La politique du vide
Philippe Bernier Arcand - Étudiant à l'École d'études politiques de l'université Queen's
10 juin 2006
Autrefois, les politiciens entraient en politique pour défendre leurs idées. De nos jours, les politiciens ne semblent avoir aucune autre ambition que celle de représenter leurs électeurs. Les idées deviennent donc secondaires. On a l'impression que la politique n'est devenue qu'une rivalité d'individus alors qu'elle devrait aussi être un débat d'idées et d'opinions.
Il en a été de la politique comme des têtes dans les mains des Jivaros: elle a été réduite.
Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les campagnes de séduction politique que mènent actuellement le péquiste André Boisclair au Québec et la socialiste Ségolène Royal en France. Quelles sont leurs idées? Pour le moment, on dirait qu'elles se résument à une page blanche. Eux-mêmes ne semblent pas vraiment le savoir. André Boisclair dit que ses idées sont celles des membres du Parti québécois alors que Ségolène Royal déclare ceci: «Mes idées sont les vôtres, vos idées sont les miennes... » On est en train d'oublier le rôle du politicien.
Imaginerait-on Winston Churchill déclarer en 1938 que son opinion sur les accords de Munich est celle des membres de son parti? Imaginerait-on le général Charles de Gaulle sur son blogue www.18juin.com demander aux Français ce qu'ils souhaitent? René Lévesque aurait-il pu donner de la crédibilité au projet de souveraineté du Québec si, au lieu de défendre les idées auxquelles il croyait, il s'était contenté d'être le miroir des divers courants d'idées souvent contradictoires des membres du Parti québécois?
Absolument pas! Ces hommes d'État avaient des convictions, les ont exprimées et ont agi en conséquence. Quant aux citoyens, ils ont parfois appuyé leurs idées et leurs projets et s'y sont parfois opposés aussi. Démocratie oblige.
«Modelable»
Le politicien d'aujourd'hui semble être devenu «modelable», sans idées ni convictions propres, prêt à modeler son programme pour l'adapter très exactement aux préférences de ses électeurs. Il analyse son électorat pour en déceler les attentes et lui offrir en conséquence un produit politique comme le ferait un publicitaire pour vendre des voitures, de la bière ou du dentifrice.
Les sondages et les études d'opinion, comme les études de marché des publicitaires, lui permettent de développer les idées et les concepts les plus porteurs pour construire sa stratégie de communication.
C'est toutefois oublier qu'un amalgame d'idées à la mode ne remplacera jamais un projet politique clair et cohérent qui donne priorité à l'intérêt général. Surfer sur les dernières tendances ne permet pas d'ériger un projet politique durable puisque, comme l'a dit le philosophe français Jean Guitton, «être dans le vent, c'est avoir un destin de feuilles mortes». Les démocraties finiront par souffrir de l'absence de grands leaders.
Un politicien dont les idées vont radicalement à l'encontre de l'opinion du plus grand nombre, que Platon appelait déjà un «monstre», court tout droit à l'échec. Et personne ne peut reprocher à un politicien de vouloir être élu ou réélu.
En revanche, un politicien qui n'ose pas affirmer ses idées et ses opinions et qui se contente de refléter celles de la population rend son rôle inutile. Le rôle du politicien, au contraire, consiste à dire ses convictions avant les autres, mieux que les autres et parfois même contre les autres. Après tout, bâtir une politique à partir des seuls désirs de ses électeurs, n'est-ce pas ce qui est plus communément appelé de la démagogie?
Il en a été de la politique comme des têtes dans les mains des Jivaros: elle a été réduite.
Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les campagnes de séduction politique que mènent actuellement le péquiste André Boisclair au Québec et la socialiste Ségolène Royal en France. Quelles sont leurs idées? Pour le moment, on dirait qu'elles se résument à une page blanche. Eux-mêmes ne semblent pas vraiment le savoir. André Boisclair dit que ses idées sont celles des membres du Parti québécois alors que Ségolène Royal déclare ceci: «Mes idées sont les vôtres, vos idées sont les miennes... » On est en train d'oublier le rôle du politicien.
Imaginerait-on Winston Churchill déclarer en 1938 que son opinion sur les accords de Munich est celle des membres de son parti? Imaginerait-on le général Charles de Gaulle sur son blogue www.18juin.com demander aux Français ce qu'ils souhaitent? René Lévesque aurait-il pu donner de la crédibilité au projet de souveraineté du Québec si, au lieu de défendre les idées auxquelles il croyait, il s'était contenté d'être le miroir des divers courants d'idées souvent contradictoires des membres du Parti québécois?
Absolument pas! Ces hommes d'État avaient des convictions, les ont exprimées et ont agi en conséquence. Quant aux citoyens, ils ont parfois appuyé leurs idées et leurs projets et s'y sont parfois opposés aussi. Démocratie oblige.
«Modelable»
Le politicien d'aujourd'hui semble être devenu «modelable», sans idées ni convictions propres, prêt à modeler son programme pour l'adapter très exactement aux préférences de ses électeurs. Il analyse son électorat pour en déceler les attentes et lui offrir en conséquence un produit politique comme le ferait un publicitaire pour vendre des voitures, de la bière ou du dentifrice.
Les sondages et les études d'opinion, comme les études de marché des publicitaires, lui permettent de développer les idées et les concepts les plus porteurs pour construire sa stratégie de communication.
C'est toutefois oublier qu'un amalgame d'idées à la mode ne remplacera jamais un projet politique clair et cohérent qui donne priorité à l'intérêt général. Surfer sur les dernières tendances ne permet pas d'ériger un projet politique durable puisque, comme l'a dit le philosophe français Jean Guitton, «être dans le vent, c'est avoir un destin de feuilles mortes». Les démocraties finiront par souffrir de l'absence de grands leaders.
Un politicien dont les idées vont radicalement à l'encontre de l'opinion du plus grand nombre, que Platon appelait déjà un «monstre», court tout droit à l'échec. Et personne ne peut reprocher à un politicien de vouloir être élu ou réélu.
En revanche, un politicien qui n'ose pas affirmer ses idées et ses opinions et qui se contente de refléter celles de la population rend son rôle inutile. Le rôle du politicien, au contraire, consiste à dire ses convictions avant les autres, mieux que les autres et parfois même contre les autres. Après tout, bâtir une politique à partir des seuls désirs de ses électeurs, n'est-ce pas ce qui est plus communément appelé de la démagogie?
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