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Libre opinion: Français : faut-il baisser les bras?

Luc Perrier - Poète  22 juin 2006 
L'éditorial de Josée Boileau, publié dans Le Devoir du 13 juin 2006, m'attriste un peu. En sa qualité de journaliste intègre, il est de son devoir de constater des faits. Je ne le lui reproche aucunement. Lorsque le médecin diagnostique un cancer, ne se borne-t-il qu'à cette constatation? Non, parce qu'alors, il ne jouerait pas son rôle de guérisseur. Ne faut-il pas mettre le doigt sur le mal pour ensuite l'éradiquer? L'éditorial même de Josée Boileau ne commande-t-il pas d'agir le plus vite possible, avant que la situation ne se dégrade davantage?

Le journaliste tire la sonnette d'alarme. À nous de réagir. Albert Camus explorait l'absurde, non pour se limiter à cet état de choses mais pour alléger le climat, dénouer la crise. À l'exemple de Camus, ne devrions-nous pas modifier ce cours gênant de notre histoire, à savoir que «l'anglais reste la langue de l'embauche», «ce qui implique donc de donner aux francophones des rudiments d'anglais», etc.?

Ce sont les Français de France qui ont découvert et fondé le Canada, alors pays entièrement français. Vous connaissez la suite: invasion anglaise, les Canadiens français limités au Bas-Canada, etc. Aujourd'hui, il nous reste le Québec. Faudrait-il alors angliciser ce dernier bastion de notre âme française? Après l'état de fait, faut-il couper court au processus d'évolution?

Nous avons le pouvoir et le devoir d'agir sur le cours même de notre histoire. L'histoire est vivante, et c'est nous qui la créons, la vivons. L'histoire, c'est nous. Nous qui la tricotons ou la décousons.

Nous, Québécois français d'Amérique, avons-nous encore un brin de fierté, un doigt de reconnaissance envers nos ancêtres? Sinon, traçons une croix sur ce Québec français et «let's speak white»!

Qui nous a ainsi lessivé le cerveau? Qui nous a convaincus que la langue anglaise était la langue universelle? Ceux-là mêmes qui ont dépensé de l'argent, du venin... pour que le Québec ne devienne jamais un pays mais demeure une province à la remorque du Canada. Un pays, c'est d'abord une langue. Et une langue, ça se gagne, ça se défend.

Le Devoir du 10 juin 2006, par la reproduction d'une page de ce journal du 3 juin 1963, nous rappelait que des Québécois se battaient alors pour plus de français au Québec. Il nous remémorait ces mots de Lapalme: «Qu'il serait peut-être préférable que le Québec soit unilingue français.»

Personne au Québec, même au Parti québécois, n'a osé déclarer le français langue de travail, de communication et d'enseignement, c'est-à-dire langue officielle du Québec. Il fallait commencer par une telle déclaration. Mais la vérité demande du courage. L'avons-nous, ce courage? Entre l'«être ou ne pas être», avons-nous choisi de ne pas être? Ce n'est pas fort de la part d'un peuple qui parle encore de souveraineté! [...]

Qui nous a imposé cette platitude selon laquelle il faudrait «travailler en anglais»? Expliquez-moi la différence entre peler une pomme en anglais ou en français, respirer dans une langue plutôt que dans une autre, pratiquer une chirurgie, un métier, enseigner, étudier une science quelconque... dans la langue de Shakespeare plutôt que celle de Molière! Peut-être que nous craignons l'oncle Sam ou la reine d'Angleterre ou Stéphane Dion. Aujourd'hui, pleut-il en anglais ou en français? Dans quelle langue mangerons-nous demain?

Pas de faiblesse

Quand nous déclarons l'anglais langue universelle, nous nous plaçons dans une situation de perdants parce que nous n'avons aucune raison de valoriser une langue au détriment d'une autre. À moins que nous ayons peur de perdre nos élections, nos pissenlits, notre fleuve, notre rocher Percé, nos pastilles, nos aspirines, nos tics nerveux, nos pensions de retraite...

Il y a quelques années Bernard Landry, lors d'une entrevue, déclarait à peu près ceci: «Nous devons reconnaître que la langue anglaise est devenue la langue universelle... » De la part d'un fédéraliste, cette déclaration à froid ne m'aurait pas fait sursauter. Mais de la part du chef du Parti québécois, cette affirmation m'avait laissé pantois. En tant que Québécois français d'Amérique, nous naviguons dans un canal si étroit que nous ne pouvons pas nous permettre la moindre faiblesse, la moindre tentation de céder à l'hégémonie anglaise.

Ce n'est pas parce qu'une maladie contagieuse fait des ravages qu'il faut tenter l'impossible pour contracter ce mal.

Le Parti québécois vante-t-il à tout venant les bienfaits de la souveraineté? Ce parti fait-il la promotion du français? La souveraineté ne découle pas d'un coup de tête mais d'une longue réflexion. Nous devons promouvoir cette option, non pas du bout des lèvres de temps à autre mais haut et fort parce que c'est notre seule planche de salut. Cette étape nécessaire et incontournable nous enrichirait tant sur le plan financier que sur tous les autres plans. De même pour la langue.

Cette réalisation ne va pas de soi. Il faut créer un terrain propice à cette option. La souveraineté, ainsi que la défense du français au Québec, c'est un débat de tous les instants. Sinon, éteignons-nous à petit feu et laissons les autres occuper notre place! [...]
 
 
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