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Libre opinion: L'ADQ: le début des gaffes

Robert Dean - Ancien directeur québécois des TCA et vice-président de la FTQ, ancien député de Prévost à l'Assemblée nationale et ministre délégué à l'Emploi et à la Concertation du gouvernement de René Lévesque  17 octobre 2002 
Dans une dépêche publiée le 23 août dernier, le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, et sa députée-vedette de Berthier, Marie Grégoire, commentaient l'annonce par le premier ministre Bernard Landry selon laquelle il axerait la prochaine campagne électorale sur le plein emploi et la souveraineté. À juger par la qualité de leurs commentaires, leur confier le gouvernement du Québec équivaudrait à donner des allumettes à des enfants dans une poudrière.

Non seulement ils ont tous les deux tort, ils se contredisent, M. Dumont lorsqu'il proclame que le plein emploi est une recette dépassée, «une vieille approche des années 70», Mme Grégoire lorsqu'elle déclare que le plein emploi «est un concept économique qu'aucune société n'a encore atteint».

Mme Grégoire se doit d'apprendre que plusieurs pays — les pays scandinaves, l'Allemagne, l'Autriche, la France, pour ne nommer que ceux-là — se sont dotés, depuis longtemps et jusqu'à aujourd'hui, de politiques de l'emploi où le plein emploi est au coeur d'une stratégie économique et sociale. Parmi ces pays, certains ont réussi mieux que d'autres à maintenir le plein emploi pour de longues périodes, comme en témoignent les taux moyens de chômage de 1960 à 1993, soit de 2,4 % en Suède et en Autriche, de 2,6 % en Norvège, de 3,6 % en Allemagne et de 4,7 % en Finlande. Tout cela pendant que les États-Unis, le Canada et le Québec connaissaient des taux de deux à quatre fois plus élevés.

M. Dumont se doit d'apprendre à son tour que cette «vieille approche des années 70» a permis aux mêmes pays, pendant les années 90, d'encaisser les contrecoups provoqués par l'effondrement de l'Union soviétique, la mondialisation, les bouleversements technologiques ainsi qu'une profonde récession et de reprendre le chemin vers le plein emploi. L'Autriche a maintenu le cap à 3,6 % en 2001. La Norvège est passée de 4,9 % en 1989 pour atteindre 3,6 % en 2001. La Finlande a subi la perte désastreuse de 25 % de son marché d'exportation par la disparition de l'Union soviétique en 1989 et est passée d'un taux de chômage de 3,4 % à 18,2 % (oui, 18,2!), pour atteindre 9,1 % en 2001. Et la Suède est passée de 1,3 % (oui, 1,3!) en 1989 à un taux, inégalé depuis la crise des années 30, de 9,9 % en 1997, reprenant son rôle de modèle mondial pour atteindre un taux de 3,8 % en 2002 et visant 2 % d'ici quelques années.

La Suède représente un cas intéressant par le fait qu'elle a été gouvernée par le Parti social-démocrate pendant 60 des 70 dernières années. Pendant tout ce temps, le «changement» s'est effectué à l'intérieur du parti et de ses gouvernements successifs. Mais cela n'a jamais affecté la poursuite du plein emploi. Seuls les partis de droite, pendant leurs brefs séjours au pouvoir, ont réussi à faire dévier le pays de cet objectif et, qu'on le note bien, à accumuler des déficits dans les finances publiques.

Lorsqu'il lance ses capsules dévastatrices avec son air de jeune, beau et savant homme à la mode, M. Dumont sait-il ces faits historiques? Si oui, il trompe la population pour servir ses intérêts politiques. Sinon, il est trop prisonnier de son petit cadre très à droite, appuyé par une cohorte croissante de financiers et d'industriels, pour gouverner dans l'intérêt du peuple d'un pays du Québec en plein essor.

M. Dumont sait-il que le Conseil européen a adopté, lors du Sommet de Lisbonne, en mars 2000, une stratégie pour le développement économique et social durable des pays de l'Union européenne (UE)? Sait-il que l'objectif de la stratégie est «la création d'ici l'an 2010 en Europe de l'économie du savoir la plus dynamique et la plus compétitive au monde afin de faciliter la croissance économique soutenable, la création d'emplois de qualité en plus grand nombre et une plus grande cohésion sociale»? Sait-il que le plein emploi y est défini comme l'objectif économique et social primordial de l'UE et que l'égalité des sexes et l'augmentation du taux de participation de la population au marché du travail y sont des éléments centraux?

Recette dépassée, le plein emploi? N'a jamais existé, le plein emploi? M. Dumont et sa députée sont jeunes. Ils sont jeunes, mais leurs idées sont vieilles, aussi vieilles que celles d'Adam Smith et sa réincarnation globalisée de Milton Friedman, de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, de Ralph Klein et de Mike Harris. Pour paraphraser Gilles Vigneault, ce n'est pas «le patois de Mario qui est XVIIe», ce sont ses idées!
 
 
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