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Espagne - Oui catalan à 74 %

Christian Rioux   19 juin 2006 
Le président de la Catalogne, le socialiste Pasqual Maragall, enregistre son vote au référendum d’hier. Le «pays catalan» a «parlé clairement» et «tourné une page de son histoire», a-t-il déclaré.
Photo : Agence France-Presse
Le président de la Catalogne, le socialiste Pasqual Maragall, enregistre son vote au référendum d’hier. Le «pays catalan» a «parlé clairement» et «tourné une page de son histoire», a-t-il déclaré.
Barcelone — La «nation» catalane a obtenu hier sa première reconnaissance officielle en Espagne, alors que 74 % des électeurs qui se sont déplacés se sont prononcés en faveur du nouveau statut particulier de cette province du nord du pays. Seuls 21 % ont dit non à la proposition négociée avec Madrid qui vient modifier le statut d'autonomie adopté lui aussi par référendum 27 ans plus tôt.

La population a accueilli le résultat avec circonspection et sans les débordements que suscitent pourtant ces jours-ci les matchs du Mondial de football. Le Tout-Barcelone est allé sabler le champagne au somptueux palais de la Generalitat, place de la Catalogne, au coeur de la ville. En 1979, au sortir de la dictature, le précédent statut de la Catalogne avait été adopté par une majorité de 88 %.

Le «pays catalan» a «parlé clairement» et «tourné une page de son histoire», a déclaré le président de la Catalogne, le socialiste Pasqual Maragall. Selon lui, cette victoire est «indiscutable» et ouvre une nouvelle étape dans le développement d'une «Espagne pluraliste». La déclaration a été reprise au vol par le président socialiste du gouvernement espagnol Jose Luis Zapatero, selon qui «l'Espagne des autonomies avance».

«En plus d'un bon pays, nous avons maintenant un bon statut», a déclaré Artur Mas de la grande formation nationaliste Convergencia I Unio. Alors que les indépendantistes d'Esquerra Republicana reconnaissaient leur défaite cuisante, le chef du Parti populaire, Josep Pique, ne voyait dans le résultat qu'une «catastrophe politique». Près de deux Catalans sur trois, dit-il, ne se sont pas sentis concernés par ce nouveau statut. C'est la «liquidation de l'Espagne constitutionnelle», a conclu le leader espagnol du même parti, Mariano Rajoy.

Le grand point d'ombre de ce référendum reste la faible participation. Avec 49,5 % des électeurs inscrits, la consultation d'hier arrive devant le référendum sur la constitution européenne de 2005 (40 %), mais loin derrière celui sur le statut de 1979 (60 %). Depuis de nombreuses années, les Catalans se déplacent assez peu lors des scrutins. Les analystes accusent le beau temps qui a attiré la population sur les plages. On croit cependant que plusieurs électeurs en désaccord avec les modifications apportées par Madrid à la proposition adoptée le 30 septembre par le Parlement catalan ont préféré s'abstenir. Ils ne souhaitaient pas voter avec le Parti populaire qui voit dans ce nouveau statut le début du démembrement de l'Espagne.

Il faut dire qu'en Catalogne l'abstention est considérée comme une option politique légitime. La semaine dernière, le Bureau central des élections catalan a même demandé à la Generalitat d'interrompre sa campagne destinée à inciter la population à participer à ce référendum.

Le vote d'hier met un terme à un processus de près de trois ans qui a vu le Parlement catalan s'entendre sur une proposition de réforme constitutionnelle et la négocier directement avec Madrid. Elle ouvre cependant la porte à de nouvelles négociations qui pourraient durer au moins deux ans pendant lesquels la Generalitat devra régler avec Madrid le transfert de plusieurs compétences et la création d'une nouvelle agence fiscale commune.

Le scrutin d'hier était considéré comme la première «épreuve du feu» de l'entreprise de modernisation amorcée par président du gouvernement espagnol Jose Luis Zapatero. La force du oui, malgré la faible participation, devrait aider le président à poursuivre la rénovation des rapports qui unissent Madrid aux 16 régions autonomes du pays.

Après la Catalogne, c'est le Pays basque qui exigera toute son attention. La dernière assemblée de Zapatero à Barcelone était couverte de pancartes réclamant la «Paz» (paix). D'ici à quelques jours, le président s'apprête à demander l'autorisation au Parlement d'ouvrir des négociations autrement plus difficiles avec l'organisation terroriste basque ETA qui a décrété un cessez-le-feu. Une entreprise à hauts risques dans laquelle Zapatero a désespérément besoin d'alliés.

Le président socialiste Pasqual Maragall, qui a récemment perdu le soutien des indépendantistes de gauches d'Esquerra Republicana, n'a pas encore annoncé s'il se représenterait à l'automne. Il sort néanmoins renforcé de ce scrutin. Les faibles résultats du non pourraient pousser les indépendantistes (ERC) à de sérieuses remises en question. Au contraire, les nationalistes de Convergencia i Unio, qui ont dirigé le pays pendant 23 ans consolident leur position. On s'attend à ce qu'ils puissent à terme entrer dans le gouvernement de Jose Luis Zapatero à Madrid et retrouver le rôle de «king makers» qu'ils ont y toujours tenu.

Les Catalans retourneront aux urnes dès l'automne pour élire cette fois le gouvernement qui devra s'assurer de l'application du nouveau statut. Les rumeurs évoquent la possibilité d'une grande coalition à l'allemande. Ce gouvernement dit de «socioconvengencia» regrouperait les deux grands partis qui ont soutenu le oui, le Parti socialiste catalan et Convergencia i Unio.

La désignation de la Catalogne comme une nation dans le préambule du nouveau statut «ne connaît aucun précédent dans l'histoire de l'Espagne», écrivait hier La Vanguardia. Le grand quotidien de Barcelone en concluait que la «nation espagnole» ne serait donc, elle aussi, «plus jamais la même».

Correspondant du Devoir à Paris






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