L'intolérable
Josée Boileau
8 juin 2006
Il est heureux de voir des représentants de la communauté musulmane marquer leurs distances avec les 17 accusés de complot terroriste. En conférence de presse hier à Montréal, le message était clair: les Canadiens doivent «rester unis contre tout acte criminel indépendamment de [leur] appartenance ethnique, religieuse ou culturelle». Ce souhait ne peut être que partagé par tous.
L'argumentaire qui l'accompagne suscite toutefois un certain malaise. Que n'avons-nous entendu d'appels au calme et à la tolérance depuis les arrestations de la fin de semaine: un extraterrestre pourrait croire que des envies terribles de lynchage et de vengeance doivent impérativement être réfrénées dans ce pays! Pourtant, hormis les quelques vitres cassées de la mosquée ontarienne fréquentée par des suspects et les coups dans les fenêtres au moment d'une prière, aucun incident notable n'a été recensé. Au Québec en particulier, la police, les écoles et la Commission des droits de la personne n'ont strictement rien à signaler.
Même les porte-parole musulmans, hier, peinaient à trouver des cas concrets, évoquant plutôt le climat d'insécurité, de peur, de stigmatisation qui règne. Un reproche bien flou au regard de tous les propos moralisateurs servis à la population — par les policiers, les élus, des musulmans — depuis samedi. N'y aurait-il pas lieu de souligner au contraire à quel point les derniers jours démontrent que les Canadiens sont infiniment respectueux des autres? Qui nous en félicitera?
Dans la même veine, il est très agaçant de se faire dire que l'extrémisme est suscité par les stéréotypes ethniques véhiculés par ce qu'il faut bien appeler la majorité. Au palais de justice de Brampton mardi, ces stéréotypes n'avaient pourtant rien à voir avec un imaginaire malveillant et tout à voir avec la réalité. Ce jour-là, on a pu voir des femmes dont la burqa les couvrait si bien qu'il ne restait même plus d'espace pour les lunettes, du coup portées par-dessus le vêtement! Ce n'était certainement pas des médias en mal de clichés qui leur avaient demandé de s'habiller ainsi.
Et ces femmes silencieuses en noir, dont il était impossible de dégager la moindre singularité, se laissaient guider par les hommes, vêtus eux aussi selon les préceptes fondamentalistes (qui, évidemment, n'impliquent pas pour eux de se rendre invisibles). Cette simple image heurtait de plein fouet les valeurs démocratiques de ce pays, qui comprennent l'égalité entre les hommes et les femmes, dont le droit de celles-ci d'occuper l'espace public par leur parole et par leur corps. Or, quand les porte-parole musulmans font valoir la défense des valeurs démocratiques canadiennes en demandant aux médias de les relayer, ont-ils eux aussi ces images choquantes en tête?
Il est bien de se distancer du terrorisme, du racisme et de l'intolérance. Mais les pratiques religieuses extrémistes, qui nuisent aux communautés parce que ce sont elles qui effilochent le tissu social de ce pays, doivent aussi être incluses dans les analyses critiques.
jboileau@ledevoir.ca
L'argumentaire qui l'accompagne suscite toutefois un certain malaise. Que n'avons-nous entendu d'appels au calme et à la tolérance depuis les arrestations de la fin de semaine: un extraterrestre pourrait croire que des envies terribles de lynchage et de vengeance doivent impérativement être réfrénées dans ce pays! Pourtant, hormis les quelques vitres cassées de la mosquée ontarienne fréquentée par des suspects et les coups dans les fenêtres au moment d'une prière, aucun incident notable n'a été recensé. Au Québec en particulier, la police, les écoles et la Commission des droits de la personne n'ont strictement rien à signaler.
Même les porte-parole musulmans, hier, peinaient à trouver des cas concrets, évoquant plutôt le climat d'insécurité, de peur, de stigmatisation qui règne. Un reproche bien flou au regard de tous les propos moralisateurs servis à la population — par les policiers, les élus, des musulmans — depuis samedi. N'y aurait-il pas lieu de souligner au contraire à quel point les derniers jours démontrent que les Canadiens sont infiniment respectueux des autres? Qui nous en félicitera?
Dans la même veine, il est très agaçant de se faire dire que l'extrémisme est suscité par les stéréotypes ethniques véhiculés par ce qu'il faut bien appeler la majorité. Au palais de justice de Brampton mardi, ces stéréotypes n'avaient pourtant rien à voir avec un imaginaire malveillant et tout à voir avec la réalité. Ce jour-là, on a pu voir des femmes dont la burqa les couvrait si bien qu'il ne restait même plus d'espace pour les lunettes, du coup portées par-dessus le vêtement! Ce n'était certainement pas des médias en mal de clichés qui leur avaient demandé de s'habiller ainsi.
Et ces femmes silencieuses en noir, dont il était impossible de dégager la moindre singularité, se laissaient guider par les hommes, vêtus eux aussi selon les préceptes fondamentalistes (qui, évidemment, n'impliquent pas pour eux de se rendre invisibles). Cette simple image heurtait de plein fouet les valeurs démocratiques de ce pays, qui comprennent l'égalité entre les hommes et les femmes, dont le droit de celles-ci d'occuper l'espace public par leur parole et par leur corps. Or, quand les porte-parole musulmans font valoir la défense des valeurs démocratiques canadiennes en demandant aux médias de les relayer, ont-ils eux aussi ces images choquantes en tête?
Il est bien de se distancer du terrorisme, du racisme et de l'intolérance. Mais les pratiques religieuses extrémistes, qui nuisent aux communautés parce que ce sont elles qui effilochent le tissu social de ce pays, doivent aussi être incluses dans les analyses critiques.
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