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Les montagnes Blanches: une aire protégée à créer à tout prix!

13 juillet 2006 
Forts de l'appui de 181 700 signatures de citoyens préoccupés par la superbe nature du Québec, Sophie Cadieux, Richard Desjardins et Germain Houde ont souligné dans Le Devoir (14 juin 2006) l'importance d'augmenter sensiblement la superficie des aires protégées au Québec. Il ne s'agit pas, comme on le sait, d'une demande déraisonnable, étant donné la très faible implication du Québec en matière d'aires de protection de notre patrimoine naturel.

Germain Houde, en particulier, souhaite voir la région des montagnes Blanches, au nord du Saguenay-Lac-Saint-Jean et du réservoir Manouane, inscrite pour toujours dans le répertoire des aires protégées. J'appuie sans hésitation cette suggestion, car les montagnes Blanches constituent un milieu exceptionnel d'une grande beauté sauvage et d'un grand intérêt scientifique et environnemental. Je profite de cette occasion pour souligner le contexte de la création des aires protégées dans une région vierge comme celle des montagnes Blanches, à quelques lieux des aires de coupe les plus nordiques du Québec, à l'exception de l'île René-Levasseur, déjà plus au nord que ces dernières...

Ces «montagnes» forment un oasis de fraîcheur boréale au-dessus des basses collines avoisinantes, qui sont constamment sous la pression des feux de forêt récurrents. Les montagnes Blanches représentent un ensemble d'écosystèmes forestiers vierges (constitués de vieilles sapinières intactes et d'impressionnantes pessières d'épinette noire et de quelques pessières d'épinette blanche d'allure subalpine) coiffés de parcelles de toundra naturelles qui se trouvent au-delà des 900 m d'altitude. Pour les rares personnes qui ont eu l'occasion de visiter ces lieux enchanteurs, il s'agit d'une perle boréale qui détonne dans le paysage de perturbations environnant. Le haut-relief accidenté des montagnes Blanches crée un effet orographique marqué provoquant des précipitations solides et liquides plus abondantes qu'ailleurs, ce qui diminue de manière significative la fréquence des feux de forêt. Conséquence: les forêts sont exceptionnellement denses, verdoyantes, diversifiées et anciennes, les témoins révélateurs d'une époque jadis plus forestière qu'aujourd'hui. C'est une région que je connais bien, étant donné que j'y effectue des recherches avec mes étudiants depuis quelques années.

J'appuie d'autant plus l'idée d'en faire une aire protégée que les montagnes Blanches se situent juste au nord de la limite des forêts attribuables au Québec. Cette limite (qui est provisoire pour le moment) a été définie par le ministère des Ressources naturelles du Québec en 2002 comme celle au-delà de laquelle toute activité de coupe forestière sera interdite éventuellement, sauf exception, comme par exemple les coupes de récupération après feu qui sont souvent permises au nord de la limite des forêts attribuables.

Dans une lettre adressée au ministre des Ressources naturelles du Québec en 2002, je suggérais la création d'aires protégées au nord de la limite des forêts attribuables, notamment dans la région des montagnes Blanches. Rien n'a été fait depuis ce temps, sauf que le tracé de la limite des forêts attribuables a été contesté depuis par un petit nombre de personnes impliquées dans le domaine de la recherche et de l'exploitation forestière. Aux dires de plusieurs, cette limite se trouve trop au sud de la limite potentielle de coupe forestière. Le ministère des Ressources naturelles du Québec a décidé récemment de revoir ce tracé et un comité aviseur a été créé. On ne sait pas ce qu'il adviendra de la limite actuelle, mais il est possible que l'on suggère un nouveau tracé plus au nord. Advenant ce cas, on ratera peut-être l'occasion de créer des aires protégées dans cette région vierge à la rencontre des grands bassins hydrographiques du Québec.

Au lieu de tracer une limite qui prête le flanc à de nombreuses critiques, parce que l'on ne peut pas la rattacher à des repères écologiques ou physiques évidents dans le paysage, pourquoi ne pas présenter la problématique de la forêt nordique «à ne pas couper» sous un angle plus rassembleur, comme celui des aires protégées? Ainsi, un corridor discontinu d'aires naturelles protégées soustraites à la récolte forestière pourrait être prescrit par le gouvernement du Québec sans que l'on procède à une nouvelle justification scientifique (toujours contestable) de la limite des forêts attribuables. Les gens s'entendent généralement sur la nécessité de conservation et de jouissance de la nature. Tous veulent également que le gouvernement honore son plan de doter le Québec d'aires naturelles protégées correspondant à 8 % de sa superficie. Créer des aires naturelles à protéger dans cette grande région limitrophe est une nécessité, et procéder de la sorte sera certainement plus valable que de retracer une nouvelle limite d'exploitation forestière vers le nord... avec les séquelles potentielles que l'on peut imaginer.






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