Le Québec immobile? - Comment réaliser de bons projets socialement acceptés et intégrés dans le milieu
Premier de deux textes
***
Quelques leaders ont récemment affirmé, à la suite du retrait du projet de casino par Loto-Québec, qu'il est quasi impossible de réaliser de grands projets à cause de l'opposition systématique de tous les groupes d'intérêts (communautaires, environnementaux, patrimoniaux, etc.), souvent subventionnés de surcroît, ce qui mène ainsi à l'immobilisme. La conclusion directe ou évoquée pour sortir de ce marasme: que les décideurs décident et qu'on cesse de permettre aux opposants de s'exprimer; à la limite, qu'ils s'expriment mais qu'on ne les écoute pas.
Ces positions fortes ont eu l'avantage d'entraîner des réactions et des analyses de la part de citoyens, de représentants de groupes, de plusieurs chroniqueurs de nos médias et de certaines émissions d'affaires publiques sur ce thème. Beaucoup de ces réactions ont mis les choses en perspective et apporté des nuances.
Toutes ces interventions soulèvent un certain nombre de questions. Est-ce vrai qu'il est impossible de réaliser des projets au Québec et à Montréal en particulier? Les examens publics des grands projets sont-ils plus exigeants ici qu'ailleurs? Nos mécanismes (procédures d'étude d'impacts et de consultations publiques) répondent-ils aux besoins actuels ou nécessitent-ils des améliorations? Les promoteurs et les gestionnaires doivent-ils développer des habilités d'interaction avec les publics, mieux tenir compte des préoccupations du milieu et élaborer des projets mieux intégrés dans leurs milieux d'insertion?
Dans le cadre de ce bref texte, il est impossible de répondre de façon exhaustive à toutes ces questions, mais il est possible d'indiquer quelques pistes de solution.
Des succès
Répondons immédiatement que selon l'évaluation de notre démocratie, nous avons des attentes d'examens publics et de participation publique, particulièrement lorsque des fonds publics sont requis, lorsque les projets risquent d'affecter l'utilisation du territoire ou la qualité de vie des personnes. Nous exigeons que l'élaboration des projets s'appuient sur des études d'opportunité, de faisabilité, des études d'impacts (y compris la justification, le choix d'options, les mesures d'atténuation ou d'insertion) à partir de la connaissance du milieu récepteur.
Il est aussi de plus en plus suggéré pour les gestionnaires qui veulent être efficaces et gérer les risques d'être en interaction avec le milieu dès les premières étapes de la planification, lorsqu'il est plus facile d'intégrer les préoccupations exprimées et d'y trouver les solutions appropriées. Lorsque les gestionnaires acceptent de relever ce défi, cela résulte en de meilleurs projets, mieux acceptés et appuyés par le milieu. L'expérience démontre que ces processus coûtent moins cher et prennent moins de temps que les projets mal ficelés, mal justifiés et objets de contestations.
De nombreux projets, qui ont subi des examens publics, des consultations publiques ou des approches d'interaction avec le public, ont été acceptés et réalisés avec succès. Nous n'en donnerons ici que quelques exemples:
- la Grande Bibliothèque (consultation sur les fonctions et le choix de site et concertation du milieu);
- le Quartier international de Montréal (élaboré avec les riverains et qui a entraîné de forts investissements privés);
- des développements résidentiels potentiellement problématiques (la relance d'Anjou-sur-le-Lac, Benny Farm, les terrains excédentaires de l'hôpital Louis-H.-Lafontaine);
- le réaménagement de l'échangeur Dorval près de l'aéroport (élaboré en interaction avec le milieu par le ministère des Transports et ses partenaires, la Ville de Montréal, l'arrondissement Dorval et Aéroports de Montréal).
Peut-être que ces projets n'ont pas été médiatisés parce qu'ils ont été élaborés selon une approche non conflictuelle.
Le casino, un mauvais exemple
Ceux qui ont soulevé le débat ont mal choisi leur exemple pour étayer leur thèse, celui du casino, pour lequel certains ont décliné ses avantages. Comment ne pas se rappeler qu'à la tête d'un groupe de travail, Guy Coulombe, gestionnaire d'expérience, avait conclu:
- qu'il s'agissait d'un avant-projet;
- qu'il fallait faire plusieurs études de préfaisabilité, y compris «la démonstration de sa rentabilité» et les solutions aux problèmes sociaux;
- qu'il fallait entreprendre des activités de dialogue avec le milieu récepteur.
Plutôt que de réaliser ces études obligatoires dans la planification d'un projet, les promoteurs ont préféré retirer leur projet. On ne peut certainement pas rendre responsables de cet abandon les citoyens qui ont posé des questions, reprises par la Ville de Montréal et le comité Coulombe, sur un projet que les promoteurs semblaient pourtant prêts à réaliser à très court terme.
Allons voir ailleurs
Dans des sociétés modernes, développées, qui ont une tradition de vie démocratique, le Québec se démarque-t-il par des démarches plus exigeantes et plus longues qu'ailleurs? L'expérience dans des grandes villes américaines nous démontre que, souvent, les obstacles sont plus nombreux encore. Dans certains cas, il y a la mise en place de mécanismes de médiation longs et complexes. La difficulté à arrêter les décisions quant au projet de remplacement des tours du World Trade Center est éloquente à cet égard.
La France s'est récemment dotée d'une commission nationale du débat public qui encadre les démarches dans le cas de projets d'envergure. Le Québec est donc dans la bonne moyenne.
La tendance à la participation du public est-elle un phénomène passager, une mode et le fait de groupes militants qu'il faut ramener à la raison? Ici aussi, il faut affirmer sans détour que cette nouvelle expression de la démocratie, celle de la participation, répond aux attentes des citoyens, comme le démontrent les études et les sondages réalisés sur cette question.
Notre démocratie est en évolution constante et développe de nouvelles manières de répondre aux défis actuels du partage des ressources et du territoire. Les gens sont plus instruits, mieux informés des enjeux, des méthodes et de leurs droits, y compris celui de questionner et de s'exprimer. Internet devient un outil de recherche et de comparaison puissant. Au syndrome «pas dans ma cour», il faut désormais substituer la question suivante: «Que faites-vous dans ma cour?»
Certains souhaiteraient qu'on revienne à la formule suivante: «On a élu des gens, c'est à eux de décider, et si on n'est pas contents de leurs décisions, on les battra aux prochaines élections», quitte à ce qu'on doive vivre avec les effets négatifs prolongés des décisions prises. Aujourd'hui, la démocratie de participation fait de plus en plus partie des enjeux électoraux, surtout au niveau local. La capacité des équipes politiques d'appliquer véritablement la gouvernance participative fait partie de l'évaluation que les citoyens font des plate-formes électorales proposées. C'est comme si les citoyens disaient aux élus: «Pendant les quatre prochaines années, ne nous oubliez surtout pas, et lorsque vous aurez des décisions importantes affectant durablement notre milieu de vie, venez nous demander notre avis avant la décision.»
Reste maintenant à mettre en place des conditions pratiques pour que cette démocratie de participation soit effective et efficace.
***
Demain: Des améliorations à apporter aux processus d'examen public et de participation.
* L'auteur a été chef de délégation du chantier sur la démocratie au Sommet de Montréal. Dans le cadre du CCC, il a réalisé des consultations publiques formelles, mené divers programmes d'interaction avec le milieu, dont celui de l'échangeur Dorval, et fourni divers conseils stratégiques à des corps publics comme la Ville de Gatineau sur la gouvernance participative.
Pour suggestions et commentaires: lo@c-consult-concert.qc.ca.
***
Quelques leaders ont récemment affirmé, à la suite du retrait du projet de casino par Loto-Québec, qu'il est quasi impossible de réaliser de grands projets à cause de l'opposition systématique de tous les groupes d'intérêts (communautaires, environnementaux, patrimoniaux, etc.), souvent subventionnés de surcroît, ce qui mène ainsi à l'immobilisme. La conclusion directe ou évoquée pour sortir de ce marasme: que les décideurs décident et qu'on cesse de permettre aux opposants de s'exprimer; à la limite, qu'ils s'expriment mais qu'on ne les écoute pas.
Ces positions fortes ont eu l'avantage d'entraîner des réactions et des analyses de la part de citoyens, de représentants de groupes, de plusieurs chroniqueurs de nos médias et de certaines émissions d'affaires publiques sur ce thème. Beaucoup de ces réactions ont mis les choses en perspective et apporté des nuances.
Toutes ces interventions soulèvent un certain nombre de questions. Est-ce vrai qu'il est impossible de réaliser des projets au Québec et à Montréal en particulier? Les examens publics des grands projets sont-ils plus exigeants ici qu'ailleurs? Nos mécanismes (procédures d'étude d'impacts et de consultations publiques) répondent-ils aux besoins actuels ou nécessitent-ils des améliorations? Les promoteurs et les gestionnaires doivent-ils développer des habilités d'interaction avec les publics, mieux tenir compte des préoccupations du milieu et élaborer des projets mieux intégrés dans leurs milieux d'insertion?
Dans le cadre de ce bref texte, il est impossible de répondre de façon exhaustive à toutes ces questions, mais il est possible d'indiquer quelques pistes de solution.
Des succès
Répondons immédiatement que selon l'évaluation de notre démocratie, nous avons des attentes d'examens publics et de participation publique, particulièrement lorsque des fonds publics sont requis, lorsque les projets risquent d'affecter l'utilisation du territoire ou la qualité de vie des personnes. Nous exigeons que l'élaboration des projets s'appuient sur des études d'opportunité, de faisabilité, des études d'impacts (y compris la justification, le choix d'options, les mesures d'atténuation ou d'insertion) à partir de la connaissance du milieu récepteur.
Il est aussi de plus en plus suggéré pour les gestionnaires qui veulent être efficaces et gérer les risques d'être en interaction avec le milieu dès les premières étapes de la planification, lorsqu'il est plus facile d'intégrer les préoccupations exprimées et d'y trouver les solutions appropriées. Lorsque les gestionnaires acceptent de relever ce défi, cela résulte en de meilleurs projets, mieux acceptés et appuyés par le milieu. L'expérience démontre que ces processus coûtent moins cher et prennent moins de temps que les projets mal ficelés, mal justifiés et objets de contestations.
De nombreux projets, qui ont subi des examens publics, des consultations publiques ou des approches d'interaction avec le public, ont été acceptés et réalisés avec succès. Nous n'en donnerons ici que quelques exemples:
- la Grande Bibliothèque (consultation sur les fonctions et le choix de site et concertation du milieu);
- le Quartier international de Montréal (élaboré avec les riverains et qui a entraîné de forts investissements privés);
- des développements résidentiels potentiellement problématiques (la relance d'Anjou-sur-le-Lac, Benny Farm, les terrains excédentaires de l'hôpital Louis-H.-Lafontaine);
- le réaménagement de l'échangeur Dorval près de l'aéroport (élaboré en interaction avec le milieu par le ministère des Transports et ses partenaires, la Ville de Montréal, l'arrondissement Dorval et Aéroports de Montréal).
Peut-être que ces projets n'ont pas été médiatisés parce qu'ils ont été élaborés selon une approche non conflictuelle.
Le casino, un mauvais exemple
Ceux qui ont soulevé le débat ont mal choisi leur exemple pour étayer leur thèse, celui du casino, pour lequel certains ont décliné ses avantages. Comment ne pas se rappeler qu'à la tête d'un groupe de travail, Guy Coulombe, gestionnaire d'expérience, avait conclu:
- qu'il s'agissait d'un avant-projet;
- qu'il fallait faire plusieurs études de préfaisabilité, y compris «la démonstration de sa rentabilité» et les solutions aux problèmes sociaux;
- qu'il fallait entreprendre des activités de dialogue avec le milieu récepteur.
Plutôt que de réaliser ces études obligatoires dans la planification d'un projet, les promoteurs ont préféré retirer leur projet. On ne peut certainement pas rendre responsables de cet abandon les citoyens qui ont posé des questions, reprises par la Ville de Montréal et le comité Coulombe, sur un projet que les promoteurs semblaient pourtant prêts à réaliser à très court terme.
Allons voir ailleurs
Dans des sociétés modernes, développées, qui ont une tradition de vie démocratique, le Québec se démarque-t-il par des démarches plus exigeantes et plus longues qu'ailleurs? L'expérience dans des grandes villes américaines nous démontre que, souvent, les obstacles sont plus nombreux encore. Dans certains cas, il y a la mise en place de mécanismes de médiation longs et complexes. La difficulté à arrêter les décisions quant au projet de remplacement des tours du World Trade Center est éloquente à cet égard.
La France s'est récemment dotée d'une commission nationale du débat public qui encadre les démarches dans le cas de projets d'envergure. Le Québec est donc dans la bonne moyenne.
La tendance à la participation du public est-elle un phénomène passager, une mode et le fait de groupes militants qu'il faut ramener à la raison? Ici aussi, il faut affirmer sans détour que cette nouvelle expression de la démocratie, celle de la participation, répond aux attentes des citoyens, comme le démontrent les études et les sondages réalisés sur cette question.
Notre démocratie est en évolution constante et développe de nouvelles manières de répondre aux défis actuels du partage des ressources et du territoire. Les gens sont plus instruits, mieux informés des enjeux, des méthodes et de leurs droits, y compris celui de questionner et de s'exprimer. Internet devient un outil de recherche et de comparaison puissant. Au syndrome «pas dans ma cour», il faut désormais substituer la question suivante: «Que faites-vous dans ma cour?»
Certains souhaiteraient qu'on revienne à la formule suivante: «On a élu des gens, c'est à eux de décider, et si on n'est pas contents de leurs décisions, on les battra aux prochaines élections», quitte à ce qu'on doive vivre avec les effets négatifs prolongés des décisions prises. Aujourd'hui, la démocratie de participation fait de plus en plus partie des enjeux électoraux, surtout au niveau local. La capacité des équipes politiques d'appliquer véritablement la gouvernance participative fait partie de l'évaluation que les citoyens font des plate-formes électorales proposées. C'est comme si les citoyens disaient aux élus: «Pendant les quatre prochaines années, ne nous oubliez surtout pas, et lorsque vous aurez des décisions importantes affectant durablement notre milieu de vie, venez nous demander notre avis avant la décision.»
Reste maintenant à mettre en place des conditions pratiques pour que cette démocratie de participation soit effective et efficace.
***
Demain: Des améliorations à apporter aux processus d'examen public et de participation.
* L'auteur a été chef de délégation du chantier sur la démocratie au Sommet de Montréal. Dans le cadre du CCC, il a réalisé des consultations publiques formelles, mené divers programmes d'interaction avec le milieu, dont celui de l'échangeur Dorval, et fourni divers conseils stratégiques à des corps publics comme la Ville de Gatineau sur la gouvernance participative.
Pour suggestions et commentaires: lo@c-consult-concert.qc.ca.
Haut de la page

