. Ses budgets ne doivent pas être coupés, bien au contraire! Nous nous devons d'appuyer son travail.

Mais une loi qui n'est pas respectée est pire que pas de loi du tout. C'est de l'hypocrisie. Nous devons cesser d'accepter l'insinuation de l'anglais là où ce n'est pas acceptable, là où ce n'est pas permis. Nous devons dénoncer la publicité qui comporte des fautes de français car c'est un manque de respect. Rappelez-vous toujours, Françaises et Français d'Amérique: quand on ne se fait pas respecter, on se fait mépriser!






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