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Un PC de plus en plus présent au Québec

Alec Castonguay   10 juillet 2006 
Ottawa — La percée des conservateurs au Québec lors des dernières élections fédérales a eu un effet immédiat sur le terrain, alors que les cartes de membres du parti se vendent bien. En effet, Le Devoir a appris que le Parti conservateur (PC) a doublé son membership dans la province depuis six mois, passant de 10 000 membres l'automne dernier à plus de 20 000 actuellement.

Selon nos informations, le parti de Stephen Harper vient également tout juste d'ouvrir son bureau permanent à Montréal, situé dans l'est de la ville, alors que plusieurs comtés visés par les conservateurs lors de la prochaine élection se sont fait dire d'être «opérationnels» dès décembre, en raison des risques d'élections.

De plus, Le Devoir a appris que l'Association des conservateurs du Québec, qui fait office d'aile provinciale du parti, est devenue inopérante et n'a aucune influence dans la province. Pourtant, cette structure unique au Canada au sein du Parti conservateur avait été réclamée à grands cris par plusieurs militants québécois il y a tout juste un an.

Aux trousses des libéraux

L'élection de dix députés conservateurs au Québec en janvier dernier a passablement changé le visage du PC dans une province. D'une organisation balbutiante qui renfermait moins de 10 000 membres l'automne dernier, le Parti conservateur est aujourd'hui aux trousses du Parti libéral du Canada (PLC) en ce qui concerne le membership.

Le chiffre exact est gardé secret, mais plusieurs sources ont confié au Devoir que le nombre oscille maintenant entre 20 000 et 25 000 membres. À titre de comparaison, en mars dernier, au moment où la course au leadership du Parti libéral prenait son envol, la section Québec du PLC comptait environ 22 000 membres. Course à la succession de Paul Martin aidant, ce chiffre est aujourd'hui de 37 500.

Selon nos informations, l'organisation du Parti conservateur a demandé à chaque comté de recruter 500 nouveaux détenteurs de carte. Certaines circonscriptions, notamment dans la région de Québec, ont une barre plus haute à atteindre — environ 1000 nouveaux membres — compte tenu du fait qu'ils renferment des députés et des ministres.

Certains comtés limitrophes à des élus sentent d'ailleurs l'effet sur le terrain. La circonscription de Chicoutimi-Le Fjord, collée sur le comté du ministre Jean-Pierre Blackburn, dans Jonquière-Alma, est une de celle-là. «Je vous mentirais si je disais que ça fait la file à la porte pour adhérer au parti, mais ça va bien. On est passé de 40 à un peu plus de 200 membres. Notre objectif est de 500. Et on va multiplier les activités durant l'été», raconte Alcide Boudreault, le président de l'association de comté.

Chicoutimi-Le Fjord fait partie des comtés convoités par le PC, qui espère faire élire entre 15 et 25 nouveaux députés dans la province lors de la prochaine bagarre électorale. Certaines sources parlent même de 30 nouveaux députés si le vent est favorable. «On a reçu le mandat d'être prêts et opérationnels en décembre, au cas», affirme Alcide Boudreault.

D'autres endroits ont reçu le même mot d'ordre. Les régions du Saguenay et du Lac-Saint-Jean sont en tête de liste, tout comme quatre des six comtés de la Gaspésie, de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent. Seuls les comtés bloquistes de Manicougan, avec le député Gérard Asselin, et de Rimouski-Neigette, avec Louise Thibault, semblent difficiles à rafler aux yeux du PC.

Les trois comtés de la Mauricie sont aussi dans le collimateur, tout comme la vaste majorité des Cantons-de-l'Est. Le sud de Montréal, notamment Beauharnois-Salaberry et Chambly-Borduas, font aussi partie des cibles conservatrices.

Un bureau à Montréal

L'effervescence sera d'autant plus grande dans les prochains mois que le parti a décidé de ne pas protéger de circonscription, même pour les députés. C'est donc dire qu'il y aura 75 investitures au Québec avant les prochaines élections. «Tout sera ouvert», confirme le sénateur Pierre Claude Nolin, très impliqué dans la formation au Québec.

Pour coordonner le tout et ajouter de la vigueur à l'organisation dans la province, le PC vient d'ailleurs tout juste d'ouvrir un bureau permanent à Montréal, le long du boulevard Métropolitain, angle Langelier, dans l'est de la ville. Le téléphone est en service depuis un mois environ, même si, à la réception, on affirme que «le bureau n'est pas encore complètement fonctionnel». Le grand manitou de l'organisation au Québec, Pierre Coulombe, n'a pas rappelé Le Devoir pour dire si oui ou non un autre bureau serait ouvert dans la région de Québec, comme les rumeurs le laissaient croire.

En revanche, l'Association des conservateurs du Québec, qui a vu le jour dans la controverse il y a un an en raison de l'opposition des hautes instances du parti à Ottawa, est aujourd'hui «une coquille vide sans influence», comme le souligne une source haut placée dans le parti. «Dans les faits, elle n'existe plus vraiment.» Une autre personne souligne que «cette idée était bonne sur papier, mais que rien n'a jamais vraiment décollé» étant donné le peu de pouvoir que le parti à Ottawa lui a consenti. En effet, aucun financement ne lui est accordé et aucun pouvoir décisionnel ne lui a été délégué.

Mais Pierre Claude Nolin s'inscrit en faux, lui qui est l'un des fondateurs de cette aile du Québec au sein du PC. «Elle n'est pas morte, elle est en dormance, dit-il. Ce n'est pas qu'on ne veut pas la lancer, mais on attend que les organisations dans les comtés soient vraiment en place. On ne veut rien précipiter.» Selon le sénateur, l'Association aura pour rôle de mieux coordonner les actions entre les différentes circonscriptions, ce qui implique que les comtés soient fonctionnels avant de pouvoir agir. «On verra l'Association de plus en plus», dit-il.

Engouement

Selon Philippe Gervais, qui a été directeur adjoint de la campagne électorale 2006 au niveau national pour le PC, la progression rapide du nombre de membres n'est pas surprenante. «C'est difficile de vendre un produit sans publicité, et la politique, c'est la même chose. Être au gouvernement, c'est la meilleure publicité possible», dit-il. L'organisation sur le terrain y est d'ailleurs pour peu de chose, ajoute-t-il, puisque rien n'a été modifié ou presque depuis un an. «C'est vraiment la vitrine à Ottawa qui fait la différence. Peu de gens connaissaient Harper avant.» Il souligne aussi le discours de Harper à Québec le

19 décembre dernier, ainsi que la performance du chef conservateur depuis. «Un gars qui tient ses promesses, ça fait un bel effet», dit-il.

Mais pour maintenir l'élan, il faudra corriger certaines choses, avoue-t-il, notamment en environnement. «Kyoto et l'environnement sont des enjeux importants au Québec, c'est clair. Si on ne remplit pas nos engagements électoraux là-dessus, ça va devenir problématique. Mais je reste confiant», soutient Philippe Gervais.

Son de cloche similaire provenant d'une source qui travaille sur le terrain. «Ce qui nous aide, c'est d'être au pouvoir. Le miel attire les abeilles. [...] Mais il faut aussi être vigilant. Si on fait un mauvais plan en environnement cet automne, ça va nous faire mal.» Le refus de Stephen Harper de reconnaître le Québec comme une nation et l'abolition du registre des armes à feu, dans les régions urbaines, pourraient aussi ralentir la progression du parti au Québec. «Mais le règlement du déséquilibre fiscal va nous aider», estime une source.






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  • Claude Lalande
    Abonné
    mercredi 19 juillet 2006 10h03
    Un possible PC québécois ?
    « Il n'y a pas de doute que le PC progresse au Québec, de façon substantielle. Et, il faut y voir plus que le simple désir des Québécois de vouloir confier leur avenir politique à un autre partique le PLC. Bien sûr, les gens du Québec sont dégoûtés des libéraux pour de tès bonnes raisons par ailleurs, mais l'engoûement actuel pour le PCC ne peut être expliqué que par ces raisons. Nous assistons actuellement à un retour de valeurs conservatrice, lesquelles prennent souvent leur racine dans un passé lointain, avant la Révolution tranquille. L'image que projette Stephen Harper est rassurante à maints égards pour une population à la famille souffrante, aux moeurs amoraux, aux trop nombreuses valeurs dissolues et aux libertés dépassant les exigences d'une saine démocratie.

    Il ne faudrait pas se surprendre de voir renaître au Québec un PCQ remettant à l'ordre du jour nombre de valeurs mises de côté par la Révolution tranquille dont les dérapages se font de plus en plus sentir dans plusieurs secteurs de la société : éducation, santé...

    CL »

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