À bas les règles!
Jean-Robert Sansfaçon
22 juin 2006
En publiant ce qu'il nomme «une étude» mais qui tient davantage du plaidoyer en faveur d'un développement sans contraintes, l'Institut économique de Montréal poursuit sa mission de combat contre toute forme d'intervention publique dans la vie économique et sociale.
Il est vrai que les banlieues n'ont pas la cote auprès des défenseurs d'un modèle d'aménagement urbain contrôlé. On les accuse d'empiéter sur les terres agricoles, d'accroître la demande de services publics, d'inciter à un usage abusif de l'automobile et même d'être une des causes de l'obésité... Pourtant, comme le rappelle l'auteur du plaidoyer, l'Américain Wendell Cox, le développement des banlieues a permis à bien des ménages de devenir propriétaires, ce qui aurait été impossible si on avait interdit l'accès à des terres agricoles situées hors du périmètre des villes.
Toujours selon l'auteur, l'augmentation du nombre de voitures induite par cet éloignement des centres-villes, loin de représenter un mal, a au contraire favorisé l'arrivée des femmes sur le marché du travail (impossible d'aller porter les enfants à la garderie en autobus) et incité les gens à consommer davantage (on peut transporter beaucoup plus de produits en auto).
C'est aussi parce que les usines et les commerces ont eu accès à des terrains peu coûteux qu'on a pu construire de grandes surfaces qui ont fait baisser le prix de certains biens. En somme, on aurait tort d'imposer des limites au développement des banlieues. Au contraire, il faudrait accroître le nombre d'autoroutes et de ponts afin de suivre la demande et réduire d'autant la pollution et les coûteux investissements dans des transports collectifs qui ne sont vraiment indispensables que sur certains trajets. À mesure que les contraintes seront fortes, plus la densité de la population sera élevée, plus le prix des propriétés grimpera et plus les problèmes d'engorgement ou de pollution s'aggraveront.
Voilà résumée cette théorie qui ne ferait que des gagnants, du moins sur papier. Car en réalité, la région montréalaise, qui fait déjà partie des régions qui imposent le moins de contraintes au développement en Amérique du Nord, comme le reconnaît l'auteur, présente pourtant la plupart des effets pervers de ce modèle libertaire: étalement accéléré, architecture anarchique, congestion croissante et multiplication des épisodes de smog, sans avoir pour autant comblé l'écart qui la sépare des autres en matière d'accès à la propriété.
Pour tout dire, la logique selon laquelle moins il y a de contraintes, plus les gens sont incités à acheter des maisons, des voitures et des objets de consommation courante, pour le plus grand bien de l'économie, est de la même eau que cette boutade qui dit qu'on peut maximiser la croissance économique en éliminant tous les règlements de la circulation. En effet, grâce à la disparition des limites de vitesse et autres interdictions stupides comme celle de brûler les feux rouges, n'est-il pas vrai qu'il y aurait plus d'accidents et que, par conséquent, les industries de la réparation, des assurances, de la santé et des pompes funèbres s'en porteraient beaucoup mieux? N'est-ce pas la définition du sophisme?
Il est vrai que les banlieues n'ont pas la cote auprès des défenseurs d'un modèle d'aménagement urbain contrôlé. On les accuse d'empiéter sur les terres agricoles, d'accroître la demande de services publics, d'inciter à un usage abusif de l'automobile et même d'être une des causes de l'obésité... Pourtant, comme le rappelle l'auteur du plaidoyer, l'Américain Wendell Cox, le développement des banlieues a permis à bien des ménages de devenir propriétaires, ce qui aurait été impossible si on avait interdit l'accès à des terres agricoles situées hors du périmètre des villes.
Toujours selon l'auteur, l'augmentation du nombre de voitures induite par cet éloignement des centres-villes, loin de représenter un mal, a au contraire favorisé l'arrivée des femmes sur le marché du travail (impossible d'aller porter les enfants à la garderie en autobus) et incité les gens à consommer davantage (on peut transporter beaucoup plus de produits en auto).
C'est aussi parce que les usines et les commerces ont eu accès à des terrains peu coûteux qu'on a pu construire de grandes surfaces qui ont fait baisser le prix de certains biens. En somme, on aurait tort d'imposer des limites au développement des banlieues. Au contraire, il faudrait accroître le nombre d'autoroutes et de ponts afin de suivre la demande et réduire d'autant la pollution et les coûteux investissements dans des transports collectifs qui ne sont vraiment indispensables que sur certains trajets. À mesure que les contraintes seront fortes, plus la densité de la population sera élevée, plus le prix des propriétés grimpera et plus les problèmes d'engorgement ou de pollution s'aggraveront.
Voilà résumée cette théorie qui ne ferait que des gagnants, du moins sur papier. Car en réalité, la région montréalaise, qui fait déjà partie des régions qui imposent le moins de contraintes au développement en Amérique du Nord, comme le reconnaît l'auteur, présente pourtant la plupart des effets pervers de ce modèle libertaire: étalement accéléré, architecture anarchique, congestion croissante et multiplication des épisodes de smog, sans avoir pour autant comblé l'écart qui la sépare des autres en matière d'accès à la propriété.
Pour tout dire, la logique selon laquelle moins il y a de contraintes, plus les gens sont incités à acheter des maisons, des voitures et des objets de consommation courante, pour le plus grand bien de l'économie, est de la même eau que cette boutade qui dit qu'on peut maximiser la croissance économique en éliminant tous les règlements de la circulation. En effet, grâce à la disparition des limites de vitesse et autres interdictions stupides comme celle de brûler les feux rouges, n'est-il pas vrai qu'il y aurait plus d'accidents et que, par conséquent, les industries de la réparation, des assurances, de la santé et des pompes funèbres s'en porteraient beaucoup mieux? N'est-ce pas la définition du sophisme?
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

