Les enfants militants
Jean-Robert Sansfaçon
3 juin 2006
Lorsqu'on lui a demandé comment il se pouvait que des jumeaux de 11 ans et leur frère de 14 ans aient versé 5400 $ chacun à son organisation, Joe Volpe, candidat à la chefferie du Parti libéral du Canada, a répondu que ces enfants l'avaient rencontré à leur école lors de la campagne électorale et qu'en rentrant à la maison, ils avaient dit à leur mère: «That's a guy we want to help, we want to support!», rapportait le Globe and Mail dans son édition d'hier.
Qui d'autre qu'un politicien peut raconter de telles histoires et imaginer qu'on le croira? Pour ce récit, l'ex-ministre devenu aspirant à la chefferie mérite le prix de la Gouverneure générale dans la catégorie «conte à coucher dehors pour gosses de riches»!
Depuis la mise au jour de cette affaire, M. Volpe a remboursé les 27 000 $ de contributions faites par des mineurs, tous proches parents de dirigeants ou d'anciens dirigeants de la pharmaceutique torontoise Apotex, une entreprise qui flirte depuis longtemps avec le PLC. Visiblement, Joe Volpe faisait partie des projets de cette société puisque, au total, cinq dirigeants d'Apotex et quinze membres de leurs familles ont versé chacun la somme maximale autorisée de 5400 $.
Ce geste n'était pas illégal puisque rien n'interdit à des mineurs de contribuer à la campagne d'un politicien. Cela étant, tout le monde s'entend pour conclure qu'il s'agit d'une astuce conçue pour contourner la loi.
Cette péripétie fournit l'occasion au gouvernement Harper de rappeler à la Chambre des communes l'importance d'adopter son propre projet sur l'imputabilité, qui propose de ramener de 5000 $ à 1000 $ la contribution maximale d'un individu à un parti et d'éliminer complètement les dons d'entreprises, pourtant déjà plafonnés à 1000 $.
En théorie, cela devrait plaire à tous les défenseurs de la démocratie. Mais en pratique, ce qui vient de se produire nous rappelle à quel point il est tentant de contourner la loi quand celle-ci ne permet pas de défendre ouvertement ses intérêts.
C'est d'ailleurs ce que l'ancien directeur des élections du Québec, Pierre-F. Côté, est allé dire aux députés fédéraux jeudi dernier, les invitant à ne pas interdire les dons d'entreprises comme on le fait au Québec depuis René Lévesque. M. Côté n'a pas tort: combien de sociétés incitent leurs employés à contribuer au financement des partis et à réclamer un remboursement sous forme de compte de dépenses? Ces cas existent, ils sont même nombreux mais impossibles à relever. En voulant être trop pur, on incite au vice et au secret.
L'incident Volpe jette un peu plus de discrédit sur les libéraux, qui s'en seraient bien passés. Les néo-démocrates ont sauté sur l'occasion pour suggérer un amendement au projet de loi sur l'imputabilité que le gouvernement Harper souhaite voir adopter bientôt. Si cet amendement est retenu, la contribution d'un enfant serait déduite du maximum autorisé à ses parents. Voilà une façon simple de régler le problème. Et tant pis pour le candidat Volpe, dont l'avenir politique est désormais plus qu'incertain.
Qui d'autre qu'un politicien peut raconter de telles histoires et imaginer qu'on le croira? Pour ce récit, l'ex-ministre devenu aspirant à la chefferie mérite le prix de la Gouverneure générale dans la catégorie «conte à coucher dehors pour gosses de riches»!
Depuis la mise au jour de cette affaire, M. Volpe a remboursé les 27 000 $ de contributions faites par des mineurs, tous proches parents de dirigeants ou d'anciens dirigeants de la pharmaceutique torontoise Apotex, une entreprise qui flirte depuis longtemps avec le PLC. Visiblement, Joe Volpe faisait partie des projets de cette société puisque, au total, cinq dirigeants d'Apotex et quinze membres de leurs familles ont versé chacun la somme maximale autorisée de 5400 $.
Ce geste n'était pas illégal puisque rien n'interdit à des mineurs de contribuer à la campagne d'un politicien. Cela étant, tout le monde s'entend pour conclure qu'il s'agit d'une astuce conçue pour contourner la loi.
Cette péripétie fournit l'occasion au gouvernement Harper de rappeler à la Chambre des communes l'importance d'adopter son propre projet sur l'imputabilité, qui propose de ramener de 5000 $ à 1000 $ la contribution maximale d'un individu à un parti et d'éliminer complètement les dons d'entreprises, pourtant déjà plafonnés à 1000 $.
En théorie, cela devrait plaire à tous les défenseurs de la démocratie. Mais en pratique, ce qui vient de se produire nous rappelle à quel point il est tentant de contourner la loi quand celle-ci ne permet pas de défendre ouvertement ses intérêts.
C'est d'ailleurs ce que l'ancien directeur des élections du Québec, Pierre-F. Côté, est allé dire aux députés fédéraux jeudi dernier, les invitant à ne pas interdire les dons d'entreprises comme on le fait au Québec depuis René Lévesque. M. Côté n'a pas tort: combien de sociétés incitent leurs employés à contribuer au financement des partis et à réclamer un remboursement sous forme de compte de dépenses? Ces cas existent, ils sont même nombreux mais impossibles à relever. En voulant être trop pur, on incite au vice et au secret.
L'incident Volpe jette un peu plus de discrédit sur les libéraux, qui s'en seraient bien passés. Les néo-démocrates ont sauté sur l'occasion pour suggérer un amendement au projet de loi sur l'imputabilité que le gouvernement Harper souhaite voir adopter bientôt. Si cet amendement est retenu, la contribution d'un enfant serait déduite du maximum autorisé à ses parents. Voilà une façon simple de régler le problème. Et tant pis pour le candidat Volpe, dont l'avenir politique est désormais plus qu'incertain.
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